‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 251 sur 326 · A UN DE SES DISCIPLES OU DE SES AMIS · texte numérisé non relu

A UN DE SES DISCIPLES OU DE SES AMIS

Il explique l'origine de la haine que les disciples de Saint-Gyran-

Ini portent.

[Vers le même temps (3).]

Cette Lettre ou Remontrance est un effet de la haine qu'ils ont conçue contre moi comme héritier des sentiments du père de Condren, dont la mémoire est odieuse aux arnauldistes comme ayant été le grand adversaire de leur patriarche, M. l'abbé de Saint-Cyran,. avec lequel il fut obligé un jour de rompre, après beaucoup de conférences, sur le mépris et le refus qu'il lui fit du sacré concile de Trente ; car, comme il condamne celte proposition, que l'absolution sacramentelle n'est qu'une déclaration de la rémission des péchés, ce que M. l'abbé de Saint-Cyran soutenait, il se moqua de cette autorité, et le père de Condren lui dit qu'il ne pouvait plus avoir de communication avec lui jusqu'à ce qu'il revint de cette malheureuse présomp-

Mareuilj qui fut ambassadeu v à Rome. Peut-être s'agit4l de son admis-^ sioa dans la compagnie du Saint-Sacrement dont il fut membre aussi bien que le marquis de Fénelon, M. de Morangis et le duc de Liancourt. ( 1) Sur l'autographe.

(2) On ignore à qui fut adressée celte lettre.

(3) Elle peut très couTenablement être placée après celle du marquisde Fénelon, car elle est de la même époque.

tion, qui lui faisait mépriser l'Église dans ce sacré concile.

Ce même abbé enseignait cela partout où il avait entrée, témoin la nièce de M. le curé de Saint-Germain (1), qui vit encore religieuse à Maubuisson, à laquelle il avait enseigné cette doctrine, qui le soutient encore (2), au rapport de monsieur son oncle.

Dans son catéchisme imprimé, de la seconde édition, quand il parle du pouvoir du prêtre pour absoudre, il définit cette puissance de remettre les péchés, originaire de l'Église et non de Dieu, quoiqu'en la première édition de son livre, par l'ordre des docteurs de Sorbonne, pour obtenir son privilège, il fut contraint d'y ajouter le pouvoir de Dieu et de l'Église.

Lerévérendpère deCondren,toutà fait en peine de ce malheur, qu'il prévoyait devoir naître de cette opinion, il dit en mourant à ses pères qu'il ne mourait qu'avec ce regret de n'avoirpasassez fait connaître M. de Saint-Cyran (3), et que ce qui le faisait gémir était le schisme qu'il prévoyait, et prédit alors qu'il paraîtrait dans deux années, ce qui arriva de la sorte.

(1) Le curé de Saint-Germain (l'Auxerrois) dont parle M. Olier était Pierre Colombe!, son ami, qui fit toujours cause commune avec lui et avec saint Vincent de Paul, dans l'affaire des jansénistes. {Mémoires du P. Rapin, 1. 1, p. 430.)

(2) Cette phrase est ampixibologique, mais il est probable que la nièce de M. Golombel soutenait encore non la doctrine de Saint-Cyran, mais que ce novateur la lui avait enseignée.

(3) L'auteur de la Vie de M. Olier (t. I,p. 263, 264) explique et justifie le silence que garda le père de Gondren au sujet de l'abbé de Saint-Cyran avec lequel il avait rompu dès qu'il l'eut bien connu.

LETTRE ceux (1).

 UNE DE SES FILLES SPIRITUELLES

11 la rassure sur la pratique de communier pour les ftmes du purgatoire et lui en montre la solidité (2).

Loué soit le très saint sacrement de l'autel.

Ma très honorée sœur,

Vous ne pouvez que vous ne soyez beaucoup en peine sur la proposition que Ton vous fait souvent, qui me surprend aussi bien que vous, à savoir que la sainte communion est inutile pour les morts. Cela est bien affligeant de voir et d'entendre tant de nouveautés tous les jours en l'Église. Gémissez donc, ma sœur, et continuez à soupirer pour ces malheurs; vos larmes et vos prières ne peuvent être employées pour un meilleur sujet. C'est trop de vouloir priver l'Église qui combat, du pain qui la fortifie, sans vouloir encore ravir celui de la consolation à celle qui gémit et qui, ne pouvant communier par elle-même, ne peut espérer de jouir de son fruit et sa visite que par les autres.

Sans doute ceux qui font cette proposition l'avancent sans l'avoir examinée. L'Église de la terre et du purgatoire n'est qu'une seule; on l'a toujours tenue participante du divin sacrifice, malgré les hérésies, et toujours participante aux pénitences etsuffragesde l'Église. Pourquoi vouloir qu'on la prive du bien le plus important dont elle puisse être rendue participante dans tous les saints trésors des bonnes œuvres? Je crois sans doute

(1) Sur l'autographe.

(2) Cette lettre paraissant combattre une tendance janséniste, on a cru devoir la mettre en ce Heu quoique sa date ne soit pas connue.

que cette proposition se fait sans être examinée et [sans] pénétrer le saint mystère de la communion dedans son fond.

Il faut considérer le très saint Sacrement de l'antel non pas comme un pain mort, mais comme un pain vivant : Ego sum panis vivus. Il ne faut pas simplement regarder ce pain sacré comme sanctifiant notre àme et lui donnant quelque augmentation de grâce, en quoi pour l'ordinaire on fait consister toute la sainte communion de Jésus-Christ. Si cela était, ce serait seulement la communion à la grâce de Jésus- Christ et non pas la communion à Jésus-Christ en tout lui-même, lequel dit de lui en saint Jean, selon l'interprétation de saint Hilaire, quMl nous communie à tout luimême, de même que son Père le communie à tout ce qu'il est. Il met en lui sa vie entière et la fait être celle de son propre Fils ; ainsi en est-il de Notre-Seigneur, qui fait passer en nous tout ce qu'il est et nous rend propres tout son être et sa vie. Il est en nous et nous «n lui, comme il est en son Père et son Père est en luimême.

Gela posé, qui est une vérité essentielle de notre religion, et pourtant peu examinée ni estimée en sa valeur et en son poids, il faut considérer le Fils de Dieu aimant, louant et adorant parfaitement son Père en la mainte communion; de même aussi aimant parfaitement et priant pour toute l'Église et surtout pour celle du purgatoire aussi bien que pour celle de la terre; en sorte qu'il est tout en prière, en amour et religion; et celui qui participe et communie à Jésus-Christ, en son sacrement de la communion, il participe secrètement et au fond de son âme aussi bien à ses prières, à son amour et sa religion comme â sa grâce.

Ainsi l'âme qui communie pour les défunts elle est rendue participante de Jésus-Christ, qui est tout en prières pour les défunts ; et offrant au Père éternel ce présent qui appartient à la créature par la sainte communion, il offre au Père, comme du sien, un présent de valeur et d'efficace immense pour les défunts.

Voilà la première manière de Tutilité de la communion pour les défunts, à savoir d'offrir au Père éternel une chose qui est nôtre et qui est à nous comme nousmêmes, qui n'était pas nôtre auparavant cette communion, en la manière qu'il l'est après s'être donné à nous en passant en nous-mêmes par la sainte communion et la participation à lui-même. Qui voudra donc prier pour les morts, qu'il communie pour entrer en communion des prières de Jésus-Christ pour les morts, et qu'il dispose son fond intérieur pour participer à cette communion intime de Jésus-Christ.

Secondement, l'âme qui est en la communion de Jésus-Christ et qui reçoit part à sa vie, elle entre en part de son amour pour Dieu et le prochain ; elle entre en l'augmentation de la charité vers Dieu et toute l'Église. Ce qui était auparavant en Jésus-Christ seul devient commun avec nous, en sorte que cette vie de Jésus aimant les âmes anime nos cœurs, dilate nos poitrines, lui fait embrasser les besoins de l'Église avec ardeur, et l'âme, qui était auparavant languissante en amour vers ses frères, devient ardente en lui.

Et enfin s'il faut encore entrer plus en particulier, car comme il est un pain vivant aussi bien que vivifiant, il entre en l'intention de celui qu'il vivifie et qu'il nourrit; il voit son besoin et ses désirs; il nourrit la partie désireuse de la vie et fortifie l'appétit qui l'appelle et le désire. Et ainsi l'âme qui communie

pour les morts en Jésus-Christ, elle est nourrie par Jésus-Christ de la prière qu'il fait lui-même pour les morts, qui est la prière générale de l'Église et le soulagement universel de tous ceux qui ont besoin de secours et de grâce.

Les pèlerins d'Emmatis, qui furent rendus ardents dedans leur cœur par la présence et la parole de Jésus-Christ qui les préparait à la très sainte communion, furent éclairés par Jésus-Christ, communiant à lui. C'est le propre de la lumière d'éclairer les ténèbres. Nos âmes sont tout enveloppées en l'ignorance. Jésus-Christ nous illumine en venant en nos âmes, il nous découvre les besoins de nos frères, il nous fait comprendre la misère de leur état et nous touche de tendresse et de compassion pour leur âme.

Troisièmement, enfin, s'il faut pénétrer plus avant en ce divin mystère de la communion de Jésus-Christ, qui nous met en part du détail de la vie intérieure et cachée de Jésus-Christ, qui est un bien qui ne se peut priser. Il est certain que Jésus-Christ qui fait croître notre âme en sa vie par la communion, il nous rend participant de ce qu'il fait en son intérieur, adorant, louant, bénissant la majesté de Dieu son Père et priant incessamment pour les besoins particuliers de son Église, en sorte que l'âme communiante au fond de Jésus-Christ ne communie pas seulement aux perfections divines de Jésus-Christ, dont il laisse toujours quelques vestiges, quelques teintures et quelques impressions en l'âme ; il ne communie pas seulement aux vertus chrétiennes dont Jésus-Christ est la source; il ne communie pas seulement â sa grâce, à son amour en général vers Dieu et le prochain, mais il communie

à ses Opérations intérieures, d'adoration, de louanges et de prières, qui fait le sommaire et l'achèvement de notre religion intérieure.

La religion première est en Jésus-Christ et réside en sa plénitude au fond de son âme divine, qui est l'unique véritable religieux de Dieu son Père ; et, fondateur auguste de la religion chrétienne, il fonde sa religion en terre en participation de la sienne, et s'il y a un vrai adorateur, c'est en la participation de son adoration et sa louange propre; s'il y a un vrai priant, c'est en la participation et communion de sa prière; si bien que le chef-d'œuvre de notre perfection et de notre religion, c'est d'entrer en la communion de Jésus-Christ qui fait de son intérieur et de notre âme même chose par participation ; ce qui se fait par le saint Sacrement et qui a fait dire à tous les Pères, traitant de la cominu- 'nion au très saint Sacrement de Jésus-Christ, que c'était notre dernier achèvement et le chef-d'œuvre de notre perfection. Car, comme il est lui-même la perfection et qu'il la porte en soi, communiant avec lui nous communions à sa même perfection; si bien que celui qui veut espérer à être parfait adorateur de Dieu, il le doit être en Jésus-Christ : qui veut être priant parfaitement et efficacement, qu'il le soit en Jésus-Christ, ce qui se fait en la sainte communion. L'adoration de Jésus-Christ devient la nôtre et sa sainte prière pénétrant notre intérieur le rend priant en sa prière ; il fait que sa prière devient la nôtre et est commune en sa communion ; et nous sommes ainsi rendus parfaitement priant et adorant en Jésus-Christ; ce que nous recevons en l'intime communion de Jésus-Christ où il est tout en nous adorant et priant, lequel par la sainte communion, par une intime pénétration, nous rend priant

et adorant le Père. C'est pour cela que les Pères remarquent qu'après tons les sacrements on y donnait autrefois la sainte communion, et en toutes les prières solennelles et importantes où Jésus-Christ est exposé; parce que tout ce qui se donne et se fait de parfait se fait en Jésus-Christ, rien ne s'achève qu'en Jésus- Christ.

Enfin ne sait-on pas que la sainte hostie que l'on reçoit, en la sainte communion, est l'hostie qui est offerte pour les vivants et pour les morts? C'est l'intention du sacrifice que celle-là, c'est l'intention de Jésus-Christ, prêtre et hostie tout ensemble, qui s'offre au Père éternel pour les vivants et pour les morts, et qui se donne encore en communion à l'Église, qui dit la même chose en celui qui la reçoit comme à l'autel et dans le prêtre. Qui doute donc que celui qui communie à cette hostie et qui reçoit en soi cette hostie vivante, qui porte en soi toutes les intentions du sacrifice et qui rend l'âme qui la reçoit une même chose avec elle, et la fait intérieurement une hostie vivante pour les vivants et pour les morts, ne la rende digne de profiter beaucoup auprès de Dieu pour le soulagement des défunts, étant toute pleine du sang de Jésus- Christ qui crie plus fortement que le sang de l'innocent Abel pour le bien de ses frères ?

Dans l'ancienne loi celui qui communiait à l'hostie était celui qui l'offrait et il était censé une même chose avec l'hostie, entrant dans les devoirs de l'hostie , disant à Dieu la même chose que l'hostie, et se mettant en sa disposition et sa place. 11 était satisfaisant à Dieu, et demandant à Dieu la même chose que l'hostie. Ce n'était que la figure d'à présent, où celui qui communie devient une même chose que l'hostie qu'il reçoit. II

160 LETTRES DE M. OUER.

entre en son esprit et ses intentions et demandant tout d'une voix ce que demande la sainte hostie.

Celui qui communie reçoit en soi l'hostie et le mérite du sacrifice du prêtre et de l'hostie. Cela ne serat-il considéré pour rien ? est-ce pas ce qu'un particulier de l'Église peut faire de plus grand pour ses défunts? Mille jeûnes et mille disciplines , mille macérations extérieures ne sont rien auprès d'une communion faite avec pureté et sainteté.

Et pourquoi vouloir priver l'Église du purgatoire de cette bonne œuvre qui est une des plus augustes, des plus saintes et des plus considérables de l'Église, puisque l'on ne l'exclut pas des autres biens ?

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