‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 261 sur 326 · LETTRE CCLXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CCLXXIX

A M. DE BRETONVILLIERS, CURÉ DE SAINT-SULPICE

Il exprime an vif désir de retourner à Paris, afin d'jr travailler, avec pins de zêle que par le passé, à procurer la gloire de Dien. Il Ini sonUaite, ainsi qu'à son frère atné, tontes les bénédictions dnciel.

[De Saumur, 6 août 1653.] Qui a Jésus a tout.

Monsieur et très cher en Notre Seigneur,

Je vous écris de Notre-Dame de Saumur, au saint jour delà Transfiguration que j'y ai passé tout entier

avec celui de Notre-Dame des Neiges. J'espère partir demain pour retourner à Paris, si la providence de Dieu n'en ordonne autrement. Je désire bien de me revoir auprès de vous pour commencer l'ouvrage de notre Maître^ et lui rendre plus de fidélité que je n'ai fait jusques à. maintenant. Demandez-lui pardon, en attendant, pour moi, et grâce pour le servir, comme je le fais ici pour vous, afin que nous ne soyons point trouvés, tous deux, ayant moins que nous ne devons, qui est ce que je crains surtout pour moi.

Notre divine maltresse, par sa bonté, réparera tout auprès de son cher Fils et ne nous laissera pas obligés, sans vouloir bien payer ce qui nous restera, puisque nous sommes à elle et que nous nous engageons tous • les jours de plus en plus à elle, pour la servir et la glorifier à toute éternité avec son Fils Jésus.

Je ne vous ai point renvoyé votre dévotion (l) vers Notre-Seigneur, aimant mieux vous la remettre moimême entre les mains. Je l'ai revue, comme vous l'avez voulu, et y ai fait ce que vous avez désiré. Dieu soit loué en toutes vos œuvres, vos paroles et vos pensées et encore plus en vos désirs, que je souhaite tous être du Saint-Esprit, qui seul peut l'honorer et le glorifier en nous. Je prie encore Notre-Seigneur en sa très sainte Mère, qu'il en soit de même de votre bon et très cher frère, à qui je suis, comme à vous, mon cher enfant, le très humble et très obligé serviteur.

Olier.

(1) Il s'agit des Séjouissez-vous dont il est parlé lettre CCLXXVP.

LETTRE CGLXXX (1).

II l'exhorte an sacrifice d'elle-même et à l'amonr de la croix.

[IS août 1653.]

Ma très chère est très honorée fille,

Je bénis Dieu que sa bonté vous délivre en sa sainteté des choses que j'appréhenderais le plus pour vous, et qui, ne servant qu'à flatter la nature et contenter les sens, seraient aussi les plus périlleuses pour votre âme. C'est maintenant le temps de vous réjouir et de vous glorifier, puisque la retraite des créatures continue, que la persécution s'approche, et que la divine croix du Maître prépare ainsi votre sanctification. Il est si doux au pur amour de faire en cette vie les plus violents, et les plus rudes sacrifices, et de se jeter en esprit dans les fournaises ardentes, de s'exposer aux roues et aux gibets, pour ne vouloir vivre que dans l'exercice perpétuel du solide amour, qui consiste en ces œuvres pénibles ! C'est ce qui maintient Fâme en état d'hostie, et ce qui la prépare à tous les sacrifices qu'il plaira à Dieu de lui présenter un jour en vérité.

Je ne sais ce que nous ne devrions pas faire pour exciter lebon plaisir de Dieu à nous donner occasion de mourir un jour martyrs, et de finir nos jours par la consommation d'un véritable sacrifice, pour ne pas porter en vain cette glorieuse qualité d'hostie vivante à Dieu, et

(1) C'est la LXXVme des imprimées.

(2) Celte lettre fait assez biea suite à la CCLXXI». Les deux premières phrases font allusion aux froideurs dont M"* de Saujon était alors l'objet à la cour de Blois.

mourante à tout moment à soi-même et au monde. Je prie ce grand Tout que cette auguste qualité, et son immense libéralité sur nous, ne nous soient pas un jour un sujet de reproche, mais que ce nous soit plutôt une matière de louange et de gloire en la bouche de notre Maître et de notre divin Sacrificateur. La mort perpétuelle et la vie à Dieu seul en Jésus-Christ, est la vraie vie du baptême; et nous avons été oints de l'esprit de mort et de vie du Fils de Dieu, pour nous porter et nous aider continuellement à mourir à nous comme Jésus, et à vivre delà vie de Dieu en son esprit comme Notre- Seigneur même ressuscité, qui ne vit plus de la vie humaine en son infirmité, mais de la vie divine de Dieu son Père qui le consomme, et qui absorbe par son Esprit divin tout ce qui était en lui de mortel.

Ayez bon courage : le temps de ce sacrifice sera court. Notre-Seigneur l'a pratiqué trente-trois ans, portant une contradiction perpétuelle en soi-même, et n'ayant jamais rien fait, comme dit l'Apôtre, par propre complaisance. Pour ce sujet il a été couronné de gloire et d'honneur pour une éternité; et nous ayant une fois sanctifiés avec lui, il nous veut aussi consommer en lui , et avec lui , dans le sein de son Père, qui sera le lieu de la consommation parfaite du sacrifice. La gloire, la joie et la béatitude y seront d'autant plus grandes, que les sacrifices auront été grands et sensibles en cette vie.

Dès ce moment je me plonge avec vous en la mort jusqu'à la mort, et désire en la très sainte Vierge, dont l'Église honore en ce jour et la mort et la vie, de trouver en elle et l'une et l'autre. Car dans cette adhérence à son esprit de vie auguste et magnifique en Dieu, j'espère qu'il n'y aura plus moyen de vivre à la vie de soi-

même, mais que, vivant en elle hors de nous, nous nous perdrons entièrement en Dieu notre Tout pour jamais. Adieu. L'espérance de la vie future est mon entier soulagement et mon parfait repos en la vie présente, laquelle j'espère heureuse, et pleine de joie et de bonheur par la croix et par la privation de toutes choses en ce monde.

LETTRE CCLXXXI(l).

-A MADAME TRONSON, AU PÉRAY

Il lui exprime ses sentiments de gratitude, l'informe de l'état de sa santé, des remèdes qu'on lui a conseillés, des avantages dont il jouit an cbftteau de la Source ; il s'informe ensuite de ce qui intéresse les llls de W^' Tronson, s'afflige d'une perte qu'elle a faite •A son occasion et dont il s'humilie conmie s'il en était la cause coupable.

[Au château de la Source, près d'Orléans, après le IS août (2).]

Vive Jésus en Marie.

Ma très chère et très honorée fille en Notre- Selgneur,

11 me semble que je dois faire ce que faisait la sainte Vierge quand il est dit qu'elle tenait renfermés dans son cœur les sentiments de joie qu'elle eût pu répandre sur les mystères de son Fils : je vous avoue que je retiens avec soin en Notre-Seigneur tous les épanchements de cœur que les bontés de votre âme exercent envers ce misérable pécheur, et n'aurais point plus grande consolation que de vous en témoigner une partie. Je laisse à

(1) Sur l'autographe, reproduit en partie dans la seconde des imprimées.

(2) Ce château est dans un site très agréable, à la source du Loiret. Il était alors habité par la famille de Meules, à laquelle appartenait Traisemblablement M. Charles de Meules, entré au séminaire de Sainl- Sulpice le 20 juin 1645 et mort en 1665. (Reg. des entrées.)

notre Maitre, qui est en vous, de vous en exprimer ce qu'il voudra, comme en étant le dépositaire jusqu^au jour de Féternité. La communion d'esprit vous le fera connaître et ressentir au ciel,en plénitude et en sa vérité.

J'ai retardé jusques à maintenant, et je le fais encore, à vous faire savoir ce que je deviendrai dessus l'incertitude où me tient la contrariété des avis pour les eaux de Bourbon; pendant quoi je prends l'air et le repos près d'Orléans, en un lieu fort avantageux pour ma santé (si j'y trouvais le reste de ce qui se trouve au Péray) et ce qui renouvelle tous les jours le souvenir de vos soins et de vos bontés qui me sont continuellement présentes à l'esprit. Je tenterai quelques jours si le repos et la fraîcheur de l'air me pourront rendre le sommeil, et prendrai même, pendant ce temps, quelques verres d'eau tous les matins avec le cristal minéral, pour tempérer la grande ardeur de mes entrailles, ayant la commodité de la meilleure eau naturelle qui soit en France, au dire des médecins. M. de Nogent, qui quitta Orléans avant-hier pour suivre la cour (1), m'a conseillé ce petit remède, demeurant en peine et appréhension d'une fièvre tierce, vu que j'ai toujours les nuits inégales pour le repos, dans l'une ne dormant point du tout, et dans l'autre beaucoup mieux, et j'ai passé les deux dernières bonnes nuits avec plus de repos que toutes les précédentes.

Ma très chère fille et, si vous me permettiez de vous dire, ma très honorée mère en Dieu, puisque sa charité

(1) Il s'agitde la cour de Blois qui, d'après les Mémoiresde M"' de Montpensjer, s'était rendue à Orléans pour la fête de l'Assomption. On verra, par la lettre du 4 septembre, que M. Olier retrouva M. de Nogent à Blois ou dans les environs, lorsque d'Orléans il s'achemina vers les eaux de Thoury, ce qui suppose que ce médecin était attaché à la maison du duc d'Orléans.

208 LETTRES DE M. OUER.

VOUS rend telle vers moi et vous en donne toutes les qualités et les grâces, je me sens obligé de vous rendre compte de ce détail, pour satisfaire à Dieu dans les ordres qu'il tient sur cette chétive créature qu'il a tirée et délivrée de la conduite et des ordres du sang et de la chair, pour lui rendre au centuple en sa grâce. Vous m'en manderez. Madame, ce que vous en pensez et si vous jugez sur cela que je doive avancer vers Paris, ne pouvant pas trouver un lieu semblable à celui-ci pour espérer quelque soulagement de la situation et la condition de l'air. Je préfère infiniment ceci à Yvoy (1), à cause qu'il est beaucoup plus sain et que je puis avoir toujours des commodités pour mon retour, soit par le carrosse, ou la voie de Châtillon, car la litière m'a manqué (2), dont je bénis Dieu à cause du repos qui m'est ici plus avantageux.

Si je vois, ma fille, que je doive faire séjour ici par le succès de ma santé, alors j'écrirai à monsieur votre fils (3), s'il désire venir se reposer, afin de joindre les frères ensemble (4) . Je serais bien aise, en attendant, qu'il me mande quelque chose de celui du Puy (5), et qu'il m'en envoie la dernière lettre. 11 eût été expédient de lui mander clairement pourquoi on ne lui a point envoyé ses lettres de docteur, qui est pour l'offense de Dieu, plutôt que de lui laisser croire que c'était pour l'empêcher d'entrer en cette dignité du Puy (6). M. de

(1) Yvoy-le-Pré, en Berrî, où Mp^^ Olier avait des terres.

(2) Pour aller à Yvoy.

(3) 11 s'agit de Louis Tronson.

(4) Cela semble supposer qu'Alexandre Tronson, entré au séminaire en 1650, accompagnait M. Olier dans son voyage.

(5) L'abbé de Saint-Antoine.

(6) La dignité dont parle M. Olier n'était autre que le doyenné de la cathédrale du Puy. Ms» de Maiipas, en 1653, l'offrit à M. deLantages et

Poussé ne itf écrit point au net ce que M. l'abbé votre fils en sait.

Vous adresserez, s'il vous plaît, vos lettres à M""^ du Larryqui me les enverra où je suis, à la Source, proche d'une lieue d'Orléans, qui est la maison de M. de Meule, où il y a une source d'eau qui fait une rivière.

Ma très chère fille, je n'ose penser à là perte que vous fîtes à votre retour de Gbàtillon; j'en suis tout à fait affligé, voyant combien j'ai de part à ce malheur. Il faut que la charité de Dieu, qui le rend insensible (1) sur les fautes de ses enfants, vous maintienne et vous conserve entière dans les bontés que vous avez pour cet importun qui suis à charge à tout le monde. Priez, s'il vous plait, Notre-Seigneur qu'il fléchisse sa colère sur nous et qu'il s'apaise sur mes péchés. Je suis bien marri que les autres en souffrent que moi. Mais, Madame, souvenez-vous que l'Église fait souvent pénitence, porte le deuil et gémit pour ses enfants

sur son refus il pressa beaucoup M. Tronson de l'accepter, allant jusqu'à lui dire que son refus le mortifierait; mais il le trouva aussi désintéressé et aussi ferme que le premier. II en fut de même des deux autres directeurs du séminaire, MM. le Breton et Méthé, à qui le prélat oiTrit aussi ce doyenné qui était la première dignité de sa cathédrale, et ce fut sur leur refus unanime que M. Marcellin de Béget en fut pourvu. {Vie de M. de Lantages, p. 69-70.) Il resterait à expliquer comment Dieu aurait été offensé si on avait envoyé à l'abbé de Saint- Antoine des lettres de docteur. Peut-être ces lettres n'avaient-elles pas été obtenues canôniquement. Il est au moins indubitable que cet ecclésiastique n'était pas docteur de Sorbonne, car son nom ne se trouve sur aucune liste des docteurs de Sorbonne de son époque. Ce titre de docteur ne lui est jamais donné non plus dans les actes officiels où il eut à intervenir, soit au Puy, soit ailleurs. Enfin le registre des sépultures n'en fait pas davantage mention, quoique cette qualité de docteur y soit généralement exprimée toutes les fois qu'il y a lieii de le faire.

(1) M. Olier veut dire que Dieu supporte miséricordieUsement les fautes de ses enfants, coinme s'il y était insensible.

dont elle espère après de la joie et consolation pour elle, et de la gloire pour son Dieu. Adieu, ma très chère et très honorée fille, je suis tout vôtre en Notre-Seigneur.

Madame, j'oubliais à vous mander que je pense qu'il sera bon, si la maison que vous me dites par la vôtre, nous est propre, comme vous en pouvez bien juger, qu'il serait bon de la louer, et, en attendant que je retourne, de préparer des meubles (1). Si j'étais à Paris, je vous mettrais 1,500 livres entre les mains pour cela, que j'ai préparées à cette intention. Si l'on pouvait commander quelque chose, comme les bois de lit, des tables et autres meubles qui demandent du temps pour être faits, je crois qu'il serait bon d'en donner les ordres, afin que je ne fusse pas obligé de séjourner à Paris.

Depuis celle-ci écrite j'ai eu de suite trois très mauvaises nuits : je me purge à présent, et crois qu'il me faudra résoudre de m'approcher de Paris, car il a paru cette nuit de l'émotion et quelque sorte de frisson caché qui me menace de la fièvre ; je prendrai la commodité de ChàtiUon pour éviter l'allure des choses, et j'irai par chez vous. Madame, s'il vous plaît me le permettre, afin que j'aie le bien de vous voir et vous témoigner combien je suis vôtre et par combien de titres et d'obligations de charité en Notre- Seigneur.

(1) La Vie de M. Olier ne fait pas connaître l'œuvre spéciale dont il est parlé en cet endroit et dont M'a* Tronson devait s'occuper. Peut-être s'agissait-il de commencer la communauté des Filles de l'Intérieur de la très sainte Vierge. On a vu, en effet, que, depuis quelque temps déjà, le serviteur de Dieu s'en occupait activement.

LETTRE CCLXXXIl (1).

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