‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 286 sur 326 · LETTRE CCCXXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE CCCXXXVI

Il le porte & l'hiunilité par la considération des anéantissements da Fils de Dieu et par la vue de sa propre misère.

Je pense. Monsieur, que vous devez avoir grande dévotion, plus que jamais, à l'anéantissement de Notre- Seigneur, lequel, quoiqu'il fût Dieu et eût toutes les qualités de grandeur imaginables, il ne laissait pas de voir son néant et confesser devant Dieu qu'il n'était rien par lui-même; car étant créature comme nous, quoiqu'il fût Dieu, et ayant été tiré du néant parla communication de l'être de son Père, il voyait toujours l'être de Dieu en lui; et tout ce qu'il était, il voyait au fond que c'était Dieu et, ce qui n'était point Dieu, ce n'étaitrienenlui. De là vient que, comme il reconnaissait que de lui il n'était rien et ne cessait point d'être rien par la communication de l'être de son Père, il disait toujours : « Par moi je ne suis rien, quoi que mon

(1) Sur l'autographe*

(2) Plusieurs passages de la lettre semblent supposer que c'était un magistrat ou du moins un homme en place.

Père ait mis en moi; je serai toujours ce rien quoique mon Père y mette du sien, et il devra toujours être honoré pour tout ce qu'il opérera dans moi ; car ce qui est de moi n'est rien et je demeure toujours ce rien quoi que mon Père y mette. »

Ainsi, Monsieur, souvenez-vous que vous n'êtes rien par vous-même, quoique Dieu mette en vous. Reconnaissez et adorez ce Dieu de tout l'être qui esit en vous, et dites que tout ce qui est en vous est fait pour honorer Dieu, et qu'il veut recevoir gloire pour son ouvrage en vous. A lui donc. Monsieur, soit l'honneur et la gloire de tout ce qui est en vous ; vous n'en devez rien avoir à vous, et si vous prenez quelque honneur pour vous, vous le dérobez à Dieu, vous vous appropriez par un larcin la gloire qui lui appartient de son œuvre dans vous.

Dieu est l'auteur de la lumière et de l'esprit qui est en vous, à quel point et mesure qu'il l'y ait mis. C'est l'œuvre de la main de Dieu que la sagesse et le conseil qu'il met en nous; ce sont les rayons de son esprit répandus dedans nous, si bien qu'ils sont les ornements de Dieu, et il désire en êtDe honoré et adoré. Ces dons demeurant dedans Dieu, ils sont adorés en lui par les anges et les saints qui l'adorent et le louent comme sagesse éternelle et divine, sagesse substantielle ; et c'est Dieu même, mais Dieii répandu hors de lui, qui éclaire et qui illumine par lui-même les sujets où il repose, et les âoies qu'il illumine de sa sagesse, par sa présence : il doit être adoré par ceux en qui il se répand, il doit donc recevoir honneur et louange pour ce qu'il est en lui et qu'il répand en nous; il est également source de tout, et en tout il est adorable; si bien qu'il recevra par vous l'honneur qu'on lui rendra en vous sans y

penser, et vous redresserez les pensées et les vues des simples quand vous recevrez de l'honneur, des louanges de leurs bouches, disant : « Mon Dieu vous êtes toute sagesse et toute majesté, vous êtes toute dignité en vous-même; ce qui parait en nous, c'est de vous et à vous; vous en soyez glorifié; hors de vous tout n'est rien, et je veux bien en faire la confession avec Notre- Seigneur Jésus-Christ, lequel, quoiqu'il possède en lui toute sagesse, toute doctrine, toute bonté, il dit pourtant qu'il n'y a rien de bon que son Père, que sa doctrine n'est pas sienne mais de lui ; bref, que tout ce qu'il est dérive de son Père, tout est issu de lui et il mérite de recevoir l'honneur et la louange de ce qu'il a mis dedans lui. »

A Dieu soit donc gloire de tout, et à nous confusion en tout, pour le néant qui est en nous et qui ne cessera jamais d'être, pour quelque qualité et dignité que Dieu mette dans nous, qui ne sera' jamais qu'un rayon de son être et de sa majesté diffuse et répandue hors de lui-même, qui est rejaillie sur nous et qu'il met dedans nous sans mérite.

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