‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 277 sur 326 · LETTRE CCCXX · texte numérisé non relu

LETTRE CCCXX

A ONE PEBSOinTE QU'iL DIRIGEAIT.

n lui fait comprendre qne la dépendance oa il est & l'égard de Dieu dans la condaite des ftmes est le principe des cliangements qu'elle peut remarquer dans sa direction.

Ne vous étonnez pas des divers sentiments que je vous mande. Dieu m'exerce aussi bien que vous, et il me tient en ténèbres et en incertitude sur ce qui vous regarde. Comme je le vois changer à tout moment de conduite sur vous, je ne dois pas faire autrement. Je dois étudier tout ce qu'il fait, et l'entendre parler par tout ce qu'il opère, soit en l'intérieur, soit à l'extérieur. Je suis à lui pour Vivre en dépendance de ses ordres dans tous les moments de ma vie; je ne me

(1) C'est' la XLII* des imprimées. Elle est citée ea partie dans V Esprit dhin directeur des dmes, art. II.

lasserai point jusqu'à la mort d'attendre la manifestation de ses desseins. Rien ne me fera précipiter, rien aussi ne me fera reculer. Je tiendrai toujours à lui par la foi, et je serai en sûreté quand je lui serai attaché par ces liens de l'esprit. La foi a ses fondements invariables et infaillibles, et en elle on ne peut rien appréhender, étant fondé sur la bonté et sur la sagesse d'un Père aussi adorable que le nôtre. Prions toujours en unité d'esprit en attendant notre entrevue; et Notre-Seigneur se trouvant au milieu de nous, se fera paraître par la vertu de sa parole et par l'unité de ses désirs en nous. Adieu.

LETTRE CGCXXI (1).

A UNE DE SES FILLES SPIRITUELLES

Qu'il fant être bien aise que la créature se retire de nons, pour nous appuyer sur Dieu seul. '

Ma très chère fille,

Tenez-vous hors de l'appui et de la complaisance en vous et en la créature. Lorsqu'elle nous prête la main il nous est plus aisé de nous y appuyer que lorsque tout s'éloigne et se retire de nous. Le premier état est plus doux, mais il est plus dangereux; le second est plus dur, mais il est plus assuré, et il tient l'âme dans la dépendance continuelle de Dieu, et dans lanécessité de le prier etd' aspirer àlui perpétuellement. C'est dans ce temps et dans ces épreuves que la nature meurt, et que, n'ayant rien qui la console et la soutienne, Dieu lui est toutes choses. C'est alors qu'il se fait ressentir davantage en nous, et que ses opéra- Ci) C'était la lxxxiip des imprimées.

tions sont plus fortes, plus saintes et plus continuelles dans le- fond de notre âme. C'est alors que se forment les plus saintes et les plus fortes vertus, que l'on devient, comme saint Paul, puissant dans les infirmités, et que, selon ce même apôtre, la vertu se rend parfaite et consommée.

Vous devez présentement avoir plus de soin de vous retirer en votre Époux et en la très sainte Vierge, pour vous garantir du poison de la créature, qui, se glissant sans y penser, à cause de sa douceur imperceptible, se mêle peu à peu avec la douceur de Tesprit. L'épouse doit, selon le conseil de l'Écriture, se tenir sur ses gardes, et séparer avec diligence le vil d'avec le précieux, afin qu'elle soit la bouche et l'organe de son Époux, et qu'il y prenne sa joie et ses délices, pour opérer en elle et par elle; car autrement il retire d'elle ses opérations par une sainte jalousie; il ne parle plus en elle, ni par elle, et elle demeure en stérilité.

L'amie de l'Époux, dit le Cantique, est le lis entre les épines; ce qui signifie que l'épouse doit être séparée de tout commerce de douceur extérieure, et de toute l'approche des créatures, qui pourraient mettre la main sur elle, ou la flétrir et la ternir de leur haleine, ce qui la ferait bientôt mourir. Le lis en cet état ne se penche ni de côté ni d'autre; il se soutient en sa droiture, et toute l'ouverture de ses feuilles et de son cœur est vers le ciel, pour en recevoir la rosée et les influences, de peur d'en rien perdre en se courbant. C'est pourquoi le Saint-Esprit, dans l'Écriture sainte, dépeignant l'âme qui commence, en s'appuyant sur les créatures, à décliner de Dieu, et à s'en retirer, lui donne le Yee de sa malédiction.

Ce n'est pas que ces premiers mouvements d'épanouissement de la nature, qui viennent par surprise dans ces rencontres d'accueil , surtout après les disgrâces et les délaissements, soient des fautes bien notables devant Dieu. La chair n'est pas tout à fait morte ; l'amour-propre a toujours faim et soif de telles choses; et bien souvent cela se passe en nous dans les premiers instants ; mais néanmoins cela est toujours fort dangereux, si on ne le repousse en Notre-Seigneur; et si sur-le-champ, ou peu après, on n'y applique le remède. Quand ce poison se glisse secrètement en notre cœur, il faut aller à l'antidote et au contre-poison, qui est Notre-Seigneur, devant qui il faut détester cette maudite nature, qui ne vit qu'à elle, qui ne veut rien que pour elle-même, et qui est tout opposée à l'esprit d'hostie qui nous doit animer; esprit qui ne veut rien pour soi, et ne désire rien que Dieu, et de Dieu, et pour Dieu même. Étudions bien en toutes choses le saint vouloir de Dieu, qui est tout notre être, toute notre vie et tout notre mouvement; et hors de quoi je vous avoue qu'il me semble que je ne pourrais être, ni vivre un seul moment.

LETTRE CCCXXII (1).

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