A M. JEAN BE SÈVE
II loi conseille de ne pas s'engager sltOt dans les ordres sacrés, et de ne point écouter sur cela les empressements de la nature.
[Été de 16S3.]
Monsieur,
Je bénis Dieu des dispositions qu'il met en votre âme pour l'accomplissement de ses desseins, et de la
Mazarin, et pour y réassiril alla d'abord à Poatoise lorsque le parlement y fiit transféré, puis il accompagna le cardinal dans son second exil, ce qiù faisait dire à Lagault, l'un des trois députés que la Sorbonne avait envoyés à Rome, dans une lettre du 14 octobre 1652 : « Que M. le chancelier prenne « garde que Fabbé de Bourzeis, qui, à ce qu'on nous a appris, est auprès (c de M. ie cardinal Mazarin, ne nous fasse pas faire quelque coup fourré à « la cour. Nous ferons tout ce que nous pourrons ici pour nous en parer. » (Cité en note dans les Mémoires du P. Rapin, 1. 1, p. 463.) On voit que M. Olier avait grandement sujet de faire prévenir l'abbé de Saint-Germain et de le mettre en garde contre les sollicitations que l'abbé de Bourzeis ne dut pas manquer de faire auprès du cardinal Mazarin.
(1) C'est la VHP des imprimées.
(2) Jean de Sève, oncle maternel de M. Tronson, était président en la cour des aides, lorsque, ayant perdu sa femme, Renée de Guenégaud, au mois d'août 1651, il se détermina à embrasser l'état ecclésiastique. M. Olier, avec qui il avait concerté ce pieux dessein, lui permit de suivre les exercices du séminaire sans demeurer dans la maison, et ce fut sans doute à cette occasion qu'il fit ouvrir une porte de communication qui permettait à M. de Sève, dont le domicile était rue du Potde-Fer, de se rendre fréquemment au séminaire. Cependant le serviteur de Dieu lui faisait exercer tous les dimanches les moindres fonctions ecclésiastiques à la messe de paroisse, et la manière dont il s'en acquittait était un grand sujet d'édification pour tout le monde. M. Olier en était touché plus que personne, mais, jugeant nécessaire de bien éprouver une vocation si tardive, il ne se bâta pas de faire promouvoir M. de Sève au sous-diaconat. Celui-ci se montra un peu sensible à ce. retard et, dans le courant de 1653, probablement quelques semaines avant l'or-
• dination de la Trinité, il en témoigna sa peine à M. Olier, qui lui répondit par la belle lettre qu'on va lire.
miséricorde qu'il vous fait de n'acquiescer pas aux empressements de la nature, qui voudrait vous régler, et vous conduire dans l'œuvre de la grâce. Elle ne peut avoir d'accès, et ne doit point même être écoutée dans les choses qui sont par-dessus son état : Quse suprà illam, nihil ad illam. Il faut par conséquent que nous imposions silence en notre vocation à tout ce qui n'est pas Jésus-Christ, ou son Église réglée par son esprit, que nous devons écoater en patience, fermant les oreilles à toute l'humeur et à toute la raison humaine, qui veut avoir sa part dans le conseil de Dieu. Quand vous étiez président, etque, les portes fermées, vous traitiez des aflPiaires de conséquence en votre cour, vous n'eussiez pas souffert qu'un valet ou un laquais eût pris séance ou donné son avis dans vos sacrés conseils. La sainte Trinité, qui est toujours attentive sur la conduite de ses ministres, et qui anime son Éghse de son conseil, ne veut pas admettre dans cette assemblée divine, qui se règle et qui examine les choses par l'esprit de cette sagesse éternelle, une infâme ni une harengère insensée pour y faire vacarme, et y troubler la paix et le calme qui président dans le conclave de la grâce. C'est une insensée et une folle
M. de Sève dut être ordonné sous-diacre aux Quatre-Temps de septembre 1653, et diacre peu de mois après, car vers ce temps une thèse lui ayant été dédiée, il ne voulut donner d'autre titre pour y mettre au haut que celui-ci : Joanni de Sève, diacono; ce qui émerveilla si fort M. Bourdoise qu'il envoya^ en 1654, six. exemplaires de cette thèse à l'abbé du Val-Richer. {Vie de M. Olier, t. III, p. 149.)
M. Jean de Sève mourut le 16 janvier 1674, et, selon son désir, fut inhumé dans la chapelle basse du séminaire de Salnt-Sulpice. Le Registre des sépultures porte qu'il était natif de Paris, seigaeur de Mérobert, cidevant président en la cour des aides, et qu'il décéda en sa maison, rue Pot-de-Fer, sur la paroisse de Saint^ulpice, ce qui confirme la plupart < des détails déjà donnés.
que la nature : il la faut laisser et l'abandonner aux portes de notre cœur, et lui laisser faire là ses vacarmes parmi les peuples. Les ministres de Dieu ne font point cas de ses murmures, et lui laissant évaporer ses chaleurs avec mépris, ils ne fout attention qu'aux sacrés conseils de la sagesse, et ils n'écoutent que la voix de Jésus, qui parle avec douceur et paix dans l'âme qui est en silence, et qui entend en patience cette suprême Majesté, qui donne ses arrêts avec tant de force et de gravité^ qu'on ne peut pas douter de sqs ordres.
Vous savez par expérience quelle est la joie de votre cœur, quand ce grand Tout y préside et y parle : In pace locusejus. Votre âme est alors en paix, et rien ne rinquiète. Mais quand au contraire la nature, cette esclave révoltée et cette libertine insensée, vous parle, elle ne porte dans le cœur qu'inquiétude , qu'ardeur, que chagrin, que murmure; et elle trouble la paix et la suavité qui nous doit toujours accompagner.
Mon cher Monsieur, notre grand Maître disait à ses disciples : Inpatientia veslrapossidebiiis animas vestras; et en cela l'on connaît la sagesse des serviteurs, quand ils attendent en paix les ordres de leur maître, qui voit ce qui se passe en sa maison, et qui ne révèle ses desseins que dans le moment qu'il lui plaît, avançant ou reculant toutes choses selon son bon plaisir. Puisque Jésus, notre grand Maître, voit les besoins de son Église, et veille incessamment sur les sujeis qu'il désire avancer, il le faut laisser faire. Il apprend en l'Évangile la méthode de se conduire, disant à un chacun de prendre la dernière place en sa maison et à sa table : Recumbe in novissimo loco. Et il ajoute, qu'il faut se laisser , presser pour monter plus haut. Notre-Seigneur tient toujours une même méthode. Comme il a donné ses
conseils à toute son Église, il ne s'en dément pas, de peur d'infirmer sa conduite, et d'en ôter l'estime, la force et la créance dans l'esprit de ses disciples. Personne, dit-il, ne doit se presser, ni se promouvoir soimême, il faut qu'il se laisse appeler; il faut qu'on le presse, qu'on le sollicite, qu'on lui fasse instance; et comme c'est Jésus-Christ seul qui, pénétrant le fond des cœurs,voit la pureté, la sainteté, la force, la sagesse, le zèle véritable , la profonde humilité , la patience invincible , la douceur inaltérable et le reste des ^vertus évangéliques nécessaires pour être dignes de ses charges, il impose le silence à son Église, pour l'empêcher d'y appeler ceux qu'il ne voit pas assez fondés pour être promus et élevés aux plus hautes dignités de son saint ministère.
Anéantissez-vous donc devant Dieu; vivez en patience, et attendez en paix la voix de votre Maître. Il parlera bientôt, mais laissez-le parler; et que l'humble sentiment de votre cœur, qui se voit éloigné des parfaites vertus de l'ordre où vous aspirez, vous fasse trembler, de peur d'être promu, n'étant pas aussi établi, comme votre divin Maître le désire, en tout ce qu'il demande de vous. Travaillez encore avec courage jusqu'aux Quatre-Temps de septembre, où toute l'Église sera en pénitence et en jeune pour demander le supplément des vertus qui manquent aux ministres qui se présentent à l'onction. Tout le bien et toute la bénédiction de vos jours dépend des saintes dispositions de votre ordination, et de l'obéissance à la loi du divin Maître, qui n'agrée jamais les services de celui qui entre en sa maison par force, et qui n'a pas attendu son choix et sa vocation avec respect, humilité et patience.
Adieu, mon cher Monsieur. Je suis, dans toute la tendresse que votre bonté exige d'un pauvre misérable pécheur, le très humble, très obéissant et très obligé serviteur.
LETTRE CCLXXVI (1).
A M. DE BRETONVILLIERS, CURÉ DE SAINT-SULPICE
M. Olier, après qnelqaes mots sur on petit écrit de piété qne M. de BretonTilliers loi a envoyé, le prie de faire prévenir le roi d'Angleterre, qu'étant tombé malade, il a dû quitter Paris, et qnll ne pourra continuer les conférences qu'il avait avec Sa Majesté.
[Du Péray, ce 19 juillet i653 (2).] Vive Jésus en Marie.
Mon très cher enfant en Notre-Seigneur,
J'ai reçu vos Réjouissez-vous (3) queje vous renverrai au premier jour. M. du Peray [k] , qui ne me les a rendus que du jour d'hier, m'a empêché de les corriger, étant dans les remèdes. Il y a peu à corriger comme vous le verrez quand je vous les enverrai par la voie de j|mo Tronson, qui vous les portera sûrement et qui vous dira comme je ne suis pas bien ayant toujours eu des émotions la nuit, ce que je vous prie de dire à M. de
(1) Sur l'autographe.
(2) Le jour et le mois sont donnés par l'autographe, Tannée est indiquée par l'affaire delà bulle et par. les conférences avec le roi d'Angleterre. Le lieu où fut écrite la lettre est certainement la maison de campagne de M.'^^ Tronson, oîi M. Olier fit quelque séjour avant d'entreprendre le voyage dont il sera parlé dans les lettres suivantes.
(3) On ne sait pas autrement le sujet de ces réjouissez'vous que par ce qu'il en dit encore lettre CCLXXIX«.
(4) M. Olîer désigne probablement par ce nom l'aîné des fils de M°" Tronson, qui était seigneur du Coudrai et du Péray.
Sommersel (1), et afin qu'il prévienne le roi d'Angleterre et qu'il lui aille dire comme depuis que je n'ai eu le bien et l'honneur de le voir je suis tombé malade, et que l'on m'a ordonné de me retirer et la campagne, où je suis encore malj et sans doute, en l'état où je me suis trouvé ici, si je fusse demeuré à Paris, je serais tombé dans la fièvre, tant je suis ému et échauffé. Je vous prie ne pas manquer à dire cela au plus tôt à M. de Sommerset.
Pour M. Laurent (2), vous lui direz qu'il se contente de mander à M"® de Portes, sur ce que je ne lui écris pas, c'est que j'attends jusqu'à ce que j'aie su comme elle aura recules nouvelles de la bulle (3).
Mon fils, pour la pension de ce M. de Saint-Am-
(1) Edouard de Sommerset, marquis de Worcester, avait suivi Charles II, roi d'Angleterre, eu France, et il paraît que ce fut surtout par son moyen que M. Olier put entrer en relation avec ce monarque. {Vie de M. Olier, t. II, p. 320.)
(2) Henri Laurent ou du Laurent entra au séminaire de Saint-Sulpice le 8 mai 1653. 11 était prêtre et prieur de Saint-Privat de Rivières, dans le diocèse d'Uzès. Ce bénéfice était à la collation de l'évêque, sur la présentation de la marquise de Portes, qui possédait et habitait le château de Theyrargues, voisin de Rivières. Cela explique les rapports de cet ecclésiastique avec M"^* de Portes,
(3) M. Olier avait ajouté : Et sa soumission parfaite, mais il effaça ces derniers mots. Toutefois ses craintes à ce sujet n'étaient pas sans quelque fondement et, comme on l'a déjà dit dans une note de la CCLVP lettre, il est douteux que M^^ de Portes se soit parfaitement soumise à la condamnation du jansénisme dès qu'elle eut été prononcée. Il est même vraisemblable que M. Olier ne vit pas son retour à la parfaite docilité dont elle lui avait donné tant de preuves durant les premières années qu'elle fut sous sa direction. C'est ce que semble prouver une dernière lettre que le serviteur de Dieu lui écrivit en 1655 et à l'occasion de laquelle on fera connaître les sérieux motifs qui doiment lieu d'espérer, qu'au moins dans ses dernières années, les sentiments de cette noble demoiselle furent parfaitement catholiques et que sa mort, qui n'arriva qu'en 1693, put être précieuse devant Dieu comme elle fut pleine d'édijyication devant les hommes.
broise (1), je pense qu'il vaudrait mieux ne point écrire à cette bonne demoiselle que nous voulons gagner à Notre-Seigneur, avec laquelle il sera bon d'agir généreusement, en charité. Aussi bien, si elle payait sa pension, nous n'aurions pas droit de le regarder à nous : s'il est pauvre il est bon d'en user ainsi. Aussi bien emploie-t-elle son bien et au delà. Adieu, mon fils; pardonnez à la hâte de mon départ.
LETTRE CCLXXVn (2).
A MABAME TRONSON, A CHATILLON (3).
II l'Informe de l'état de sa santé et da projet qa'il a formé de revenir sur ses pas.
[Du château du tarry (4), ce jour de Sainte-Madeleine,
22 juillet 16S3.]
Vive Jésus en Marie.
Ma très chère et très honorée fille en Notre- Seigneur,
Ma difficulté de dormir qui s'augmente et les émo-
(1) Il est très probable que M. Olier, conformément à l'usage suivi de son temps par les géographes,' en particulier par Bmzen de la Martinière, a désigné sous le nom de Saint-Ambroise la petite ville plus connue aujourd'hui sous celui de Sdnt-Ambroùc et qni est dans le voisinage de Rivières-de-Theyrargaes qu'habitait la marquise de Portes. Il s'agirait donc d'un ecclësiastiqpie de cette ville dont la pension, au séminaire ou à la communauté de Saint-Sulpice, aurait pu être demandée à cette demoiselle qui le protégeait. Ces mots : cette bonne demoiselle que nous voulons gagner, suivis de ceux-ci: Aussi emploie-t-elle bien son Menet au delà, conviennent parfaitement à la marquise de Portes dont il venait d'ailleurs d'être question.
(2) Sur l'autographe dont un fragment est dans la lU» des imprimées. (3 et 4) M^e Tronson était auprès de son frère Alexandre, qui avait
épousé l'héritière de Guy de Rochechouart, seigneur de Châtillon-le-Roi. M. Olier reçut plus d'une fois l'hospitalité dans cette honorable famille. {Vie de M. Olier, t. III, p. 437.)
tions fréquentes que je sentis hier pendant le chemin, causées par la chaleur du jour, me font résoudre à ne m'exposer pas, pendant ces grandes chaleurs, aux dangers du grand voyage que j'espérais de faire, croyant avoir plus de force que je n'en ai (J). Gela m'oblige encore à vous demander la grâce de garder votre carrosse aujourd'hui pour m'en retourner demain et donner le temps à vos chevaux de se reposer ici, au lieu du repos qu'ils auraient pris demain à Châtillon,pour ne point retarder le jour de votre assignation au Péray et Paris où je vous accompagnerai, à cause des dangers où je suis continuellement de tomber dans la fièvre. Notre-Seigneur veuille, s'il lui plalt,réparer en moi ce que j'espérais recevoir de grâce par lui dans la maison de sa divine Mère. Je la prie qu'elle vous consomme en elle en vous tirant entièrement de vous. C'est la prière que je ferai à son Fils jusqu'à ce qu'il ait achevé cet œuvre qui est l'unique qu'il a à faire en vous et vous en lui. Je suis de toute ma volonté, ma très chère et très honorée fille, votre très humble et très obéissant serviteur.
Olier.
J'ai trouvé cette lettre dans ma pochette à Saumur, laquelle je vous écrivis, au Lary.au sortir d'une mauvaise nuit, mais m'étant mieux trouvé un peu de temps après, je m'exposai en confiance à la très sainte Vierge qui m'a conduit et conservé jusques à sa maison où j'ai déjà passé deux nuits plus doucement qu'à l'ordi-
— Le château du Larry est situé près d'Orléans, dans la vallée duLoiret.
(1) M. Olier, quoique déjà menacé de la fièvre, avait entrepris le pèlerinage de Notre-Dame des Ârdiliiers, près de Saumur, où il avait déjà reçu précédemment beaucoup de faveurs de la très sainte Vierge.
naîre. Je ne vous y oublie pas par sa bonté et sa miséricorde, et il me semble qu'elle m'oblige plus que jamais d'y reconnaître vos charités et vos grâces. Jamais Élie ni Elisée n'eurent tant de sujets pour prier Dieu pour ces bonnes veuves qui les secouraient que j'en ai pour le remercier et l'aimer des bontés dont vous usez envers moi.
Adieu, ma très chère et très honorée fille en notre divin Maître et sa très sainte Mère.
LETTRE CCLXXVm (1).