‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 275 sur 326 · LETTRE CCCXVII · texte numérisé non relu

LETTRE CCCXVII

A LA MÊME^ A BLOIS

Après quelques conseils sur la conduite qu'elle doit tenir & l'égard de sa nièce, il lui parle du bonbeur de l'âme perdue en Jésus et Marie.

[De Paris, probablement vers la fin de 16S6 (2).] Vive Jésus en Marie.

Je vous croyais bien avant en votre chemin, quand j'ai appris, ma très chère et très honorée fille, par la bouche de monsieur votre frère, que vous étiez arrêtée à la cour par l'arrivée du prince François (3) et, en même

(1) Sur l'autographe.

(2) Cette date approximative est donnée par celle du voyage queM"^^ de Saujon se proposait de faire à Paris, aussi bien que par celle de l'arrivée du prince François de Lorraine à Blois.En 1656, M. Olier n'alla à Bourbon qu'au mois d'août, et ne put en être de retour qu'au mois de septembre, ce qui ne permet pas de placer le voyage de M™^ de Saujon, qui devait l'y trouver, avant les derniers mois de 1656. On va voir que l'époque présumée de l'arrivée du prince François à Blois s'accorde avec ce calcul et le confirme.

(3) Nicolas-François de Lorraine, dit communément le duc ou le prince François, était le troisième fils de François de Lorraine, comte de Vaudemont. Son frère Charles, qui, par son mariage avec Nicole, duchesse de Lorraine, était devenu souverain de ce petit État , lui en avait fait démission en 1634. Il eu commandait les troupes.lorsque le duc Charles IV, son frère, eut été conduit prisonnier en Espagne et, pour ne pas subir lui-même le joug de ses puissants voisins, il passa à la tête de son armée sur le territoire français, et joignit ses troupes à celles de Louis XIV qui poursuivaient vigoureusement la campagne contre les Espagnols. C'était

temps, je reçus votre dernière lettre touchant votre nièce.

Vous ferez bien de la laisser entrer où Tinstinct la portera, surtout celui de l'esprit, que vous remarquerez plus nettement après ses saintes communions et ses prières, qui est le temps du règne de l'esprit dans les âmes. Les Carmélites, selon que vous marquez son état, lui seront plus utiles, étant surtout, comme elles sont, éloignées du grand monde et de cette communication présente avec le siècle (1). Bienheureuse l'âme

dans les derniers mois de 1655 : le duc François dut prendre part aux opérations qui se firent au printemps de 1656 ;il était certainement avec ses troupes au siège de Valenciennes que Turenne et le maréchal de la Ferté formèrent au mois de juin de cette année, et qu'ils furent obligés de lever le 16 juillet suivant. Il est très probable que ce ne fut que durant l'automne ou l'hiver de cette année que le duc, François put enfin aller à Blois voir sa sœur la duchesse d'Orléans. M"^ de Montpensier, ainsi qu'elle nous l'apprend dans ses Mémoires, ne le vit même que dans les premiers mois de 1657 ; mais on sait qu'elle n'habitait pas ordinairement avec son père et sa belle-mère.

(1) On conserve à Saint-Sulpice une attestation relative à l'autographe de l'une des lettres de M. Olier, où il parait être question de cette nièce ' de M"» de Saujon. « La lettre ci-incluse, y est-il dit, est une lettre écrite de la propre main de M. Olier à W-\^ de Saujon, sa pénitente. J'ai reçu cette lettre de M. Seurat, l'aîné, demeurant, en l'année 1727, au petit séminaire de Saint-Sulpice. Il l'a reçue avec quelques autres d'une tante qu'il avait à Saint-Thomas, qui est une communauté de dames, à Paris, faubourg Saint- Germain, paroisse de Saint-Sulpice. Cette tante l'a reçue de M"® de Beauvau, nièce de M"* de Saujon, à qui a été écrite cette lettre, laquelle est demeurante aussi à Saint-Thomas en la présente année 1728. Cette demoiselle ayant hérité de tout ce qui appartenait à sa tante, a reçu aussi toutes les lettres que lui avait écrites M. dier. Voilà d'où vient celle ci-incluse. Je désire qu'elle soit rendue à M. le supérieur de Saint-Sulpice. Fait à Issy,ce 3 janvier 1728. Baillot. « Diane- Marie, unique sœur de M""* de Saujon, épousa Jacques de Beauvau, dont elle eut plusieurs enfants. Il est au moins très vraisemblable que M"* de Beauvau, qui, en 1728, demeurait comme pensionnaire dans la maison des dames de Saint-Thomas de Villeneuve, était la même nièce de M"" de Saujon, qui, en 1656, cherchait sa voie et avait quelque des-

qui ne voit et ne converse qu'avec Jésus et Marie par la foi. C'est un moyen merveilleux que Dieu nous présente pour l'occupation de notre vie, pendant ce séjour fâcheux du monde présent.

Ma fille très chère , demeurons perdus en Jésus et Marie, afin que le monde ne nous voie plus et que nous soyons cachés à tous par leur moyen. Vive Jésus en Marie et Marie en Jésus inséparablement (1)! Encore, ma fille, je trouve votre dévotion avantageuse en un sens par-dessus la nôtre, car vous honorez la sainte Vierge dans la plus haute éminence de sa vie, l'honorant en Jésus qui est sa source et son principe infiniment au-dessus de ce qu'elle est en soi.

Quand vous arriverez à Paris, je vous découvrirai un piège que le monde vous prépare. Je m'attends pour cela à votre première visite.

sein d'entrer aux Carmélites. On sait d'une manière certaine qu'elle ne fit pas profession au monastère de la rue Saint-Jacques, et il est assez Traisemblable que lorsque sa tante, peu de temps après la mort de M. Olier, parvint enfin à se dégager de la cour de Blois et commença, avec M""* Tronson, la communauté des Filles de l'Intérieur de la sainte Vierge, M"* de Beauvau la suivit et resta auprès d'elle , même après la dissolution de cette communauté. A la mort de salante, arrivée le 11 février 1694, cette demoiselle, qui n^était plus en âge ni d'entrer en religion ni de s'établir dans le monde, put bien prendre le parti de se retirer à Saint-Thomas de Villeneuve, où l'on recevait plusieurs dames dans des conditions analogues.

(1) M. Olier mettait assez souvent en tète de ses lettres, surtout quand elles étaient pour M"" de Saujon : Vive Jésus en Marie. Il paraît que cette dame avait plus de dévotion pour la formule correspondante : Vive Marie en Jésus. Ce qui fait dire au serviteur de Dieu que la dévotion qu'elle exprime ainsi a un avantage sur la sienne.

LETTRE CCGXVIII (1).

II Ini avoue qu'il ne trouve point d'autre consolation en cette vie que dans l'intérieur de la sainte Vierge et à la croix.

[Vers la même époque (3).]

Depuis quelque temps je ne me suis point séparé de l'intérieur de la très sainte Vierge, en laquelle je trouve tout ce que je puis désirer sur la terre. Hors cela que tout m'est dur l et autant qu'il plaît à Dieu me conserver en sa divine charité, autant je sens ma peine s'augmenter, et je m'aperçois d'un bien secret qui me dérobe à moi-même, et me fait ressentir des choses que je ne puis comprendre , et bien moins exprimer. Ohl que je vois bien par là ce que Notre-Seigneur dit en l'Évangile, qu'en ce temps-là, c'est-à-dire au jugement, nous entendrons les effets du divin amour et les opérations de sa toute-puissance ! Mon Dieul que le monde me pèse, et que toutes les créatures me sont à charge I Si je ne savais que ce temps est destiné à la souffrance et à la croix, je demanderais souvent à Dieu, avec saint Paul, ma délivrance et le bonheur de jouir de sa possession. Aidez-moi à porter ma croix et le joug que justement demandent mes péchés. Atten-

(1) C'est la CCXX« des imprimées.

(2) Peut-être M. Picoté, son directeur.

(3) La date de cette lettre n'est pas indiquée ; mais il est vraisemblable que M. Olier l'écrivit dans les dernières années de sa vie et dans le même temps que la précédente. C'est surtout alors qu'il désirait être délivré des liens de son corps et d'arriver à la possession de Dieu. (Vie de M. Olier, t. III, p. 469.)

dons en gémissant le jour qui nous doit réunir dans le sein de Dieu en Jésus et Marie.

LETTRE CCCXIX (1).

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