‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 266 sur 326 · LETTRE CCLXXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE CCLXXXVII

A MADAME TRONSON, AU PÉRAY

Il lai annonce son procbaln retour an Përay, d'où il espère aller se cacner dans la solitade bientôt après, n renonvelle ses protestations de reconnaissance pour tons les services qol lui sont rendus.

[De Châtillon-le-Roi, 31 août 1633 (2).]

Vive Jésus en Marie.

Madame, ma très chère et très honorée fille.

J'ai appris aujourd'hui à Châtillon, par une des

(1 et 2) Sur l'autographe : il y en a quelque chose dans la CXP des imprimées.

vôtres, que vous reconduisiez votre pauvre malade au Péray, de l'abbaye de Chanteloup (l)où elle était allée faire une iieuvaine, ce qui m'a beaucoup touché, et en même temps je me suis consolé de pouvoir lui conduire M. Picoté pour sa consolation en son extrémité, et vous rendre aussi mes devoirs devant que de m'aller cacher en notre solitude, dont vous m'apprendrez plus de nouvelles que je n'en sais; et si vous vous en retournez à Paris, comme vous le mandez à W^^ de Sève, vous me pourrez bien rendre ce bon office de m'aller ensevelir dans ma grotte, dont je vous serai autant obligé, comme le sont ces soldats qui reçoivent le coup de grâce de leurs parrains, qui les délivrent de ce monde.

Je ne pense à entrer chez vous qu'avec honte depuis la perte que vous avez soufferte à mon occasion (2) ; mais, ma fille, vous pardonnerez à la joie et la consolation que j'espère recevoir en Notre-Seigneur par votre chère présence, qui me fait oublier toute

— M. Olier était chez M. Alexandre de Sève, frère de M*"* Tronson, qui, comme on Fa dit déjà, avait épousé Marie-Marguerite de Rochechouart, unique héritière de Guy, seigneur de Châtillon-le-Roi (Moréri). La date est donnée par la lettre suivante.

(1) Sous le nom d'abbaye de Chanteloup, M. Olier désigne assurément l'hôpital ou maladrerie de Saint-Eutrope, établie au château de Chanteloup, près d'Arpajon. Cet hôpital, fondé par Philippe le Bel et par Jeanne de Navarre, son épouse, l'un et l'autre très dévots au premier évêque de Saintes, devint dès le treizième siècle un lieu de pèlerinage très fréquenté. L'abbé Lebœuf, qui en a fait l'histoire , nous apprend que de son temps les choses se passaient encore comme autrefois. «. Dans la basse- « cour (du château), dit-il, il y a un hôpital pour les hydropiques de l'un « et de l'autre sexe, qui y sont sustentés pendant leur neuvaine, et un « cimetière pour enterrer ceux qui y meurent. » {Hist. du diocèse de Paris, t. X,.p. 244.) 11 ne reste plus rien de cette dévotion.

(2) Il est déjà parlé de cette perte dans la CCLXXl* lettre, mais la nature n'en est pas expliquée.

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crainte et tout respect humain. Je suis en possession de vous voir toujours surmonter le mal par le bien et d'en recevoir de continuels témoignages. Aussi, ma fille, selon la prophétie de l'Apôtre, vous jetez des charbons ardents de charité, et sur ma tête et dans mon âme, qui ne s'éteindront jamais et s'y conserveront à toute l'éternité.

Ma fille, j'irai coucher lundi soir à la Ferté-Bernard (1) (comme j'eusse souhaité autrefois que vous eussiez bien voulu faire), pour aller le lendemain chez vous, si vous l'avez pour agréable ; et, si vous voulez me faire la charité d'y envoyer coucher vos chevaux, je vous en serai tout à fait obligé. Il me semble que je serai arrivé à bon port quand je serai chez vous et que je commencerai de respirer en liberté. Je prie Notre-Seigneur de reconnaître en lui toutes les grâces que je reçois de vous, et qu'il vous délivre d'ores en avant de tant d'importunités si fâcheuses, que je vous nommerais insupportables si la charité immense de Jésus-Christ n'opérait tout en vous. Adieu, ma très chère fille, votre très humble, très obligé et très obéissant serviteur et très indigne fils.

Olier.

(1) M. Olier a sans doute écrit, par erreur, la Ferté-Bernard, qui est dans la Sarlhe. Il voulait désigner la Ferlé-Âleps, qui se trouve sur le chemin de CMtillon-le-Roi à Corbeil et au Péray.

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