DU PUT
II rexbOrf e à retirer, poar les faire instruire, les petits enfants des Iiërétiques des Cévennes, et fait paraître au grand zèle pour leur salut. Il le cbarge de tenir sa place aux pieds de Notre-Dame du Puy.
[IS avril 1633 (2).]
Vive Jésus en Marie et en toute l'Église.
Mon très cher enfant,
Ne différez pas d'un moment la réception de ces petits enfants ; ouvrez comme Jésus-Christ le sein de père à ces petits sujets. Vous savez bien l'exhortation que vous fait saint Paul, de dilater les espaces de la charité, pour y recevoir et y comprendre, en Jésus-Christ et sa sainte mère, tous les besoins de l'Église. Vous me parlez si vous emploierez à cela les deux cents francs que je vous ai laissés pour cet œuvre. Je vous dis que non seulement cela, mais tout ce que j'ai en ce monde; et si mon sang valait quelque chose, je le tirerais jusqu'à la dernière goutte pour leur soulagement.
(1) Sur l'autographe que la CLXXX" des imprimées reproduit assez fidèlement.
(2) Cette date est donnée par ce qui est dit, dans cette lettre et dans la précédente, de la dernière conférence que M. Olîer venait d'avoir avec le roi d'Angleterre.
O mon fils, quel bonheur d'aider à ces âmes pour se sauver ! Quelle joie votre lettre ne m'a-t-elle pas apportée! mais plutôt, quelle jubilation cette nouvelle ne donne- t-elle pas aux anges et à la très sainte Vierge débellatrice des hérésies ! Je veux que de ma part vous alliez vous-même, pour paiement de cette chère nouvelle, mener aux pieds de la très sainte Vierge ces prémices des Cévennes et qu'elles aillent reconnaître, en la très sainte Vierge, la maltresse de leur bonheur et de leur conversion. Procurez-leur tout le secours que vous pourrez de par delà; mais n'en refusez pas un, car je suppléerai à ce qui défaudra. Suivez le bon avis et l'ouverture que vous donne ce bon serviteur de la très sainte Vierge et de son divin Fils, M. Dasquemie (1), et n'oubliez de conférer aussi avec notre cher M. Pradier de tout (2).
Mon enfant, je vous découvre le zèle de mon cœur sur cet ouvrage; mais je vous prie que ce soit pour vous, sans en rien faire paraître. Car, outre qu'à l'imitation de saint Bernard^ secretummeum mihi (3), chacun se refroidirait en ce bon œuvre, et, nous en laissant la charge, il nous ôterait le moyen de faire autre chose pour Dieu, et eux-mêmes seraient privés du bien de servir Dieu. Voyez en Notre-Seigneur avec M. de Lantages à quoi vous emploierez ce que vous avez pour cela :
(1) M. Dasquemie était conseiller en la sénéchaussée du Puy.
(2) M. Hugues de Pradier d'Agrain, d'une très noble famille, honorait sa naissance par la pratique fidèle des vertus chrétiennes. Il était très particulièrement lié à M. Olier.
(3) Au lieu de citer Isaïe de qui ces paroles sont tirées (chap. xxiv, V. 16), M. Olier a préféré citer saint Bernard, qui, dans son XXIIJe sermon sur le Cantique des cantiques, les a appliquées à l'âme contemplative, à qui il est donné de jouir de l'agréable et secrète présence de l'époux céleste. [Édit. des Bénéd., 1. 1, p. 1342.)
savoir s'il sera mieux, pour donner courage, au défaut d'un autre qui l'entreprenne, de contribuer au bâtiment, qui, selon ce que vous mandez, pour peu serait mis en état de recevoir ces petits; ou bien s'il vaudra mieux se charger de quelques petits pour commencer et mettre les autres en train. Comme vous êtes sur les lieux, vous en jugerez mieux que moi, qui ne peux pas voir ni sonder les cœurs de ces messieurs (1). Vous pouvez aussi en parler confidemment à M. Pradier, pour en parler à la compagnie du Saint-Sacrement, à laquelle j'en fis l'ouverture devant que de partir, laquelle me parut fort zélée pour cet œuvre. M. Pradier s'en souvient bien, et je me remets en mémoire que le supérieur de ce temps-là goûta si fortla chose, qu'il crut que la ville devait entreprendre cet œuvre de bénédiction si singulière, et qu'il faudrait que tous les états y contribuassent. Mais, mon enfant, il ne faut pas que la chose se fasse si hautement : premièrement pour marcher selon l'Évangile; secondement, à cause qu'il ne faut pas que les huguenots le sachent, qui mettraient empêchement à ce bien, et peut-être ferait-on des défenses en leurs synodes de donner des enfants aux catholiques (2). Et, bien que la nécessité n'ait point de loi, pour la plupart néanmoins cela nuirait àheaucoup, et le dessein en pâtirait assurément. Ainsi, mon fils, il faudra que ceux à qui on le communiquera en confiance, consultent entre eux du prétexte spécieux qu'on donnera à cette charité si importante et efficace pour le salut des âmes, pour la couvrir à nos ennemis et à ceux
(1) MM. les chanoines du Puy et les autres ecclésiastiques qui s'intéressaient à l'œuvre du séminaire.
(2) C'est ce qui eut lieu en effet, particulièrement à Privas. (Vie de M. Olier, t. III, p. 390.)
de Jésus-Christ et de sa sainte mère. Adieu, mon fils, je vous charge tous les jours de quelques prières en mon nom à la divine maltresse; au moins trois Ave Maria, la saluant en qualité d'épouse du Père éternel, de mère de Jésus-Christ, et, de temple du Saint-Esprit.
J'espère bien que le séminaire ne m'oubliera pas en ses prières dusoir(l), et si l'on y manquait, je vous prie de recommander à M. de Lantages d'en renouveler la pratique. La bonté de Dieu me chargeant de nouveau de quantité d'œuvres de conséquence pour sa gloire, voyez où j'en peux être, qui suis si infidèle et négligent à sq,n divin service. Or sus, tout de nouveau, il faut se redonner à lui en sa divine. mère, pour le trouver dans un lieu favorable, où l'accès nous soit libre et ouvert, et par lequel nous puissions trouver tous nos, besoins pour le servir et le glorifier. La sainte Vierge nous servira d'un Jubilé, soit pour nos fautes et misères passées, soit pour nos besoins présents, soit pour nous prémunir contre nos nécessités futures et pour nous enrichir dedans nos indigences. On ne saurait manquer de rien avec elle.
Je vous prie de dire à M. Le Breton que je prétends bien quelque intérêt, pour l'avoir mis à même des trésors et ravoir approché d'une si bonne mère où il trouve tant de biens à souhait. J'espère bien, tout au plus tôt que l'œuvre de Blois le permettra (où nous menons monsieur votre frère pour y servir Notre-Seigneur et son clergé sous la protection de Notre-Dame de Chartres), je m'en irai prendre part aux consolations de Notre-Dame du Puy et embrasser nos frères,pour m'unir avec eux aux piedsde celte divine Mère. Je vous prie, en attendant,
(1) Ce passage montre l'ancienneté de l'usage qui existe dans les séminaires de Saint-Sulpice de prier le soir pour M. le supérieur général.
de le faire en mon nom et de m'aller offrir ensemble pour ce grand œuvre, dont je vous parle et qui vous sera éclairci plus complètement une autre fois. M. de Lantages s'en réjouira pour Tours (1).
Il y a encore l'affaire du roi d'Angleterre, que je demande avec instance à tous nos frères ensemble de recommander à Notre-Seigneur en notre divine mère, de laquelle la providence m'a encore chargé, lequel présentement se laisse éclaircir des difficultés de la Religion (2). J'eus encore le bien de lui parler hier. Autant que je puis vous recommander une chose à tous en général et en particulier, je le fais; quelques prières, quelques vœux et intentions au divin sacrifiçje tous les jours, sont absolument nécessaires pour un bien de cette conséquence. Je laisse le tout à l'amour que vous avez pour Jésus et Marie, qui avait ce royaume autrefois pour douaire. Je ne vous dis plus rien après cela. Adieu; je suis tout vôtre à vous tous.