‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 258 sur 326 · LETTRE CCLXX · texte numérisé non relu

LETTRE CCLXX

Dieu ayant donné à cette dame quelque relflehe dans ses peines, il rexborte à faire un bon usage de cette grâce, en se tenant luiie intérieurement h Jésus, et fidèle à la pratique des vertus.

[Vers la mi-juin 16S3 (3).]

Ma très chère et très honorée fille.

J'ai espéré que vous diriez, durant tous ces jours de l'octave du très Saint-Sacrement, et durant les suivants, ce que disait l'Épouse du Cantique : Que l'hiver est passé avec ses orages, et les fleurs du printemps ont paru. Ces fleurs sont les efiets de la nouvelle vie , qui commencent à paraître et à se faire goûter en votre âme , après les temps austères et difficiles de la croix. L'Écriture sainte nous marque comme Dieu a ses temps. Ily aun temps pour labourer j dit le Sage, et il y en a un autre pour semer. Ce divin Maitre, après avoir pré.paré et cultivé votre âme, y a semé le bon grain, qui est Jésus- Christ, qu'il a renfermé dans votre cœur avec un soin particulier, le cachant sous les humiliation^ de la croix, pour porter son fruit en son temps. C'est à vous

(1) C'est la CCXXXIX" des imprimées.

(2) Le contenu de la lettre dit suffisamment qu'elle est adressée à M"ie de Saujon et probablement peu de temps après la précédente.

(3) IA)ctave du Saint-Sacrement, en 1653, allait du 12 au 19 juin.

maintenant à le conserver. Il me semble que le plus fort et le plus rude choc est passé, et je crois que vous êtes maintenant dans le goût et le sentiment de la présence de votre divin Époux. Jouissez-en donc en paix en votre intérieur; et si Ton vous interdit les œuvres extérieures de charité, louez-en votre Tout, qui le permet ainsi pour vous posséder davantage.

Votre retraite, qui vous tire du tracas et vous applique à la seule contemplation de Jésus-Christ, pour écouter et entendre sa voix, vous est enjointe par les ordres secrets de sa Providence qui vous conduit, et il ne souffre que la créature vous traite de la manière que vous me le mandez, que pour vous faire jouir avec plus de liberté du repos de Madeleine. Faites profit des ouvertures qu'il vous présente, pour être en lui humble et patiente. Ces moments sont précieux pour acquérir bien des vertus. Car c'est le temps où la grâce se rend présente par les soins de l'Époux, afin de faire croître l'âme et la rendre de plus en plus fidèle à ses saints exercices.

LETTRE CCLXXI (1) .

n rinvite a communier plus souvent afin de connaître les desseins de Dieu sur elle. Il décrit ensuite l'excellence et les avantages de la croix.

[Avant le 24 juin 1653 (3).]

Ma très chère et très honorée fille, Il me semble que je sens bien de la joie de vous par- Ci) C'est la LXXIX« des imprimées.

(2 et 3) La fia du second alinéa semble indiquer suffisamment que M. Olier parle à M™« de Saujon, qui venait de passer par des contra-

1er de Dieu, et que mon cœur se console, quand il vous rappelle à Jésus votre Époux. Vous sentez et vous voyez bien comme tout est fade et obscur à votre cœur et à votre esprit , hors de votre Jésus. 11 ne vous manquera pas à la sainte communion, et vous n'y serez pas trompée, y allant avec l'assurance qui vous en sera donnée de la part de ceux qui vous conduisent, dans lesquels Notre-Seigneur vivra toujours pour vous , ainsi que vous l'avez expérimenté jusqu'à cette beure avec consolation.

Comme j'ai remarqué le grand secours que vous retirez de vous en approcher souvent, je vous prie de recevoir encore cette grâce que vous offre la sainte Eglise, et de solenniser les octaves de saint Jean et de saint Pierre, comme vous avez fait celle du très Saint- Sacrement. Vous pourrez aussi en faire une de la visite de Notre-Dame à sainte Elisabeth , pour la sanctification de saint Jean, et une autre de sainte Madeleine dans le mois de juillet , afin que vous puissiez voir les desseins de Dieu sur votre âme, qui ayant pris ces mois passés pour labourer et défricher avec le soc delà croix l'intérieur de votre cœur, veut ensuite vous faire recevoir la semence de la vie divine, par la bénédiction du très Saint-Sacrement.

J'ai pris la plume, au sortir de l'oraison, avec intention de ne vous écrire que ces paroles suivantes, pour vous remplir et vous occuper de leur vérité toute une octave entière. La croix est la vie, la nourriture, la force et la perfection du pur amour. La consolation des sens ôude l'esprit sert à entretenir la corruption del'amour-

dictions et des peines très sensibles, et qui, d'autre part, étudiait eu ce moment les desseins que Dieu pouvait avoir sur elle. — La date est indiquée par le second alinéa. .

propre, et, au contraire, la privation et l'abstinence de toute consolation fait la santé de l'âme, et entretient la pureté du saint amour, sans mélange de propre recherche et de propre satisfaction.

Il y a certains fruits qui perdent leur goût et leur saveur, quand ils croissent dans des fonds de terre grasse. Il en est de même de l'amour de Dieu. Les fruits n'en sont excellents et merveilleux que quand ils viennent dans des terres sèches et sablonneuses. Les œuvres du saint amour perdent leur agrément et leur pureté, quand ils sont accompagnés de consolations et de délices, soit temporelles, soit spirituelles. Je ne pourrais pas vous exprimer ce que j'en concevais à l'oraison, elle grand désir que j'avais que toute ma vie fût en croix, et, comme dit saint Cyrille de Jésusalem, que je fusse couvert de croix depuis les pieds jusqu'à la tête, comme le baptême le demande. J'estimerais ce trésor le plus grand de la terre, étant vrai que par là toute la créature corrompue, qui ne vit que pour elle, serait suspendue en ses affections, interdite dans le rassasiement de ses cupidités, et ne trouverait pas de quoi se satisfaire.

La créature qui est toute née pour la béatitude, et qui ne cherche que son plaisir, est dans la faim et da ns la soif de la consolation perpétuelle; mais Notre- Seigneur lui donne la croix, qui étant comme cet ange, qui esta la porte du paradis terrestre, tient le glaive de feu à la main pour en interdire l'entrée. La croix est le glaive dont Jésus-Christ se sert pour réprimer tous les désirs du paradis terrestre de nos sens et de nos à mes, qui sont la consolation et la satisfaction ; et pour tout appui de l'esprit il vient nous communiquer sa foi, laquelle n'a rien que la force à donner, et la voie à

nous montrérpour notre direction. Et même les moyens dont il se sert pour nous doaner et nous accroître cette foi sont si purs et si éloignés de toute consolation^ qu'il n'y a rien de plus simple et de moins capable de satisfaire les sens et de les consoler. C'est ce que nous voyons dans les simples éléments qui couvrent nos sacrements, où rien ne parait d'éclatant et de délicieux, rien de riche ni de superbe, tout pauvre, tout nu, tout simple; ce qui montre combien Notre-Seigneur est soigneux de sevrer cette nature maligne, qui ne travaille qu'à sa consolation et à sa propre recherche. Adieu.

Le zèle pour la croix a été ce matin dans l'oraison suivi de sa matière. Béni soit le divin amour, et qu'à jamais il soit aimé, de vouloir visiter les siens, les privant de leurs attentes et de leurs désirs. La sécheresse, la privation et la soustraction divine soit l'entretien et la nourriture de notre foi. Jésus crucifié, faites-moi cette grâce, qu'à jamais votre amour me cloue à votre croix, et que jamais je n'en sois séparé, que pour entrer en jouissance de votre béatitude, en laquelle je ne puis avoir droit d'entrer, que par la communication de vos souffrances et de vos peines, et par votre crucifiement, votre mort et votre sépulture mystérieuse.

LETTRE GGLXXII (1).

Il lai parle des peines Intérieures qu'il endure, de l'estime qu'il fait des souffrances et de la croix.

' [Été de 1633 (3).]

Que puis-je vous dire en l'état où je me trouve, si- Ci 2 et 3) C'était la CLXXVIII» des imprimées.

non que je vous suis tellement obligé, que je ne puis assez reconnaître Notre-Seigneur en vous et sa très sainte Mère? Le grand Maître qui conduit toutes choses en la manière qu'il a voulu, et que nos péchés le méritaient, nous fait faire maintenant pénitence en notre intérieur. C'était ce qui me fut promis, à Chartres, où il me fut dit au fond du cœur : Tribulatio proxima est : La tribulation est prochaine.

Que dois-je dire à votre âme, que je sais qui souffre sur toutes ces choses aussi bien que la mienne, sinon que notre condition doit être celle de tous ceux qui veulent appartenir tout de bon à Jésus-Christ? Quiconque fera profession de vouloir aimer Dieu, il faut qu'il dise avec sainte Thérèse : Ou souffrir ou mourir. Il ne faut point de milieu à cela. Tousles moments de la souffrance sont si précieux, et ceux de notre vie si courts, qu'il ne faut pas qu'il s'en écoule aucun, qui ne soit détrempé dans l'amertume de la croix. que saint Paul savait bien ce que valait la douleur et la peine, quand il disait que sa plus grande gloire était de souffrir pour celui qui était mort pour lui dans la souffrance !

Il faut que notre Maître et notre sainte Maltresse continuent de porter en nous le joug et le fardeau qu'ils nous imposent. Il faut nous retirer à tout moment en eux pour en faire l'usage que nous devons; n'y ayant rien de si faible que la chétive créature, qui ne peut rien en elle. Quoique l'esprit soit prompt pour être sou-

— Le ton de la lettre est celui qu'on retrouve dans celles à M. Picoté, son directeur.

— M. Olier était à Chartres à la mi-avril de cette année 1653, et ce fut probablement en cette circonstance qu'il lui fut dit : Tribulatio proxima est.

mis à Dieu ,1a faiblesse de la chair doit être soutenue et arrêtée à tout moment par la puissance de la vertu divine régnant en notre cœur. Hors de là il n*y a qu'infirmité et défaillance continuelle.

Je sais bien que l'Esprit intérieur, qui fortifie le nôtre, n'empêche pas la chair de souffrir, et de porter le joug de la croix de Jésus avec violence; mais c'est par là que l'on achète avec Jésus-Christ le royaume du Père. Notre Maître n'a reçu qu'en passant la douceur du Thabor, mais il est demeuré et arrêté longtemps sur la croix; et cet état pénible et douloureux lui a été présentions les jours de sa vie.

LETTRE CCLXXUI (1).

A M. DE BRETONVILLÏERS, CURÉ DE SAINT-SULPICE

Il lai écrit sur le sajet de la balle d'Innocent X et la conduite à tenir en cette circonstance a l'égard des jansénistes. Affaire des PP. de roratoire.

De Verneuil, le 4 juillet 16S3.

Monsieur est très cher en Notre-Seigneur,

Je ne vous écris pas de ma main à cause que j'ai été . saigné ce matin. Je vous prie d'envoyer chez M. de Saint-Germain (2) pour voir s'il y a quelque chose

(1) Sur l'autographe.

(2) Quoiqu'il y eût alors à Paris un chanoine de Notre-Dame nommé Le Prévôt de Saint-Germain, il ne parait pas qu'il s'agisse de lui en cette lettre, mais bien de l'abbé de Saint-Germain avec lequel, comme supérieur spirituel du faubourg, il convenait de s'entendre au sujet de la bulle. Il est vrai qu'ailleurs et même à la lin de cette lettre M. Olier désigne l'abbé de Saint-Germain sous le titre d'évêque de Metz, mais cela ne parait pas un motif suffisant de croire qu'en cet endroit il ne l'a pas.eu en vue. La lettre suivante, où il est encore parlé de lui, confirme cette supposition.

de pressé qui me rappelle à Paris sur le sujet de la bulle (1), et aussi pour savoir si on ne s'assemblera point pour cela, et à quel jour, afin de pouvoir ménager, en attendant, quelque temps de repos. Ma pensée serait dans ce commencement de ne point insulter dessus les jansénistes, mais agir avec eux avec douceur et grande ouverture de cœur, pour les attirer à l'union et se pouvoir servir d'eux pour la gloire de Dieu et le bien de son Église. Si tous ces sujets qui se sont séparés s'unissaient simplement et cordialement en charité, on se trouverait bien fort contre l'hérésie et les pécheurs et pour avancer la gloire de Dieu en son clergé.

Je vous supplie de vous informer de M. du Four s'il a vu M. de Liancourt et quels sont ses sentiments et sa conduite sur cette affaire, et s'il voudrait entrer dedans cette ouverture pour réparer par là tout le tort qu'il a fait à l'Église , dont un jour il se trouvera accusé et chargé devant Dieu; car autant qu'il a servi à élever ce parti et à le révolter, autant il doit travailler maintenant à le détruire et à le réunir dans la sainte Église (2).

Pour ce qui est des PP. de l'Oratoire, il faudra se servir, s'il en est besoin, du biais que la Reine nous a appris elle-même , selon ce que M. Souart m'en a écrit de la part du père Dinet, à savoir qu'il y avait déjà trop

(1) La bulle qui condamne les cinq propositions de Jansénius fut donnée à Rome par Innocent X, le 31 de mai 1653, qui était la Teille de la Pentecôte; elle arriva à Paris au commencement de juillet, et, dès le 7 de ce mois, la déclaration pour son exécution fut publiée à Paris par ordre du roi.

(2) Le duc et la duchesse de Liancourt, malgré la promesse qu'ils en avdent faite par écrit à M. Olier, ne se soumirent pas et continuèrent à favoriser Port-Royal. {Vie de M. Olier, t. II, p. 457.)

de communautés dans le faubourg, et qu'elle prierait M^' de Metz de n'en point établir davantage .

La fête de la Translation de saint Martin m'appelle à la grande messe et m'empêche de vous écrire davantage. Je suis de tout mon cœur en Nôtre-Seigneur, Monsieur, votre trèshunable et très obéissant serviteur.

Olier.

LETTRE GGLXXIV (1).

Il l'avertit de quelques menées jansénistes afin qu'il les déjoue.

[Été de 1653.]

Mon cher enfant, je vous envoie une lettre de M. de Queylus, et deux de Saint-Germain que j'ai ouvertes, pour voir s'il n'y aurait rien qu'il fût nécessaire que je visse pour vous écrire ce qu'il y aurait à faire. Il serait bon, siM^ de Metz venait à Paris, que vous lui dissiez ce qui est du père Dinet dans la lettre de M. Souart, afin de l'encourager et le prévenir sur les sollicitations que M. l'abbé de B... (3), de la part des jansénistes, se prépare de faire auprès de M. le C. . .

(1) Sur l'autographe.

(2) Cette lettre paraît faire suite à la précédeate. M. Olier n'avait probablemeat pas quitté Yerneuil'Sur-Seine, où sa famille possédait une habitation et oîi lui avaient été envoyées de Saint-Germain les deux, lettres dont il parle.

(3) Amable de Bonrzeis que M. Olier désigne ici, était abbé de Saint- Martin de Cores et membre de l'Académie française. 11 ne se montra pas d'abord favorable à la doctrine des jansénistes, mais ayant été gagné au parti, il s'en montra pendant longtemps l'un des plus zélés défenseurs. Ce fut lui qui y attira le duc et la duchesse de Liancourt, dans l'hôtel desquels il vivait, et par leur moyen, il acquit quelque faveur à la cour. Il avait surtout à cœnr de s'insinuer dans les bonnes grâces du cardinal

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