‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 267 sur 326 · I.ETTRE CCLXXXVm · texte numérisé non relu

I.ETTRE CCLXXXVm

A LA MÊME, A PARIS

II l'avertit qu'il retarde son retonr à Paris et va anx eaux de Tboary. Nouveaux témoignages de sa reconnaissance.

D'Orléans, ce 2 septembre 1633.

Vive Jésus en Marie.

Ma très chère et très honorée fille.

Je partis hier de Chàtilloii d'où je pensais vous aller joindre pour Paris, comme vous l'avez pu connaître par celle que je me donnai l'honneur de vous écrire le 31 août; mais ce jour- là même, après le départ du porteur de ma lettre, je reçus deux des vôtres par lesquelles vous me conseilliez de prendre encore du repos en ces quartiers, et que je ne vinsse pas sitôt, à cause que la maison de Notre-Seigneur (2) n'était encore préparée pour nous mettre à couvert de Paris; joint qu'en même temps je reçus des nouvelles des eaux de Thoury, en Sologne, qui font merveille pour tous nos maux, qui sont de la nature de celles de Sainte-Reine dont M. de Nogent me conseillait d'user, croyant qu'elles me seraient très bonnes selon les grandes curesqu'il me citait dedans sa lettre (3). Ce qui me fit résoudre d'aller sur les lieux dont je n'étais pas

(1) Sur l'autographe.

(2) Le château d'Avron dont il a été parlé ci-devant, lettre CCLXK

(3) Thoury est un bourg du Blaisois, à peu de distance de Ghambord. On y voit, sur le chemia qui conduit à Varennes , une fontaine entourée et recouverte de maçonnerie et appelée dans le pays la fontaine de Saint-Roch.Cette source, qui est ferrugineuse, était autrefois en grande vénération dans foute la Sologne. Elle est encore fréquentée aujourd'hui. iVie de M. Olier, t. III, 438.)

éloigné, où je tenterais ce qui en serait, sans m'y engager qu'autant que j'en recevrais de soulagement; et ainsi j'aurais autant de relâche devant que m'engager dans la retraite et lé travail, lequel doit être toujours bien médiocre pour bien du temps, à cause que ma tête est bien faible et mon corps bien échauffé, qui ne me permet pas de beaucoup reposer la nuit. Nous tenterons toutes les ouvertures que la bonté de Dieu nous donnera, et puis nous nous tiendrons en repos dans les bras de sa Providence,

Pardonnez-moi, mafille, la liberté avec laquelle j'ai usé de votre bonté en ce rencontre; mais j'ai cru entrer dans vos pensées, et suivre les sentiments de Notre- Seigneur et de sa sainte Mère en vous , que je prie vouloir remplir de ses bénédictions et de ses grâces en toute la plénitude de Dieu. Vous me ferez aussi la grâce de remercier M. l'abbé (1) de toutes ses bontés, en attendant que je l'embrasse en la charité de Notre-Seigneur, ce que j'espère de faire en peu de temps, qui sera en trois semaines au plus tard, s'il plaît à Dieu.

W°-° de Châtillon (2) me dit que vous pourriez aller à Chartres et que vous pourriez passer chez elle. Cela me fit encore plus aisément résoudre à mon voyage pour les eaux où j'espérerais vous écrire pour en savoir le temps, pour me rendre auprès de vous quand vous vous en retourneriez. Mais depuis j'ai pensé que vous auriez peut-être de la peine à entreprendre ce voyage, pour ne point quitter de loin votre pauvre enfant (3). Vous me ferez la grâce de me faire savoir de vos nou-

(1) Louis Tronsou.

(2) Madame de Sève, que M. Olier venait de quitter, et qui était en effet héritière de la seigneurie de Châtillon-le-Roi, comme on l'a déjà vu.

(3) La même dont il est parlé dans la lettre précédente.

velles en ces quartiers, et vous prierai de donner vos lettres à Jean, qui me les fera tenir, les adressant à Éraut, à Blois, qui me les enverra par homme exprès. Je vous prie de lui dire ou lui mander de mes nouvelles, et qu'il en fasse savoir de ma mère à laquelle j'écrirai de dessus les lieux; dérobant ce moment en chemin pour vous rendre compte de mon état, et vous demander encore une fois pardon de ma liberté, qui est d'autant plus grande que je suis le plus indigne, Madame, de tous vos serviteurs et enfants en Notre- Seigneur Jésus-Christ.

Pardonnez à ma précipitation qui m'empêche de relire ceci.

LETTRE CGLXXXIX (1).

A LA MÊME, A PARIS

Il lui mande que le temps s'étant refroidi, il ne peat prendre les eanx de Thoary, et qu'il va retourner à Ghatillon. U s'excuse encore de son importnnité.

De Saint-Dié, ce 4 septembre 16S3 (2),

Vive Jésus en Marie.

Ma très chère et très honorée fille,

Je suis venu jusqu'auprès les eaux de Thoury, où j'ai trouvé la saison changée et bien difEerente de celle de Vannée passée qui était si échauffée, ce qui m'a donné appréhension d'en essayer l'usage. J'ai regardé ceci comme une promenade et un petit divertissement, en attendant de m'aller renfermer dans notre

(1) Sur l'autographe, dont un fragment est reproduit dans lalll^des imprimées..

(2} Saint-Dié est une petite ville sur la Loire, à trois lieues et demie de Blois.

solitude. Je ne vois pas que le froid qu'il fait me puisse permettre le retardement à la campagne; c'est le sentiment de M. de Nogent, qui a été obligé, voyant la saison, de convenir avec moi que ces eaux n'étaient plus propres à présent. Il ne me conseillé non plus de m'en retourner par le coche, à cause du vent et du serein qui m'est si fort contraire et qui m'a causé ce rhume depuis ces mauvais temps. On me prête ici un carrosse bien fermé jusqu'à Châtillon où je me rendrai, s'il plait à Dieu, pour la fête de Notre-Dame, et après j'irai àla Ferté sans crainte des incommodités du coche, et puis vous souffrirez que je vous demande la charité en passant, où j'y serais encore présentement si j'en eusse été cru;, mais Dieu a vu le sacrifice de notre volonté et me pardonnera cette distraction de sa divine providence.

Ma très honorée fille, vous souffrirez encore cette importunité avec toutes celles du passé, et Dieu reconnaîtra votre charité invincible dans tous les secours que vous prêtez à son pauvre et inutile serviteur, pour le tirer de toutes les misères qui l'environnent et l'accablent tant au corps qu'en l'esprit (1). Je suis de toute ma volonté.

Ma fille, je vous enverrai au Pérây un homme exprès aussitôt que je serai arrivé à Châtillon. Croyez-moi, en attendant, ma très honorée fille, votre très humble et très obéissant serviteur.

(1) Dès ce temps M. Olier commençait à éprouver dans son âme ces angoisses mortelles qu'y produisait la soustraction sensible des lumières et des grâces dont Notre-Seigneur le favorisait ordinairement. Elles s'accrurent à un tel point, au moment où il fut frappé d'apoplexie, qu'au témoignage de M. de Bretonvilliers,qui était alors auprès de lui, il pou-

Page 1