LETTRE CCL
A LA MÉME^ A BLOIS
Il rexborte à supporter patiemment la persécntiou qu'on exerce contre elle à la cour (2).
[»& Paris, mars 1653.]
Ma très chère et très honorée fille.
Je n'ai que quatre paroles à vous dire sur votre mal, qui doivent faire tout votre remède : patience, charité, retraite, union; car je vois bien qu'autrement vous n'aurez jamais de paix avec cette humeur altière, qui triomphe de votre humiliation, et qui insulte sur le respect que vous portez à la personne, qu'elle voit que vous craignez et traitez de révérence. Mais c'est ce que votre devoir et la justice chrétienne requièrent de vous , en votre condition et en votre état. Si on vous donne un soufflet sur une joue f dit Notre-Seigneur, tendez l'autre. Si quelqu'un se moque de vous en votre chemin, faites encore mille pas avec lui. Enfin, notre gloire et notre royaume n'est point de ce monde, mais de l'autre. Humilions-nous, et nous abaissons en la vie
(1) C'est la pXCV des imprimées.
(2) Cette lettre fait assez naturellement suite à la précédente. Le commencement laisse entrevoir que l'arrivée de la duchesse d'Orléans à Bloîs (premiers jours de février) n'avait pas amélioré la situation de sa dame d'atour. Cette princesse, quoique très vertueuse, n'avait, comme on l'a déjà vu, qu'une médiocre sympathie pour M™^ de Saujon et pouvait bien quelquefois la laisser humilier par les autres personnes de la cour.
présente, et nous serons exaltés au-dessus de ceux qui nous auront foulés aux pieds. Ils méritent présentement que nous leur rendions de l'honneur, puisqu'ils sont les instruments de la justice de Dieu sur nous; mais il faut qu'ils craignent à leur tour qu'ils ne deviennent la matière de sa vengeance, s'ils se sont recherchés dans ces traitements. Car après avoir satisfait leur passion, ils seront traités de Dieu, en son temps, comme ils nous auront traités en celui-ci.
Adieu. Croyez-moi, je vous prie, autant à vous, que la charité vous peut rendre une créature en Jésus-Christ toute vôtre.