A LA MÊME, A BLOIS OU A ORLÉANS
11 parle encore du regret qa'il épronve de la perte d^an écrit qn'U Inl avait adressé. Il l'avertit da joar où il arrivera à. Chartres et de ce qa'll y aura à faire poar donner commencement a un séminaire dans la ville de Blols.
Ce saint jour des Rameaux, [6 avril 16S3].
Vive Jésus en Marie.
Ma très chère et très honorée fille.
Je ne puis vous dire l'affliction que je ressens que mon paquet du 26 mars ait été perdu ; car, outre la peine que je sais que vous avez soufferte, je vous envoyais deux cahiers écrits de ma main sur deux mystères, l'un de la sainte Annonciation de Notre-Dame, l'autre de l'Incarnation de Notre-Seigneur, qui, de la sorte, seraient égarés et que je ne pourrai plus récrire, car
(1) Les trois lettres dont parle M. Olier, sont probablement celles qu'on vient de lire, c'est-à-dire les CCXUX, CCL, CCLI.
(2) Sur l'autographe.
(3) Le duc et la ducbesse allèrent à Orléans pour passer la semaine - «ainte et y célébrer les fêtes de Pâques. (Mém. de M^* de Montp.)
VOUS savez de quelle nature est ce genre d'écrire qui doit être prompt et présent. Notre divin Maître aura puni l'empressement que j'avais apporté à vous les faire tenir aus^ tôt après les avoir couchés piar écrit.
J'adore Dieu de tout, qui peut-être voulait encore pour un temps priver votre âme de ses consolations intérieures, me confiant en ma divine Mère qu'elle en ordonnera selon son bon plaisir, étant maltresse de tout. Je me souviens encore qu'il y avait des choses dans la lettre, qui Vous eussent touchée de la part de la sainte Mère. Je vous mandais par celle-là, qu'étant à Orléans, si vous veniez à Chartres, vous feriez charité d'emmener avec vous W^" Souart (1), qui s'en retournerait par le carrosse qui m'aurait emmené, et cela serait bien reçu de tous. Je vois bien que je ne partirai que le mardi d'après Pâques pour me rendre le jeudi à Chartres, et ensuite, après avoir traité avec M^' de Chartres, nous nous en irions à Blois, apprenant que monsieur le duc d'Orléans s'en doit retourner aussitôt après la fête, d'Orléans à Blois.
Vous aurez reçu une lettre, par le dernier ordinaire de Blois, qui vous marquait que je pourrais partir la semaine sainte pour trouver Son Altesse royale à Orléans; mais, outre que la commodité de M. Pinet (2) m'a manqué, lequel a différé son voyage après Pâques, le roi d'Angleterre a remis au lundi saint à m' écouter (3) ; ce qui me fait changer le dessein que j'avais de passer les fêtes à Orléans. J'ai parlé comme de mon chef à
(1) C'était la sœur des MM. Souart, prêtres de Saint-Sulpice. Toute cette famille, comme on l'a vu, apparlenait à la maison d'Orléans.
(2) Celait le trésorier général du duc d'Orléans.
(3) II s'agit toujours des conférences que M. Olier avait avec Charles II.
M. Pinet, selon vos intentions, et m'a semblé qu'il est plus expédient de le faire de la sorte. 11 m'a dit les raisons du Père Général (1) qui est bien aise, par la Sorbonne, d'éviter les insultes d'un homme fâcheux et emporté. J'ai dit mes sentiments de l'affaire nettement.
J'ai retrouvé la lettre de Son Altesse royale adressante à M. de Chartres, qui était enveloppée dans un papier blanc que je n'avais pas ouvert. Cette lettre suffira pour négocier le commencement de l'établissement ; ensuite il sera assez temps de voir M^"" l'évêque d'Orléans ; et pour bien faire même et éviter les conseils des jansénistes, que nous devons appréhender en cette ville. Son Altesse pourra l'appeler un jour à Blois quand il sera temps, et là on fera mieux toutes choses que dans Orléans même (2). C'est pourquoi il n'est pas expédient de parler encore, jusqu'à ce que l'on ait vu M^"" de Chartres et reçu ses avis en cela. Vous me ferez la grâce de m'écrire sitôt que vous aurez reçu la nôtre, selon votre commodité, afin de savoir si vous viendrez à Chartres ou non, pour prendre mes mesures ailleurs. Nos cavaliers ont pensé d'aller à Blois au plus tôt, à cause des dispositions et ouvertures favorables qui paraissent à présent pour l'affaire des duels.
Je vous écrirai assez souvent, pendant votre séjour à Orléans, pour vous marquer toutes choses précisément.
Priez en attendant pour votre pauvre et inutile serviteur, qui n'a reçu votre dernière lettre que huit ou
(1) Le père Bourgoing , général de l'Oratoire. On ne sait pas de quelle affaire il s'agissait.
(2) L'évêque d'Orléans était alors Alphonse d'Elbène, que son grand vicaire, Gharles^Meunier, janséniste prononcé, ne rendit que trop favorable aux nouTelles opinions. L'évêque de Chartres, Jacques Lescot, était au contraire très attaché à la bonne doctrine.
neuf jours après la date, pendant que j'étais toujours en peine et de vos nouvelles et de celles des cahiers que vous n'avez point reçus. Dieu soit béni de tout! J'espère vous épargner toujours la peine d'être privée des nouvelles de notre Maître et de notre Maltresse.
Olier.
LETTRE CCLY (1).