A UNE PERSONNE QUI AVAIT FAIT QUELQUES FAUTES
Il lai conseille de recourir à la miséricorde de Dieu et de s'appliquer au par amonr.
[22 juillet.]
Ma très chère fille,
J'ai reçu deux de vos lettres, et j'ai déjà répondu à la première. Pour ce qui me regarde, vous avez tout pardon. Vous avez offensé un plus grand que moi, lequel est plus juste, et aussi plus rempli de bonté pour laisser effacer vos fautes à vos larmes. Soyez contente
(1) C'était la LXXl* des imprimées.
de faire ce qui est contenu dans ma dernière, qui est de redoubler votre ferveur et votre courage pour aimer. Votre péché est grand, mais auprès de la miséricorde de Dieu il est petit. Qu'est-ce que cette bonté n'a pas déjà consommé et de vous, et de moi, et du reste du monde? Aimons, aimons, et ne craignons plus rien. L'amour ejfface tout; tout cède à ses sacrées inventions . L'enfer n'oserait l'aborder, le ciel ne saurait s'en défendre; et quelque menace qu'il nous fasse, quelque justice qu'il nous montre, je défie ses armes avec le saint amour.
Brûlons donc, chère fille, et mourons de n'aimer qu'à demi. Hé! quand sera-ce que nous aimerons tout notre saoul? Ce sera, épouse de Jésus, quand tout vous sera petit, et que tout ne vous sera rien auprès de l'amour; ce sera quand l'amour surmontera la mort, et qu'elle yoms sera douce de la main de l'amour; ce sera quand ce saint charme vous fera. oublier tous vos sens, qu'il les fera tous mourir à leurs objets^ et que vous serez ravie de les crucifier.
Aimez donc la croix, et chérissez-la jusqu'à ce que vous en fassiez votre félicité. C'a été celle de l'Amant, c'a été l'objet de ses désirs les plus puissants et de ses saintes impatiences, et il n^a été à la croix qu'après l'avoir incessamment désirée. Il est pour cela sorti du sein du Père, et il n'a voulu avoir de vie en ce monde que. pour y être attaché et y mourir à la gloire de son Père. Je ne sais quand vous ferez de même, et que votre amour-propre et votre orgueil seront crucifiés, soit par vos mains, soit par celles de Dieu. Si vous aimiez comme il faut, vous seriez bientôt en cet état. Faites-le donc , et rendez votre amour le plus fervent et le plus actuel qu'il vous sera possible. Aimez incessam-
ment. C'est ce que je désire par-dessus tout, et ce que je demande à ce divin amour du cœur de Madeleine, que nous honorons en ce jour.
LETTRE CGCXXIV (1).