‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 273 sur 326 · A LA MARQUISE DE PORTES · texte numérisé non relu

A LA MARQUISE DE PORTES

Il l'exhorte ft renoncer aux choses curieuses et sublimes pour suivre les voies communes.

[Juillet 1655.]

Ma très honorée fille ,

Pour user des mêmes termes dont se servait saint Bernard en répondant aux âmes de piété qui le consultaient sur leurs besoins, je vous dirai que j'aurais beaucoup de choses à vous écrire sur les vôtres, que je ne puis vous découvrir maintenant à cause de mon infirmité. Mais la lettre de votre mère spirituelle que je vous envoie pourra servir de supplément à mon impuissance; car elle contient des instructions solides, et celles, à mon avis, qui vous sont les plus néces-

(1) C'était la CXXXn» des imprimées.

(2) Il y a bien des motifs de croire que c'est ici la dernière lettre écrite par M. Olier à la marquise de Portes. Malgré les exemples de vertu qu'elle necessa de donner, et les innombrables bonnes œuvres qu'elle accomplit, il paraît bien que cette noble demoiselle ne se tint pas assez fidèlement aux instructions que son saint directeur lui avait prodiguées an sujet des nouvelles doctrines. L'hospitalité qu'elle accorda longtemps, dans son château de Teyrargues, à l'abbé de La Vergne, partisan assez déclaré de Port-Royal, ferait même craindre qu'elle n'eût persévéré jusqu'à la fm dans ces tendances malheureuses, si l'on ne voyait par son testament, dicté le 6 octobre 1691, que ses sentiments étaient alors ceux d'une sincère catholique. Elle se retira, dans les dernières années de sa vie, au couvent des Carmélites de la rue Saint- Jacques, à Paris, et c'est là qu'elle mourut, le 11 septembre 1693. Par son testament elle avait exprimé la volonté que son cœur fût envoyé à la Visitation des Moulins et placé près de celui de M""* de Montmorency, sa sainte parente.

saires. Vous y verrez les vraies vertus chrétiennes bien simplement exprimées, et entre autres la sainte humilité dans laquelle Dieu l'a rendue très éminente, sa confiance cordiale et sa fidélité parfaite à la conduite de Notre-Seigneur, qui l'a protégée singulièrement en ses besoins. Vous y verrez aussi une âme constante, ferme et immobile dans ses voies; ce qui est une marque bien certaine du bon esprit. Vous ne la verrez point tendre aux choses hautes et sublimes, aussi . ne se laisse-t-elle point enchanter ni séduire; et Dieu ne permet pas que le mal la tente, ni même approche d'elle.

Ma fille, laissons avec le prophète les hautes montagnes aux cerfs, et cachons-nous avec les hérissons dans les basses cavernes. C'était le conseil que donnait le bienheureux François de Sales aux âmes qu'il, dirigeait, et qui maintenant peuplent le ciel, pendant que tant d'autres plus curieuses et plus ambitieuses sont tombées dans la superbe de l'esprit, et sont abîmées dans l'enfer. Faisons plus, et sachons moins. Et ne croyez pas, je vous prie, que le trésor de la piété chrétienne soit une chose si cachée et si inconnue comme vous me le mandez. C'est une lumière qui est exposée par saint Paul à tous les chrétiens, et par Notre-Seigneur à tous ses disciples, et à tous ceux qui, se contentant de l'Évangile, ne veulent rien de leur propre invention dans les voies chrétiennes. Craignez et fuyez toutes les choses singulières, et aimez l'anéantissement par- dessus tout.

LETTRE CCCXllï (1).

A MADAME TRONSON, A PARIS

Il l'Invite à faire avec lui, si elle le peut commodément, le pèlerinage de Notre-Dame des Anges et celui de Sainte-Fare.

[Du Péray, octobre 163S (2).]

Jésus, Marie.

Ma très chère et très honorée fille,

La providence de Dieu m'ayant voulu priver de la grâce que j'avais espérée de lui et de vous, joint àl'in-rcertitude de votre arrivée au Péray, me fit résoudre hier, pendant le beau temps, que peut-être l'hiver prochain me dérobera, de me mettre en état d'accomplir deux vœux que je dois à Notre-Dame des Anges, proche Avron, et Sainte-Fare dont il est le chemin, auquel avec joie je me suis engagé par votre foi et votre piété, dont vous devez être de la partie. Et pour cela. Madame, ma très chère fille, si vous êtes en état d'y pouvoir satisfaire, mandez-moi si vous désirez que j'aie ici le bien de vous y attendre et je le ferai avec joie et consolation, sinon, ma fille, adorons ce grand Dieu qui nous apprend, par l'exemple de Jésus et Marie, que les privations de la vie présente sont les voies pour parvenir à l'accroissement des jouissances futures de l'éternité qui s'approche tous les jours par la miséricorde de Dieu.

(2) M. Olier, après avoir fait deux saisons à Bourbon et, dans l'intervalle, être allé au Puy et à Langeac, reprit au mois d'octobre le chemin de Paris. Il dut s'arrêter au Péray, car c'est de là qu'avant la fin d'octobre, il alla à Notre-Dame des Anges et à Sainte-Fare (Faremoutier, dans la Brie).

Ceux qui sèment en larmes recueilleront en bénédictions.

LETTRE CGCXIV (1).

A MÂDAUE DE SAUJON.

Sa joie en apprenant que le dac d'Orléans est en vote d'accommodement avec la eow; sa douleur en voyant que le cardinal llaza< rin disposait toujours eh maître des bénéfices. Avis et encouragements.

[Vers le 2S décembre 165S (2).]

Vive Jésus en Marie.

Ma très chère et très honorée fiUe,

La bonne nouvelle que mon frère me vient d'apprendre, à savoir que l'accommodement de Son Altesse se traitait et s'avançait fort à la cour, m'oblige de prendre aussitôt la plume pour vous prier sérieusement de dire le Te Deum de tout votre cœur pour ce commencement, et le Veni Creator pour demander l'heureux achèvement et consommation de cette affaire si importante à la religion, espérant toute béoédictîon pour le Roi, pour son État et surtout pour l'Église qui gémit sous la conduite présente et répand des larmes de sang pour les calamités où elle est opprimée, sans espérance de se voir relevée, à moins d'un changement comme celui-là ; et vous êtes plus obligée que jamais d'établir dans le cœur de Son Altesse les sentiments de soutenir l'Église et la relever de ses ruines, pourvoyant d'excellents prélats aux bénéfices qui se donnent aux plus pauvres sujets du monde, et souvent à

(1) Sur l'autographe.

(2) L'année est indiquée par l'alliance avec Cromwell, le mois, par le dernier alinéa de la lettre.

prix d'argent, mêlant partout la simonie et des sacrilèges infâmes (1).

On ne dira jamais, de son temps, nn TeDeum dans Notre-Dame pour s'être uni avec Cromwell contre un roi catholique, comme il s'est fait depuis trois jours (2).

Je vous envoyai dimanche par Jean, sans lettre, pour quelque petite incommodité, une Journée chrétienne reliée en veau, tout pauvrement. Je croirais vous avoir importunée de cette réitération, sans que les premières étaient effacées en plusieurs pages à cause qu'on les avait reliées trop fraîchement après l'impression, qui n'avait pas eu le loisir de sécher. Pardon à mes importunités ; mais, ma fille, je me sens toujours si pressé par la charité de notre Maître de vous servir en toutes les occasions qui se présentent, que je passe par-dessus tout retour pour faire ce que je dois indispensablement.

Ma très chère fille, comme va votre âme? tant que votre loisir vous le permettra, faites-m'en savoir des nouvelles qui me tiennent lieu de toute la joie en esprit que Dieu permet que je goûte, voyant le progrès des dons de Dieu en vous^ pendant qu'il me fait la grâce riche et précieuse d'être attaché avec lui sur son calvaire. Jamais je ne fus si convaincu de la miséricorde

(1) Le duc d'Orléans, qui avait été relégué à Blois en 1652, revint en effet à la cour en 1657, mais il ne fit que s'y montrer. Du reste, y seraitil demeuré, son influence y aurait été nulle et, quoique sa vie fût devenue exemplaire, il était désormais hors d'état de contre-balancer le crédit du cardinal Mazarin qui lui avait obtenu sa grâce, et celui-ci n'aurait pas favorisé la religion et l'Église en sa considération.

(2) Cette alliance du roi de France avec Cromwell fut signée le 2 novembre 1655, mais il est probable que le Te Deum ne fut chanté que plus lard, car la fin de la lettre fait une allusion manifeste aux fêtes de Noël.

de Dieu sur nous de me' tenir en état de crucifiement, attendant celui de la consommation de la pauvre victime.

Je vous ai envoyé une image de Notre-Dame devant le petit Jésus dessus la paiUe, où il réitère souvent en son cœur son sacrifice à Dieu son Père, accomplissant les figures de la loi, où les victimes demeuraient au-? tour du temple dans les étables, attendant que le grand prêtre les appelât au sacrifice. C'est ainsi que Jésus naquit et vécut dans Tétable de Bethléem, qui sera le lieu de votre retraite intérieure, comme petite servante de Nôtre-Dame et de son cher Enfant. Je tâcherai d'obtenir place auprès des pasteurs, par l'intercession de notre sainte Mère et la miséricorde de son Fils.

LETTRE CCCXV (1).

A MADAME TROIVSON.

n la fortifle contre quelques tentations dont elle était babituellement travaillée.

[Février 16S6.]

Mon cher enfant.

J'ai remarqué par votre billet que vous vous donnez beaucoup de peine en vain , à savoir de faire un sacrifice que Dieu ne demande point de vous; c'est une tentation du diable pour vous peiner et pour vous traverser la paix que Dieu vous demande pour lui. Usez toujours avec sobriété du don que Dieu vous a fait. Il le veut de la sorte; si je croyais le contraire je vous

(i) Sur l'autographe qui était reproduit en entier dans la LXX^ des imprimées, laquelle, de plus, renfermait un passage d,e la CCCXIII®.

le dirais certainement, car vous savez que je ne veux amuser personne ni que personne m'amuse.

M^ de Pamiers m'a dit un exemple de M^' de Genève répondant à des peines bien plus périlleuses de W^^ de Chantai, qu'il vous pourra dire à vous-même (1) . Ne vous exercez point à d'autres exercices que ceux de Dieu. Le diable est un faux maître et un faux directeur et conseiller, qu'il ne faut pas écouter en ses troubles , pour prendre la place de Jésus dont les voies sont claires et paisibles.

Ma fille, lisez le LIV psalme de David qui est prophétique des tentations du Fils de Dieu, où vousy verrez plusieurs sortes d'attaques des tentations, qui faisaient de divers effets en son âme délaissée de Dieu à la faiblesse humaine. 11 y a des craintes et terreurs, il y a des sentiments de pusillanimité et découragements sensibles,sous les délaissements et les menaces de Dieu sur les péchés des hommes dontNotre-Seigneur était chargé. Et dans toute cette diversité de mouvements qui agitaient son âme, son esprit intérieur, il avait, entre autres dispositions saintes, comme le dit David, une humble et confiante patience qui lui faisait attendre le secours de son Père, pour le délivrer en son temps de l'agitation du malin, le tentateur du chef et de ses membres.

Liez- vous, ma fille, en esprit à ce divin intérieur, et c'est assez de le faire en désir sans attente d'aucune consolation, mais de force et sainteté chrétienne. Ma fille, unissez- vous en foi et charité à cette douce attente de Dieu en Jésus-Christ, comme il l'était en l'état où

(1) L'évêque de Pamiers, François-Etienne de Gaulet, se trouvait encore à Paris au moment où M. Olier écrivait. 11 logeait au séminaire de Saint- Sulpice, où il fut reçu le 3 novembre 1655.

VOUS êtes pour l'ordinaire ; soyez liée à Jésus-Christ au désert et consacrée à lui.

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