‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 271 sur 326 · LETTRE CCCII · texte numérisé non relu

LETTRE CCCII

Qu'il faut attendre les moments de Dieu pour rexécutlon de ses desseins.

[Vers la même époque.]

Ma très chère et très honorée fille.

Je ne puis encore vous déterminer sur votre sortie

(1) C'est la CCVe des iDaprimées.

(2) Elle est certainement adressée à M"" de Saujoa.

du siècle. J'attends que la main du grand Maître paraisse^ qui cueillera le fruit en sa saison. Lui seul prépare toutes choses et connaît le temps de leur maturité. Une maladie un peu considérable, qui peut naître de l'air où votre condition vous oblige de demeurer, pourrai t bien être un signe de sa volonté (1). Mais il faut tout attendre de la puissance et de la sagesse de Jésus- Christ votre Tout, qui vous délivrera comme les enfants d'Israël, en une main forte, et en un bras élevé et tout-puissant. Dieu a tant de moyens en sa sagesse pour faire voir sa volonté, que nous ne devons pas nous mettre en peine comment il la fera paraître. Il suffit de les adorer en Dieu par la foi, et d'attendre en patience le temps auquel il manifestera ses desseins. Il ferait plutôt parler les pierres, que de ne pas manifester sa volonté à ses enfants qui la cherchent en confiance. Vivez en paix, il sera toujours le Maître.

LETTRE CGGIII (2).

n lai conseine encore d'attendre en paix les ordres de Diea et les ouvertures de sa Providence pour exécuter le dessein qu'elle a de quitter la cour.

[Vers le même temps (4).]

Ma très chère et très honorée fille, J'apprends par votre dernière lettre que je viens de

(l)Laduchessed'Orléans, qaî était maladive, ne quittait presque jamais sa cliambre, de qui obligeait sa dame d'atour d'y demeurer aussi des temps notables. C'est à cela que M. Olier parait faire allusion.

(2) C'était la GXLI« des imprimées.

(3) Le titre, qui est donné par l'éditeur de 1672, dit clairement à qui cette lettre fut écrite.

(4) La date, quoique approximative seulement, n'est pas certaine. Il pa-

recevoir, que l'on persiste à vous vouloir retenir. C'est une marque que le temps et la saison de Dieu n'a pas encore fait mûrir son fruit pour le cueillir, et pour le porter en sa maison. Faites, en attendant, les choses nécessaires qui dépendent de vous. Vous dites que le temps le plus proche ne saurait être que sur la fin de l'année. Ce sera toujours assez à temps, quand ce sera le saint moment de Dieu. Hors de là, rien ne peut avoir de succès ni de bénédiction. Tous vos pas sont comptés ; toute votre conduite est dépendante de la vertu de Dieu; et votre soin doit être d'étudier seulement avec attention ses desseins et ses ordres, pour les accomplir avec fidélité.

C'est quitter la condition de créature, et devenir toute divine, que d'être unie et attachée par esprit à la sagesse de Dieu même, pour vivre et opérer en elle. Anéantissez-vous toujours et vous abandonnez à lui, pour être en lui, et par lui à lui-même pour tout ce qu'il désire, et en la manière qu'il le désire. Tout le reste passera suivant la condition de la créature, qui n'est que vanité. Le solide est Dieu qui vivifie tout, et qui fait le mouvement et la production de toutes choses. Attendez de lui, dans l'ordre de sa grâce, ce que les plantes, les arbres, les animaux, les poissons, les oiseaux, reçoivent de son opération en l'ordre de la nature. Tout est admirable, quand «il est établi et conduit par ce ressort adorable de la divine providence. Il ne fera pas moins pour vous et en vous, qu'il fait pour toutes choses; et les créatures

raît vraisemblable cependant que celte lettre, aussi bien que la précédente et les trois suivantes, a été écrite en 1654, probablement après que M""= de Saujon eut fait une nouvelle tentative pour quitter la cour de Blois,

n'empêcheront jamais rexécution de ses ordres et de ses desseins sur vous. En attendant, vivez toute à lui , et espérez qu'en son temps et en sa saison divine, il fera de vous ce qu'il prétend. J'offrirai à Dieu la pensée que vous me proposez, et je ferai aussi attention aux ouvertures que la Providence pourrait donner pour faciliter cette grâce , tâchant toujours d'étudier son saint vouloir, pour bien ménager ensuite toutes choses dans le secret de Dieu .

LETTRE CCCnr (1).

Sar le même sujet.

[Vers le même temps.]

Ma très chère et très honorée fille,

J'ai reçu votre lettre, par laquelle j'ai d'abord été convaincu de votre sentiment. Il n'est plus temps de parler jusqu'à l'exécution; mais aussi faut-il, entre-ci et ce temps-là, parler par vos œuvres et par votre conduite conformément à votre intention. Ne le faites pas néanmoins avec telle force, que cela oblige à venir à quelque éclaircissement, qui peut-être renouerait, et rallumerait les choses, et les rendrait plus difficiles qu'auparavant. Vous m'entendez à demi-mot

Pour le temps, il vaut mieux différer que précipiter, et se laisser enlever en la vertu de la très sainte Mère, dont toutes les démarches sont si douces, si saintes, si

(1) C'est la CXLII* des imprimées.

(2) M. Paillon n'a pas douté qu'elle ne fût écrite à M'»^ de Saujon. {Vie de M. Olier, t. II, p. 567.)

belles et si prudentes, qu'elles mettent l'Époux en admiration, et qu'elles le portent à dire : Fille du Prince, que tes démarches sont belles en tes chaussures. Telles sont les vôtres, quand vous demeurez revêtue de la très sainte Vierge, en laquelle je vous désire toujours retirée et renfermée pour la gloire de Dieu, pour l'édification du prochain et pour votre propre paix. Ne regardez point ce que vous allez faire en soi-même; mais perdez-vous en foi en la très sainte Vierge. La première conduite ne vous causera jamais que perplexité et trouble; et la seconde, au contraire, qui est la perte de vous-même en votre aimable et sainte prison, qui est la sainte Vierge, vous donnera toujours la liberté et la paix. C'est ce que le divin Maître ne me cache pas, et dont il veut que je vous avertisse.

N'est-il pas vrai que l'examen de la chose en ellemême et en ses fruits vous agite, vous attriste et vous embarrasse, et que le recueillement en foi dans la très sainte Vierge vous met en repos et en paix , faisant évanouir la multiplicité des choses futures, c'est-à-dire incertaines et vaines de ce naonde et des créatures? On ne gâte jamais rien, dit saint Grégoire, pour attendre la volonté de Dieu et ses moments précieux pour l'exécution de son œuvre. Tous ces moments rendent autant de sacrifices de propre volonté, pour attendre la voix de la divine providence, qui , après, en vue de notre religion, fait sonner les cloches et dedans et dehors, .intérieurement et extérieurement; en sorte que l'on ne peut plus douter de l'heure du sacrifice public.

Adieu, ma très chère fille. Tout vôtre en Jésus et Marie pour une éternité.

LETTRE CCCV (1).

Il loi parle do mystère de la Nativité de la sainte Vierge, et de quelques grâces qa'U a reçaes de Notre-Seignear en ce jour.

[Vers la mi-septembre 1654 (3).]

Monsieur,

Dieu soit béni à jamais des sentiments de piété et de dévotion qu'il vous donne dans cette octave de la Nativité de la très sainte Vierge. Ce sont des marques de l'amour de notre divine Mère , qui vous attire ces bénédictions en sa naissance , et qui vous donne part à son esprit et à ses grâces, comme elle a accoutumé

(1) C'était laCXLVlP des imprimées.

(2) Il est au moins bien probable que M. Olier a écrit cette lettre, où il parle si ouvertement des grâces qu'il a reçues le jour de la Nativité de la sainte Vierge et de la reconnaissance qu'il en conserve, à quelqu'un des ecclésiastiques du séminaire ou de la paroisse de Saint-Sulpice. On en retrouve la plus grande partie dans un écrit où il s'était tracé à lui-même les pratiques par lesquelles il voulait annuellement honorer cette bienheureuse naissance. Il les fit entrer dans le Recueil sur la sainte Vierge qu'il forma avant sa mort , en vue d'inspirer au séminaire de Saânt-Sulpice une tendre dévotion pour le mystère de Jésus rivant en Marie.

(3) On lit dans l'écrit auquel une partie de cette lettre paraît empruntée : R Je ne veux plus reconnaître de vie que celle que je reçois de Dieu K cette année en vertu et par dépendance de ce divin mystère, me sente tant guéri et délivré de mes grands maux par la foi qu'elle me donne « à elle en vertu de ce divin mystère. » Ce passage, rapproché de ce que nous apprennent les Attestations autographes, prouve clairement que la date assignée à cette lettre est la véritable. On y voit, en effet, que M. Olier, qui. depuis son attaque d'apoplexie n'avait pu dire la sainte messe, à. cause de la paralysie qui lui était restée au pied gauche, se trouva assez guéri, le 8 septembre 1654, pour monter à l'autel et y offrir le saint sacrifice dans les intentions de la Mère de Dieu, qui lui avait obtenu cette faveur. Depuis ce jour, il jouit ordinairement de ce précieux avantage. {Vie de M. Olier, t. III, p. 451.)

de faire en ce jour à ses plus chers enfants. Car en renouvelant ce mystère, elle renouvelle ses dons dans leurs âmes , et elle y prend toujours de nouveaux accroissements. Quels sentiments de reconnaissance et de joie ne devons-nous point avoir dans la vue de ses bontés! Soyons ravis qu'elle veuille naître en nos cœurs selon l'esprit, et préférons infiniment cette faveur à tous les royaumes et empires du monde, et à toutes les choses qui ne sont pas Dieu même.

Il me semble que la vie, non seulement d'un homme, mais de l'Église entière, serait bien employée dans la vénération de ce mystère et dans la reconnaissance de cette grâce. Pour moi, j'y consacre ma vie, et m'estime bienheureux que tous mes jours lui rendent hommage. Je reconnais devoir la vie de mon âme et de mon corps à ce divin mystère, et je me voue à Dieu, pour employer tous mes moments à le faire honorer (1).

Mais quelle joie ne devons-nous point avoir en ce jour, dans la seule vue des grandeurs inconcevables où la sainte Vierge est élevée ! Quelle doit être la consolation de ses enfants, et quels hommages ne lui doivent-ils point rendre, voyant que Dieu met en leur divine Mère tout ce qu'il y aura jusqu'à la fin des siècles de plus grand et de plus admirable dans la splendeur des saints, et que tout ce que Notre-Seigneur répand

(1) Dans ce passage, M. Olier fait allusion à la grande grâce qfa'il reçut dans la sainte maison de Lorette, où, selon une opinion très autorisée, la sainte Vierge a pris naissance (brév. 10 décembre), et où par conséquent le mystère de la Nativité est sans cesse honoré. « C'est dans ce saint lieu, disait plus tard le dévot serviteur de Marie, que j'ai été engendré à la grâce, par les prières de la très sainte Vierge, v {Vie de M. Olier, 1. 1, p. 32.)

de clarté et de grâce hors de lui-même, elle le contient en soi dès le premier moment de sa vie!

C'est un astre de beauté, de splendeur et de fécondité magnifique, duquel doit naître le soleil de justice. Elle est déjà en ces premiers commencements, comme cette femme de l'Apocalypse, si pleinement revêtue du soleil, que les rayons de sa splendeur y paraissent comme en son plein midi. C'est un amas de grâce, et un gros de lumière qui ne se conçoit pas.

Elle est, dès ce jour, terrible au démon comme une armée : Terrihilisut caslrorum actes ordinata. Car elle seule contient l'éclat et la splendeur de tous, et sa voix, comme il est dit de celle de Notre-Seigneur, est semblable à celle d'une multitude, à cause de ses opérations intérieures, et de la multitude des actes d'amour et de vertu qu'elle produit. De sorte que si une âme de pur amour fait fuir et trembler les démons, ainsi que disait autrefois saint Antoine, que sera-ce de la très sainte Vierge, qui ne fait pas seulenient quelques actes d'amour en toute leur ferveur, et en toute leur perfection , mais qui exerce en même temps tous les actes de toutes les vertus inïaginables dans toute leur étendue, par l'opération admirable du Saint-Esprit vivant en elle?

Je la regarde en ce jour comme un abrégé de l'intérieur de Jésus-Christ. Je remarque en elle la dilatation des devoirs de sa religion. Je la considère comme une vive expression de son amour et de ses louanges. Quels sentiments intérieurs , et quels devoirs ne rendelle pas â Dieu en cet instant ! En quel état est cette sainte âme, à qui Dieu se manifeste en ses mystères et en ceux de son Fils, plus qu'il n'a jamais fait, et ne fera jusqu'à la fin du monde ! En quel abandon à Dieu

et en quelle perte de toute elle-même n'entrent point son esprit et son cœur, qui n'étant pas naturellement capables de porter ces manifestations et ces vues, sont élevés, fortifiés et dilatés par l'esprit intérieur, pour être en état de les recevoir, et de rendre à Dieu tous les hommages que demandent des choses si augustes et si divines !

Elle s'offre déjà au Père éternel comme sa victime; elle se consacre à son service pour jamais en tout ce qu'elle peut faire et souffrir en son extérieur et en son intérieur; elle ne veut rien être que pour sa gloire. Voyez ce que vous pourrez faire pour rendre hommage à ce divin état, et à ce premier usage qu'elle fait de sa vie. Je vous laisse à Jésus et à son divin esprit, pour vous acquitter de ce devoir, auquel vous ne pourriez jamais suffisammeut satisfaire par vousmême.

LETTRE CGCVI(l).

A MADAME TRONSON, A PARIS (2)

n la console dans quelque douleur de famille qu'elle éprouve et lui rappelle pour cela le mystère de Jésus au temple.

[Vers la mi-janvier 16SS (3).]

Vive Jésus en Marie.

Ma très digne et très honorée Mère,

Nous sommes dans l'octave des saintes tendresses des

(1) Sur l'autographe, qui.est écrit fort irr^ulièrement et à peine lisible.

(2) Cette lettre a deux adresses, l'une, intérieure, porte : à M"* Tronson, humble servante de Jésus. L'autre, extérieure : M""* Tronson, veuve de M. Tronson, etc., à Paris.

(3) C'est le dimanche dans l'octave de l'Epiphanie, qu'on lit à la messe l'évangile où est rapporté le recouvrement de l'Enfant Jésus au temple.

parents vers leurs enfants, ce qui m'oblige de vous témoigner les sentiments quej'ai portés , apprenant l'état où vous étiez (1). Je vous prie donc, avec Notre-Seigneur, de vous aller divertir pour quelques jours à Péray, et, en attendant votre retour, je vous supplie d'unir votre douleur avec les saintes larmes de la très sainte Vierge et la douleur de saint Joseph, qui souffraient pour l'absence et Téloignement de leur très cher enfant; et souvenez-vous que Notre-Seigneur sacrifia, de son côté, les sentiments et les tendresses raisonnables du plus saint et plus cordial enfant du monde, qui regardait les intérêts de Dieu son Père par préférence aux sentiments et aux tendresses de la nature humaine sanctifiée en lui.

Ma très chère fille , j'étais tout prêt de m'en aller chez M. de Fénelon, pour vous y appeler par occasion de son affaire, afin d'apporter quelque tempérament à l'excès de la douleur et de la peine qui vous ont pressée ces jours-ci; mais j'attendrai votre retour, vous suppliant de croire que je suis plus que jamais vôtre en Notre-Seigneur et sa très sainte Mère.

Adieu. C'est le chétif et très indigne serviteur de Jésus en Marie.

(1) Le sujet de l'afOiclion de M""* Tronson n'est pas connu. C'était peutêtre la mort de la personne dont on a tu plus haut la maladie (lettres

ccLxxxvr et ccLxxxvir;.

LETTRE CCGVII (1).

A UNE DAME, SA FILLE SPIRITUELLE

11 l'exhorte à être avec la sainte Tierge servante de Jésus.

[Vers le 25 mars 163S (3),]

Ma très honorée fille,

Je vous prie de vous souvenir d'une dévotion que je vous ouvris il y a quelque temps, qui croit tous les jours en mon âme; qui est de vous lier intimement aux dispositions d'esprit dans lesquelles la sainte Vierge prononça ces paroles : Ecce ancilla Domini. Ce qui me fait condescendre à vous accorder trois fois le jour un demi-quart d'heure de recueillement; le matin, le soir et à midi, qui sont les temps où l'Église les honore publiquement; et j'espère que, dans quelque temps, je pourrai vraiment vous écrire avec cette inscription.

A M , humble servante de Jésus. Car il me semble

que l'on vous déguise par la qualité que l'on vous donne dans le monde, et que l'on vous y habille en étrangère.

Je me trouve entièrement porté à aller chercher en la très sainte Vierge les sentiments et les dispositions

(1) C'est la CXLIXe des imprimées.

(2) On a vu réalisé dans la lettre précédente, à l'égard de M"* Tronson, le projet d'adresse dont M. Olier parle en celle-ci : il n'est pas certain cependant que les deux lettres aient été écrites à la même personne. La principale raison d'en douter, c'est que le séminaire n'a pas l'autographe de celte dernière, quoiqu'il possède généralement celui de toutes les autres qui ont été écrites par M. Olier à M"* Tronson.

(3) Le jour du mois est suffisamment marqué par M. Olier; quant à l'année, elle semble indiquée par la lettre précédente : il paraît assez naturel qu'à deux mois de distance l'idée de cette adresse mystique se présente de nouveau à l'esprit du serviteur de Dieu : il le serait moins de supposer qu'un temps considérable sépare les deux lettres.

de servitude envers Jésus-Christ , afin qu'en elle je puisse être tout au Fils de Dieu, ce que je ne saurais être en moi-même. Je vous prie d'insinuer cette dévotion à vos deux petites filles. Elles y trouveront beaucoup de suavité et de progrès; surtout en ce temps, où Jésus prenant en la très sainte Vierge la forme de serviteur, la remplit de son esprit de servitude, comme il le marque en ces paroles qu'il dit à son Père par son prophète : Je suis votre Serviteur, et le Fils de votre Servante. A Dieu. C'est le pauvre et très indigne serviteur de Jésus.

LETTRE CCCVIIl (1).

Il lui parle de l'œuvre des Filles de rintèrieur de la sainte Vierge et indique les motifs qu'il y aurait de la commencer bientôt.

[Premiers mois de 16S5 (2).] Vive Jésus en Marie.

Ma très chère et très honorée en Notre-Seigneur,

Il me semble, ma fille, que ce serait bien la volonté de notre Maître et de sa sainte Mère que son œuvre se commençât maintenant; car il parait des choses assez notables pour cela, soit intérieures ou extérieures. Je vois que celte dévotion, par des opérations singulières du Saint-Esprit, fait du progrès et gagne les âmes les plus pures et les plus saintes. Depuis peu, une âme très sage et très solide disait avec ferveur et élévation

(l)Sur l'original.

(2) La date paraît donnée par ces mots : je tous dirai le détail à Bourbon. M. Olier, en effet, et M"' de Saujon se trouvèrent ensemble à Bourbon en 1655.

grande, qu'elle consommerait très volontiers sa vie et se consommerait en cette application ; et que, s'il y avait quelque institution pour cela, quand elle serait la plus pauvre et la plus misérable du monde, qu'elle s'y perdrait bien volontiers; et cette âme est une fille sage et bien timbrée (1) : ce qui vous marque un esprit de grâce bien puissant par-dessus la raison, qui philosophe autrement en ce temps des banqueroutes communes des religions naissantes.

Pour l'extérieur, il y eut hier une personne, qui entre avec plaisir dans les œuvres que Notre-Seigneur nous confie qui me promit cinquante mille écus, me promettant de vouloir faire un bâtiment, et donner du fonds pour l'entretien de l'œuvre et attendant y entretenir autant de sujets que je voudrai (2). C'est l'amour de la très sainte Vierge en Jésus qui opère cela, et rien d'humain n'y entre. Je vous dirai le détail à Bourbon. M""" Tronson est prête d'y entrer; elle marie sa nièce à mon neveu de VerneuU (3), et j'espère encore que la cure de Saint-Sulpice tombera à son fils pour la rendre plus libre (4). Je prie Dieu de tout mon

(1) M. Olier parle peut-être de sa nièce, M"* Thérèse d'Aubray, dont on a dit plus haut qu'elle fut la première qui s'unit, pour celte œuvre des Filles de l'Intérieur, à M""* Tronson et à M""' de Saujon.

(2) Il s'agit de M. de Bretonvllliers. Il donna, en effet, plus de cent mille francs pour conduire à terme l'établissement de cette communauté. (Vie de M. Olier, t. II, p. 568.)

(3) Ce mariage n'eut probablement pas lieu. Du moins Jacques Olier, seigneurde Yerneuil, épousa, le 17 septembre 1658, Claude Golbert, fiUede Jean-Baptiste Golbert, seigneur de Saint-Pouange. (Bibl. nat., famille Olier, n° 12 970. Moréri, art. Golbert.)

(4) Il y a lieu de s'étonner de ce que le serviteur de Dieu dit en cet endroit. On ne comprend pas comment il pouvait espérer en 1655 que M. Louis Tronson deviendrait prochainement curé de Saint-Sulpice. Il est vrai que ce digne ecclésiastique travaillait alors dans cette paroisse, ou du moins qu'il y avait rempli quelques fonctions précédemment ;

cœur qu'il lui donne la vie de la foi en abondance, pour consommersa raison et sa sagesse et la remplir de la vie divine. Je la prie de vous envoyer un traité de cela que je lui vis entre les mains dernièrement, qu'elle me témoignait goûter beaucoup comme vous le verrez par les marques qu'elle y a faites par les plis des feuillets. Il y a beaucoup de fautes des copistes. Elle m'en lut quelques traits du commencement qui me parurent avoir rapport à votre état présent. Il y a encore un traité de nous sur le sujet des Attributs divins en nous (1), que je tâcherai de faire corriger pour vous les envoyer.

Ma fille, M. de Poussé vous a envoyé par deux fois la résolution d'un cas qui fut résolu en Sorbonne, que je crus ensuite vous pouvoir être utile. Tout est allé à Bourbon. Ne soyez point en peine ; ce n'est rien que sur le vœu d'une personne qui se voulait obliger de faire la volonté de Dieu en tout, où il fut répondu que la chose était périlleuse. M. de Poussé prendra la peine de vous en écrire le détail à loisir et au long pour votre instruction , comme pouvant en avoir à faire pour les bonnes âmes qui confèrent avec vous en votre cour.

mais il ne s'était pas encore attaché à la compagnie, et ce ne fut que le 1" mars de l'année suivante qu'il s'offrit à M. Olier pour y être reçu. Quoi qu'il en soit des motifs que le serviteur de Dieu avait de parler ainsi, ses espérances ne se réalisèrent pas ; car, après sa mort, M. de Bretonvilliers lui ayant succédé comme supérieur du séminaire de Saint- Sulpice, la cure fut donnée à M. de Poussé et non à M. Tronson, que M. de Bretonvilliers choisit pour être directeur du séminaire.

(1) Ce traité des Attributs de Dieu se conserve en manuscrit à Saint- Sulpice.

LETTRE GCCIX (1).

A TNE DE SES FILLES SPIRITUELLES (2)

Il lai témoigne un grand désir de voir la vie commune de Jésus et de Marie renouvelée sur la terre, et lui fait part des sentiments que Dieu lui a donnés à ce sujet.

[Vers le niême temps (3).]

Ma très chère et très honorée fille.

Je n'ai jamais été plus consolé ni plus rempli de joie qu'en faisant lecture de votre chère lettre. Je suis dans un désir aussi pressant que vous de voir la vie commune de Jésus et de Marie pratiquée sur la terre. Rien ne m'a pressé le cœur plus ardemment et plus fortement que cette charité de Jésus. Autant que la séparation m'en serait dure, autant la vue de ce bonheur me ferait bienheureux.

Ce matin , dans la prière, mon cœur s'est vu renouvelé si puissamment dans cette volonté, qu'il n'y a sorte de liens, dont je n'aie souhaité d'être attaché indissolublement à Dieu et à son œuvre en Jésus et Marie. J'ai eu l'honneur de voir la disposition admirable de Jésus-Christ envers Dieu , et comme il n'avait de joie que de se voir lié, engagé et obligé à lui par tous les liens imaginables de l'amour et de la religion. Il me semblait voir ce désir répandu en lui-même et en tous ses membres, pour être avec eux totalement attaché, et amoureusé-

(1) C'est la LXII* des imprimées,

(2) La 'personne n'est pas connue, mais ce doit être une de celles qui désiraient l'établissement de la communauté des Filles de l'Intérieur.

(3) La date n'est qu'approximative •. il y a cependant lieu de penser que celte lettre suivit d'assez près la précédente.

ment lié à son Père. J'y ai appris que les liaisons et les engagements d'amour sont des décharges et des soulagements à l'âme bien disposée, et remplie de ierveur : et, au contraire, àl'âme tiède et languissante, et à la nature qui fuit la liaison à Dieu , ce sont des embarras, des gènes et des contraintes très pénibles. Je voyais alors deux différents états de notre âme : l'un de langueur, et l'autre de ferveur; et je reconnaissais la disposition d'amour et de zèle pour Dieu, qui vous faisait sentir l'état que vous me dépeignez par votre lettre. Ce que je voyais en vous, je le portais en moi; et cette charité commune, qui doit animer les chrétiens, vivifiait mon âme conjointement avec vous. Béni soit de tout celui qui fait avec poids et mesure les démarches admirables et les progrès de sa famille et de tous ses enfants. Il manifestera un jour dans sa vérité ce que l'œil ne peut voir, l'oreille ne peut entendre, ni le cœur concevoir, des choses qu'il opère dans les siens. Laissons tout à l'amour et au zèle qu'a ce grand Dieu de se glorifier en son œuvre. Jésus-Christ et Marie seront dans l'éternité les objets principaux de sa complaisance, après la communication éternelle des trois personnes divines; et au-dessous de ces mers et de ces océans d'amour, tout ce que Dieu aura rempliet animé de son amour céleste paraîtra pour jamais aux yeux des justes, pour leur joie, et aux yeux des maudits amateurs du siècle, pour leur confusion. Vive l'amour de Dieu en Jésus et Marie I Je prie sa bonté qu'il veuille consommer en lui l'Église et ses plus chers enfants. Adieu.

280 JLETTRES DE M. OLIER.

LETTRE GCCX (1).

 MADAME DE SÂmON, A BLOIS.

II lui conseille de lire la vie de M. de Renty et d'imiter sa dévotion

envers Notre-Selgnenr.

[De Bourbon, fin de juin 1655 (2).]

Ma très chère et très honorée fille,

Vous ayant offert souvent à Notre-Seigneur depuis votre départ, je vous dirai simplement une pensée qu'il a plu à notre Maître me mettre dans l'esprit pour vous la faire savoir, qui est de vous conseiller la lecture de la Vie de M. de Renty où tout y est solide et saint, et, entre autres dévotions, devons conseiller celle qu'il portait à Notre-Seigneur Jésus-Christ, et pour cela, ma fille, je vous prie de l'étudier attentivement en la lecture de sa Vie, qui a été tout le fondement de sa sainteté et de ses solides, vertus, et m'a autrefois fait entendre que c'était tout son fort. Tâchez à vous y conduire comme lui et de marcher sur ses pas, puisque ce divin Maître est encore dans l'Église avec les mêmes moyens qu'il lui a donnés, et qui vous sont ouverts comme à tous les chrétiens. Fortifiez- vous et croissez en lui et prenez garde à la curiosité de l'esprit propre. L'amour du divin Maître, c'est humilité et simplicité.

Je m'en vais à Notre-Dame du Puy prier pour vous qu'il lui plaise vous ouvrir les yeux à ces vérités-là que son fils Jésus demande de vous avec soin.

Le très indigne serviteur de Marie,

Olier.

(1) Sur l'autographe dont la LX» des imprimées reproduit le principal.

(2) M. Olier ne quitta Bourbon que vers la fin de juin ou dans les premiers jours de juillet ; de là il alla au Puy, ensuite à Langeac où il était le 19 août {Vie de la mère Agnès, t. II, p. 539).

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