‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 280 sur 326 · A UN HOMME QUI SE DÉCOURAGEAIT · texte numérisé non relu

A UN HOMME QUI SE DÉCOURAGEAIT

Il rexborte à recourir à la miséricorde de Diea, et à prendre

conflance.

Monsieur,

Vous devez avoir d'autres sentiments de la bonté de Dieu que ceux que vous me témoignez. Sa miséricorde est immense sur les pécheurs. Ainsi présentez-vous à lui en confiance malgré votre pusillanimité. Vivez comme Abraham en espérance contre espérance, et dites avec Job : Etiam si occident me, in ipso speraho : Quand il me devrait donner la mort, je ne laisserai pas d'espérer en lui. Quoique vous sachiez que vous ne méritez que l'enfer, si vous retournez à lui de tout votre cœur, tenez-vous assuré de sa miséricorde qui est infiniment plus grande que tous vos péchés.

Pensez souvent à ces paroles du Prophète : Derelinquat impius viam suaniy et vir iniquus cogilationes suas et revertatur ad Dominum, et miserebitur ejus : et ad Deum nostrum , quoniam muUus est ad ignoscendum. Que le pécheur quitte sa voie, que l'impie revienne de ses égarements, et qu'il retourne à Dieu, il lui fera miséricorde.

Lorsque vous sentirez votre Ame en pusillanimité et en crainte, et que votre foi se trouvera faible, dites

(1) C'était la CCXXVIIP des imprimées.

souvent à Dieu : Domine adjuva incredulitatem meanif et demeurez en attente de cet esprit de foi, dont parle le prophète David au sujet de la pénitence : Expectabam eum qui salvum me fecit à pusillanimitate spiritus et tempestate : J'ai attendu celui qui m'a délivré de ma pusillanimité. Enfin , assurez- vous intérieurement sur la sainte parole de Dieu, qui promet miséricorde à ceux qui le recherchent en vérité. C'est ce qui vous affermira contre les craintes et contre les tempêtes qui vous environnent et vous accablent.

LETTRE GCCXXV (1).

A UNE DAME Qu'iL DIRIGEAIT.

Du martyre de la sainte cbarité ; qu'on doit toujours vivre en crainte et déflance de soi-mCme.

Ma très chère fille,

Notre-Seigneur, qui opère toutes les saintes dispositions du cœur, et qui les communique et les fait sentir aux âmes qu'il unit entre elles, n'a pas caché à votre pauvre serviteur, cette après-dlnée, les sentiments qu'il opérait en vous (2). Il a plu à ce Maître adorable, exposé sur le saint autel, me faire ressentir votre cœur humilié et dilaté dans la profondeur de son anéantissement; ce qui était une ouverture pour recevoir les saintes grâces que la plénitude de vous-même aurait pu éloigner. J'en ai reçu beaucoup de joie et de soulagement, comme étant le souhait de mon cœur

(1) C'est la LXVIe des imprimées. Le zèle du serviteur de' Dieu pour la sanctification des âmes que Notre-Seignéur lui avait confiées s'y montre d'une manière frappante.

(2) On a déjà vu que, dès 1642, M. Olier commença à lire dans l'âme de ceux dont ilavsdtla conduite. {Vie de M. Olier, 1. 1, p. 406.)

et le désir plus pressant de mon âme, qui souffrira tout ce qu'on peut endurer en la vie, quand il ne verra pas votre intérieur vide de tout et ouvert à la plénitude de Jésus-Christ.

C'est un martyre qui ne se peut comprendre que celui dont la charité est le principe. Les tourments et les supplices extérieurs ne vont point jusqu'au lieu où la charité règne et réside; mais c'est elle qui sait tourmenter l'âme parla même force qui la rend maltresse de notre cœur. Que je serais heureux avec Jésus- Christ, mon Maître, d'être mille fois martyr pour la gloire d'une âme qu'il a acquise par son sang. Plût à Dieu que je souffrisse continuellement pour cela en la manière dont mon Maître a souffert, et dont il m'a laissé l'exemple pour le suivre!

La charité qui se nourrit dans le cœur est ingénieuse à trouver les moyens de souffrir, pour rendre à Jésus- Christ et à son Église des témoignages de sa vérité. Si les âmes dont elle prend un soin particulier s'appesantissent, elle souffre pour leur état. Si elles croissent en la grâce, et qu'elles fassent quelque progrès, elle souffre aussi beaucoup, dans la crainte que leurs démarches ne soient trop lentes, et qu'elles ne puissent voir la consommation parfaite de son œuvre. Oh! que la charité aime à souffrir, et qu'elle se sent heureuse en ses tourments! Elle ne changerait pas ses maux pour toutes les délices du monde ; et si elle u'endure, elle ne croit pas vivre.

Ma fille, au nom de Dieu, ouvrez votre cœur à l'Époux. Dilatez, comme dit le saint Apôtre, les espaces de la sainte charité. Ne souffrez point de tristesse pour votre état passé. Dieu l'a permis pour votre bien et pour sa gloire. Il fait estimer aux siens les trésors

de sa présence, et en fait appréhender k perte. Il veut qu'on vive en crainte et en défiance perpétuelle de soi, pour obliger la créature de recourir toujours à lui, et de ne se fier jamais sur son état présent, comme sur une chose sûre et qui lui soit appropriée.

Tout est en dépendance continuelle de Dieu, et doit rendre un hommage perpétuel à, sa bonté, l'invoquant incessamment sur soi contre soi-même. Il est adorable en toutes ses conduites et tire ses avantages de tout. Il tire le bien des âmes qu'il chérit de leurs propres maux; et c'est une merveille de lui voir convertir le péché même en notre sanctification, lorsc[uMl nous choisit pour sa gloire.

Il me semble que je n'aurai jamais assez de temps pour vous parler des intérêts de votre âme. Je n'ai pas encore commencé, et je crois que l'éternité me surprendra, sans que j'aie pensé avoir satisfait au moindre devoir qu^elle me; demande. Jésus-Christ a fait peu, à l'égard de la charité infinie qu'il nous a portée. Qu'il me fait expérimenter de choses en l'intérieur, que la parole ni l'écriture ne peuvent exprimer ! Silence, ma fille, silence, pour la grandeur du saint amour de Jésus-Christ. Je suis en lui, etc.

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