A UNE PERSONNE NOUVELLEMENT CONVERTIE
n loi montre la nécessité de fair l'occasion du pécliê.
Il lai conseille de recourir à la miséricorde de DIen, et de
s'appliquer an pnr amonr.
Ce que vous me mandez dans votre dernière lettre
CO C'est la CLXXXVnP des imprimées.
m'a fort surpris. Je ne puis eu aucune manière approuver cette conduite, et je crois que vous devez vous tenir dans une plus grande réserve que vous ne faites. Quelques sentiments que puissent avoir les personnes qui sont auprès de vous, je ne vois point de raison pour vous exposer de la sorte. Il faut vous défier davantage de vous-même après l'expérience que vous avez de vos faiblesses, et fuir plus soigneusement à l'avenir de pareilles occasions.
Vous dites que la confiance que vous avez en Dieu vous assure et vous ôte toute crainte. Mais cette confiance vous doit être fort suspecte, qui ne vous ôte la vue de votre impuissance et des sujets légitimes que vous avez de craindre, que pour vous engager avec plus de liberté dans le péril. C'est là une des marques des plus assurées d'une fausse confiance et d'une véritable présomption : et c'est ce qui cause ces chutes déplorables et ces misères terribles, auxquelles nous voyons que Dieu abandonne ces âmes présomptueuses et téméraires, qui toutes faibles qu'elles sont, se croient en assurance au milieu des dangers.
La chair, dans l'état où elle est maintenant , nous doit donner de continuelles appréhensions. Car depuis sa dégradation elle est si corrompue, si faible pour le bien, si portée au mal, que sa véritable définition est une espèce d'impuissance de se défendre du péché. Sa pente y est si grande que, si elle y résiste dans quelque occasion, elle y succombe en d'autres; et quand enfin elle ne s'y précipite pas, c'est un effet de la bonté immense de Dieu qui la soutient contre son inclination et au-dessus de la nature. Ainsi ne vous persuadez point vous assurer jamais contre ses faiblesses, à moins que vous n'évitiez ces sortes de périls, dans lesquels vous
auriez même infiniment à craindre, quand vous seriez obligé de vous y exposer par la nécessité de votre charge. Lorsque vous en usez autrement vous tentez Dieu, qui, ne donnant son secours qu'au besoin et à la nécessité, et non à la présomption, vous abandonnera à vous-même et vous laissera en proie à vos ennemis.
Croyez-moi, vous ne trouverez jamais de remède assuré contre ces tentations que dans la fuite, opérant votre salut en la manière que le désire l'Apôtre quand il dit : Cum metu et timoré vestram salutem operamini. Il n'y a point en cela de privilège pour qui que ce soit. Quand ce serait un saint , il tombera s'il n'ap- . prébende pas. Il n'y a que la parole de Dieu et la confiance que nous y devons avoir qui nous assure. Or, s'il nous promet son secours pour les emplois où il nous appelle, et pour nous préserver dans les périls où la nécessité nous engage, sa parole même nous marque qu'il le retire de ceux qui s'y exposent témérairement et avec toute sorte de liberté. Qui amat periculum, ditil par la bouche du Sage, peribit in illo ; Celui qui aime lé péril j périra dans le péril, il y perdra sa grâce ^ et Dieu le laissera dans la tentation pour punir sa superbe, et ce vain appui qu'il avait en lui-même.
Après cela voyez si vous avez raison de vous fier à vos expériences passées, ou à vos forces présentes, et si vous n'avez pas plutôt sujet de tout craindre, quand, au lieu de fuir ces occasions dangereuses, vous vous y portez de vous-même avec tant de facilité. Car alors il n'y pas seulement incertitude si la grâce vous y sera ôtée, mais il y en a même quelque sorte d'assurance.
Il y a sur ceci des paroles qui vous devraient faire
trembler toute votre vie, dans un traité intitulé , De
singularitate Clericorum, qui se trouve parmi les œuvres de saint Cyprien. Je vous les envoie pour vous servir dans vos besoins présents, vous suppliant de les bien méditer.
Accipîmus quidem fortitudinem spiritualenij per quant suhstantiâs noslree fragiiUas roboretur. Sed ita nohis spiritualis fortitudo collata est, utprovidos nos, non précipites tueatur... Custos nobis datus est Spiritus, sed ut contraria declinantibus assistendo subveniatf non ut contraria eligentibus faveat,,.. Nam qui perniciosis conalibus audet exercere virtutem, juvamen non habet Spiritus Sancli, qui neminem vult uUroneum virum fortem ad fraudulentas viciorias coarctari : nec protegit eunij quinimo sed deserit , quem pericuUs irruentem per illicitos eventus eœquirere triumphos agnoverit; sicut ipse jam tune locutus est y dicens ; Amans periculum, in ipso peribit.
LETTRE CCGXXIII (1).