LE MARQUIS DE FENELON A M. OLIER, AU PÉRAY
n lui donne quelques nouvelles relatives aux Jansénistes.
Paris, ce 7 mai 16S3.
Monsieur,
Vous me pardonnerez, s'il vous plaît, la liberté que je prends de vous écrire d'une autre main, à cause de l'incommodité que reçoit ma mauvaise tète de le faire
(1) Sur l'autographe qui est partie de la main d'un secrétaire et partie de celle du marquis de Fénelon. La lettre n'est pas signée, mais le nom de Martial, que portait le jeune fils du marquis, confirme le soupçon que donnaient déjà le caractère de la lettre et la vue de l'écriture.
(2) M. Olier prenait un peu de repos chez M™« Tronson.
moi-même : c'est seulement pour vous supplier de tout mon çœùr de me faire mander l'état de votre santé, que M. Dufour souhaiterait fort que vous allassiez rétablir à Saint-Ouen (1), où il me mande qu'il est avec un «aime et une commodité merveilleuse. Vous voulez bien que je vous die que je -fis hier un tour quasi semblable à celui de chez M™® de Fleury, dans une autre maison du faubourg sur le sujet de cette remontrance si charitable et si chrétienne (2).
Si vous n'avez pas vu un écrit qu'on publie dans la rue contre les gens sinistres, nous vous l'enverrons pour vous divertir. /
Remerciez Dieu, s'il vous plaît, de la guérison du petit Martial, et demandez-lui celle de mon âme, que je mets de tout mon cœur entre vos mains pour la lui oflErîr sans réserve. Ce petit garçon nous rapportera de vos nouvelles en revenant de Fontainebleau où il n'arrêtera point...
Je suis tout à vous, mon très bon père, et plus, Dieu merci, que je ne saurais vous le dire. J'eus hier une conversation de demi-heure avec M. le maréchal de Grammont sur votre sujet, sur l'esprit de votre communauté, sur celui de M. de Liancourt, et des jansénistes où je vous réponds que je n'épargnai rien.
La proposition que M. de Morangis s'est attaché de faire de M. de Fontenay (3) a fait un étrange vacarme,
(1) n s'agit de Saînt-Ouea-sur-Seiue, où M. Dufour avait probablement une maison de campagne.
(2) M. Olier ayant prêché le 19 janvier 1653, dans l'église de Saint- Sulpice, contre les maximes des novateurs sur la pénitence, le P. Desmares fit paraître, sous le nom de Remontrance chrétienne et charitable^ «n écrit plein d'aigreur contre le' serviteur de Dieu. (Fie de M. Olier, t. II, p. 449.)
(3) Le marquis de Fénelon parle vraisemblablement de M, de Fontenay-
OÙ j'ai joué un personnage qui m'aura bien perdu à l'hôtel de Liancourt et me procurera, si Dieu plaît, quelque remontrance charitable à mon tour.
LETTRE GGLVIII (1).