‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 274 sur 326 · LETTRE CCCXVI · texte numérisé non relu

LETTRE CCCXVI

Il loi conseille de laisser A Notre-Seignear la conduite de sa nièce; il la porte à la défiance d'elle-même et lai soabaîte l'esprit de sacrifice.

[Mars ou avril 16S6 (2).]

Ma fille, votre nièce (3), pour vous appartenir parle sang et la chair, elle n'a pas pour cela du rapport à votre grâce, ni n'aurez pas pour cela le ministère de sa sanctification comme pour une étrangère. Ma fille, cela est dans le choix de Jésus et de Marie, en qui la majesté de Dieu s'est déposée du soin de la plupart des âmes qui lui sont chères. Reconnaissez, ma fille, que les talents que Dieu donne ne sont pas à la créature. Il s'en est réservé le maniement pour en disposer comme il lui plaît, en sa créature. Le roi, qui met en dépôt ses finances entre les mains de ses trésoriers, s'en réserve l'usage et la dispensation pour les distribuer à qui lui plaît et quand et comme il lui plaira.

Je suis bien aise de l'expérience que Dieu vous en fait faire et des sentiments de méfiance que la lecture de l'Écriture vous donne; car je me sentais fortement

(1) Sur l'autographe.

(2) En disant (S» alinéa) : Si le médecin vi' envoie à Bourbon, M. Olier donne approximativement le temps de l'année où il écrit ; quant à l'année elle-même, elle est indiquée par les promesses qu'il fait à cette dame d'y porter avec lui le traité des Attributs divins. L'année précédente (lettre CGC Vile), il loi avait dit qu'il le lui enverrait après en avoir fait corriger les fautes des copistes.

(3) Il sera encore parlé de la nièce de M"^ de Saujon dans la lettre suivante. '

pressé de vous renouveler ce sentiment . dont je ne vous parlerai pas ; le valet ne doit parler là où il voit son maitre parler.

Si Dieu permet que le médecin m'envoie à Bourbon, j'obéirai à vos désirs sur le sujet du Traité des attributs divins que vous souhaitez que je porte. Je demeurerai comme vous avec joie dans l'état du sacrifice, où les sécheresses, les privations intérieures vous tiennent, portant toujours en mon cœur celui de Jésus. Toute ma vie j'ai désiré d'un désir ardent de me voir, dans la Pâque, consommé avec Jésus en mon Père qui nous fera tous un en lui.

On m'a appris depuis deux jours qu'une excellente âme religieuse, en Auvergne, pour laquelle Notre- Seigneur avait permis que j'eusse quelque liaison de grâce, qu'elle est allée à Dieu (1) . Je me suis réjoui avec

(1) Il est très vraisemblable que M. Olier parle de la mère de CoUaages, supérieure du couvent de Notre-Dame, à Langeac, et qui y mourut le 18 février 1656. Il l'avait assurémeat connue à Brioude, où elle fut formée à la vie religieuse par la mère Charlotte des Granges et se fit remarquer par une très particulière dévotion pour l'adorable Eucharistie. Il dut la voir de nouveau, et plus particulièrement encore, en 1652 et 1655, à Langeac, pendant les quelques jours qu'il y passa au tombeau de la vénérable mère Agnès, en l'intercession de laquelle, au témoignage de M. de Lantages, elle avait une très grande confiance. ( Vie de la vénérable mère Agnès, t. II, p. 321.) Trois ans après la mort de cette très digne supérieure, la communauté de Langeac en obtint une autre qui, comme elle, avait été formée à l'école de la mère des Granges et que M. Olier connut très particulièrement à Brioude; c'était la mère Anne de Sara, dont l'historien des religieuses de Notre-Dame fait le plus magnifique éloge. II dit, entre autres choses, que M. Olier lui ayant prédit, dans une de ses visites, qu'elle aurait beaucoup à souffrir dans un temps qu'il lui marqua, elle alla, selon sa coutume, se prosterner devant le saint Sacrement, où une sœur entendit qu'elle s'offrait à Dieu pour tout ce qu'il voudrait lui envoyer de fâcheux. « La prophétie fut véritable, ajoute le P. Bouzonié ; celte fille de la croix eut ensuite de très belles occasions pour le triomphe de la patience. » (T. II, p. 257.)

envie de son bonheur, espérant de l'aller trouver làhaut en la très sainte Vierge qui me sera là toute chose, comme elle fait voir tous les jours qu'elle m'est toutes choses en la terre, me le confirmant tous les jours par mille expériences. Je vous recommande cette bonne âme.

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