‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 245 sur 326 · PROBABLEMENT A UN PRÊTRE DE SAINT-SDLPICE, A BLOIS · texte numérisé non relu

PROBABLEMENT A UN PRÊTRE DE SAINT-SDLPICE, A BLOIS

Il le charge d'assarer le duc d'Orléans qu'il est trë^ disposé à fournir des sujets pour s'oecuper de l'œuvre qu'il vent lut confier ; que volontiers même il fera quelque chose et emploiera les dernières ressources qui lui restent a fonder nu séminaire à BIols, mais qu'il est nécessaire d'avoir l'approbation de l'ëvêque de Gbartres (3).

[Paris, vers le mois de mars 46î>3-]

Monsieur et très cher en Noire-Seigneur,

Je n'ai point encore eu le bien de voir la personne qui m'appporte les ordres de son Altesse Royale, pour lui aller rendre mes devoirs et pour recevoir ses commandements , afin de travailler à une œuvre importante à la gloire de Dieu. C'est assez que je connaisse les désirs qu'il a de faire honorer Jésus-Christ et servir son Église. Je vous prie de l'assurer que quoique je me sente très indigne de cet honneur et de cette grâce, je ne laisserai pas de m'abandonner à ses desseins , dans la confiance que c'est Notre-Seigneur

(1) C'est la LXXXV« des imprimées. (Voir pour le détail la Vie de M. Olier, t. III, p. 356, etc.)

(2) Le duc d'Orléans , que ses malheurs ramenaient à la pratique des bonnes œuvres, voulait établir à Blois une maison ecclésiastique qui pût être utile au diocèse d'Orléans et à celui de Chartres. Il avait pour cela jeté les yeux sur les prêtres de Saint-Sulpice et fait une première coramunicatioa de son dessein, probablement à l'ecclésiastique envoyé par M. Olier à la cour de Blois. C'est à celui-ci, selon toutes les apparences, que cette lettre est adressée.

(3) Jacques Lescot, ancien professeur en Sorbonne, fut évêque de Chartres de 1643 à 1656,

qui m'appelle par lui, et que son esprit veut que je le serve.

Il y a bien longtemps, comme vous savez, que je désire de le servir, et d'aider aux desseins que Dieu a de l'avancer dans son royaume, où le moindre rang vaut mieux que toutes les royautés et tous les empires de la terre. Faites-moi donc la grâce, en lui témoignant mes soumissions et mes reconnaissances, de l'assurer qu'aussitôt que ma santé me pourra permettre de me rendre auprès de lui , je ne manquerai pas de partir de Paris.

En attendant, pour faire les choses dans l'ordre de Notre-Seigneur et de l'Église , par qui toute bénédiction descend à nous, il serait utile et même nécessaire que Son Altesse royale voulût parler à M. de Chartres, ou au moins qu'il lui écrivit pour lui ouvrir son dessein et sa pensée. Car nous ne pouvons ni ne devons espérer de rien faire s'il ne l'approuve et ne nous commet pour cela. Vous savez qu'un évêque dans son diocèse est comme un père dans sa famille, un chef dans un corps , un supérieur en sa maison , et que c'est à lui à donner les ordres , à mouvoir tous les membres, et à commander à ses enfants ce qu'il lui plaît.

Pour moi, qui suis un serviteur étranger, et qui n'ai pas l'honneur d'être son domestique (1), je ne puis m'ingérer de faire aucunes fonctions, qu'il ne me fasse l'honneur de m'appeler pour aider à son œuvre, tout misérable que je suis. Il est vrai qu'obéissant à

(1) Ce mot n'était pas pris alors dans le sens restreint qu'on lui donne aujourd'hui et signifiait toute personne attachée à une maison par une charge ou par un emploi. Montaigne qualifie de domestique de saint Louis le sire de Joinville qui était cependant un grand seigneur. (Bescherelle.)

Son Altesse, à laquelle je dois tout, je puis épargner la peine à cet illustre prélat, dont j'ai l'honneur d'être connu, de m' appeler de loin; car je pourrais en même temps me rendre sur les lieux, et, étant présenté par Son Altesse, recevoir les commandements et les ordres avec la bénédiction et la grâce de M. de Chartres pour faire ce qu'il voudrait. Je ne sais rien hors la science du prélat, et j -espère que sa présence nous donnerait pour cela la bénédiction nécessaire.

Cela pourra même servir à faire quelque chose de plus. Car comme je sais que depuis longtemps on désire fort un séminaire, qui est d'une merveilleuse conséquence à cause de l'étendue du diocèse, cela peut-être y pourrait contribuer. Car on manque de revenu pour l'entreprendre; et cependant pour bien faire un séminaire, il faudrait qu'il fût en état de soulager les pauvres prêtres et d'y entretenir des clercs , qui, n'ayant pas de quoi se faire instruire hors de chez eux, demeurent ignorants et grossiers en toutes les fonctions de l'Église. Or je puis aider à ce dessein; car j'ai encore quelque reste du débris de deux bénéfices, que je consacrerai très volontiers pour ce saint œuvre. Je ne crois pas pouvoir mieux employer ce bien , qu'à cette charité , qui va à soulager les âmes, à sanctifier les peuples, et à honorer en particulier cette sainte église de Notre-Dame , à laquelle je dois tout, et à laquelle je serai ravi de sacrifier ma vie, bien loin de ne lui pas donner tout ce que je puis jamais avoir au monde. Enfin je trouverais en cela le moyen d'accomplir mes désirs, qui sont de me voir pauvre, pour mourir nu comme Notre-Seigneur sur la croix. C'est à quoi j'aspire de tout mon cœur, et ce qui fait que je ne cesse de gémir jour et nuit.

Si Son Altesse voulait témoigner du zèle pour les séminaires, vous ne sauriez croire combien cela serait utile, et avancerait la religion et la cléricature. Je veux être un pauvre petit instrument et serviteur pour aider à son zèle , et contribuer aux vues qu'il aura d'honorer et de glorifier Dieu. Il ne saurait rien faire dé plus grand pour l'Église , que d'aider et de concourir à faire de bons prêtres.

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