‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 264 sur 326 · LETTRE CCLXXXV · texte numérisé non relu

LETTRE CCLXXXV

Il lai conseille de se retirer de la coar et da inonde.

[Vers la même époque.]

Ma très chère et très honorée fille.

Repensant à l'ouverture que je vous ai donnée pour avancer votre affaire, je la trouve accompagnée de deux qualités dont Dieu se sert pour conduire les choses à leur fin; savoir, de la douceur et de l'efficace. C'est ainsi que l'Écriture sainte dit que Dieu dispose de toutes choses avec suavité, et qu'il les conduit avec force à leur fin. Je vous dirai donc, en me confirmant, et vous aussi, dans la pensée que nous avons eue , que vous devez représentera Monsieur que, voyant votre inutilité pour Dieu, ce qui vous doit être une marque de sa divine volonté, laquelle vous devez étudier et écouter en tout, vous désirez, par principe de conscience, devons retirer, et que cela vous est même nécessaire, voyant que les choses ne changent point, et qu'il n'y a pas d'apparence que dans la suite elles aillent autrement.

Il me parait tout à fait impossible que vous ayez en cet état la paix nécessaire pour traiter avec Dieu dans l'oraison, qui est le principal de votre vocation sur la terre : et vous l'expérimentez bien par les sécheresses qui proviennent de ces distractions , et de ces peines que vous souffrez sans fruit. Car je n'y vois point d'espérance d'aucun bien, sinon de l'exemple que vous

(1) C'est la CXCIV* des imprimées. Elle fait bien suite à la précédente.

donnez de douceur, d'humilité et de patience , ce qui est ce que doit faire toute âme chrétienne , qui doit se faire voir comme une image vivante de Jésus-Christ, afin de tâcher de Timprimer dans les yeux et dans le cœur de tous les hommes.

Allons à Dieu, ma fille, et laissons là le monde^ et tous ses gens. Je m'en retire pour jamais, voyant les expériences qu'ils me donnent, et la manière avec laquelle les choses de Dieu dépérissent, et se ruinent entre leurs mains. Encore une fois, ma fille, retirons-nous du siècle, pour nous fortifier en la retraite auprès de Jésus-Christ, pour lequel sans doute il faudra souffrir quelque persécution. Oh! que cette sentence du Fils de Dieu est vraie : Ce qui est grand devant les hommes, est abomination devant Dieu! Retirez-vous de l'abomination et de la Babylone.

Vous savez, pour le temporel, que ^le divin Maître a déjà mis ordre à tout, et que rien ne vous peut manquer auprès de votre fidèle Époux, qui n'abandonnera pas sa fidèle, qui quitte tout pour lui. Celui qui ne laisse manquer de rien ses moindres et plus chétives créatures, que ne fera-t-ilpas pour son Épouse? Quoique je vous dise de hâter votre sortie, ne précipitez pourtant rien, et reculez plutôt que d'avancer trop, afin de mieux prendre votre temps, et afin de bien prier Notre-Seigneur qu'il donne quelque ouverture favorable, qu'il dispose les esprits, et que tout se puisse faire avec les marques de sa conduite, et de son esprit, qui sont la douceur, la prudence et la force.

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