‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 289 sur 326 · MM · texte numérisé non relu

MM

Je prie Notre-Seigneur, en sa divine Mère, déposséder tellement votre âme, qu'il ne vous laisse jamais penser ni vouloir que ce qu'il pense et veut en vous. J'espère qu'il ne permettra plus que votre propre esprit vous dérobe à sa conduite et aux desseins qu'il a sur vous en tous les moments de votre vie. Vous devez continuer ce que vous avez commencé, quoi qu'en dise le monde, puisque Notre-Seigneur demande cela de vous. Faisons l'œuvre de Dieu, et le temps effacera les effets de la malice des hommes et du démon. Ceux qui marchent en vérité seront toujours reconnus pour tels. Jésus et Marie ne laissent pas longtemps leur cause dans l'oppression, et leurs majestés tireront même de tout cela leurs avantages.

Vous pouvez aussi entreprendre sans hésiter ce que vous me proposez, si vous avez des ouvertures extérieures qui répondent aux persuasions intérieures de l'Esprit. Mais comme vous savez que le Dieu de votre cœur, et qui règne dans l'intérieur de l'Église, est celui qui conduit aussi l'extérieur de la créature, je

(1) C'était la CCIV^ des imprimées.

(2) Elle paraît composée de fragments tirés de lettres adressées à diverses persomies. Le troisième, le quatrième, le sixième et le septième alinéas conviennent bien à M""' de Saujon; le cinquième est tiré vraisemblablement d'une lettre à un ecclésiastique.

souhaiterais que vous eussiez cette double marque de sa volonté, avant que de vous engager dans cette affaire. On m'a dit que la Providence avait suscité quelques personnes qui se voulaient présenter pour l'entreprendre. Si cela est, il faut être ravi qu'ils en aient tout l'honneur. Dieu fait tout pour le mieux, et pour sa plus grande gloire. Pourvu que ses desseins s'accomplissent, et que son service se procure, qu'importe par qui cela se fasse? Nous devons toujours être consolés que ce soit par d'autres plutôt que par nous, qui sommes les plus indignes et les plus infidèles de tous. Il suffît que tout se fasse en la vérité de la doctrine et en la perfection de la divine charité.

Je ne vous puis proposer de meilleurs remèdes contre vos abattements, vos défiances et vos peines, que l'abandon à Dieu et la vie de la foi. Il n'y a rien de plus désirable sur la terre , et il n'y a rien qui mette l'âme dans une unité si pure et si parfaite avec Dieu. C'est l'état où il veut que ses chères amantes soient introduites, et où il vous a fait connaître souvent qu'il vous appelait. Votre délivrance et votre liberté, que tous les soins des créatures n'ont pu vous rendre, sera l'effet de votre foi en lui.

Je ne doute point que vous ne deviez quitter ce désert stérile et infertile où vous êtes. Plus j'y pense, et plus j'y suis confirmé. Je ne prie que pour votre sortie, et je vous dirai que j'ai été intérieurement porté à vous avertir d'avoir dévotion pour la prison de saint Pierre, laquelle vous lirez dans les Actes des Apôtres, et pour l'ange qui lui rendit, et à l'Église, le bon office de le délivrer.

Pour l'emploi que M. N. vous propose, Notre-Seigneur ne vous appelle pas en ces lieux ; ainsi il ne

VOUS demandera pas compte des âmes qui s'y perdent. Il faut nous contenter de répondre avec humilité à notre sainte vocation, et d'être fidèles à ce qui parait que Dieu désire de nous. Nous pouvons bien être ouverts atout bien, et avoir le cœur préparé pour aller par tout le monde aussi bien que saint Paul; mais il nous faut seulement embrasser le bien qu'il nous désigne par son esprit, et nous y attacher avec fidélité. ,

Ce que j'ai à vous recommander sur tout pour vos emplois, et pour vous conserver au milieu du grand monde où vous êtes, est d'avoir toujours l'esprit rempli de la présence de Dieu. C'est ce qui vous préservera de la contagion du siècle, voyant la vanité de toutes choses, et l'imperfection de l'être de ce monde grossier, corruptible et changeant en ses parties. Toutes les créatures sont si gluantes, si venimeuses et si corrompues depuis le péché d'Adam, qu'il est très difficile de s'en approcher qu'on ne s'y attache, et qu'on ne s'y empoisonne ; et, à moins que d'user de ce divin préservatif, vous ne manquerez jamais de vous y complaire, et de vous perdre.

Pour les biens que vous avez, ne songez pas tant à vous en défaire qu'à avoir l'esprit de pauvreté au milieu de leur possession. C'est ce que vous devez demander particulièrement à Notre-Seigneur, comme étant un de vos plus grands besoins dans l'état où vous êtes. Comme Dieu ne vous appelle pas à être rehgieuse, et que vous ne sauriez vivre dans le siècle sans quelques biens, il faut que vous usiez de ceux que Dieu vous donne. Mais le grand secret est d'en user sans y avoir attache, et quoiqu'on les possède, d'en conserver toujours dans le cœur l'aversion et le mépris. C'est ce que Notre-Seigneur exige de vous dans votre pro-

fessîon; car les richesses et les commodités de la vie ne sont pas faites pour nous posséder; et nous ne devons pas aussi les regarder comme des objets qui doivent occuper notre cœur, n'y ayant que Dieu seul qui le mérite ; mais elles ne sont faites, non plus que toutes les choses de la terre, que pour en user. Bsec ad obsequium, dit saint Augustin, hic ad solatium : Le monde est fait pour nous servir, et Dieu pour nous consoler. Notre-Seigueur même a vu la jouissance de toutes ces choses si méprisable et si importune, qu'il ne les à pas jugées dignes de l'approcher. Il s'en servait dans les rencontres, il en usait dans la nécessité , mais sans se rien approprier, quoique pourtant tout fût à lui, et qu'il en fût le maître. G'est ainsi que vous devez vivre au milieu des richesses que Dieu vous donne, n'en usant que dans le besoin ; mais les voyant si viles et si abjectes, que vous les jugiez indignes de mériter votre affection. Un cœur né pour Dieu ne se doit pas donner à des choses si basses.

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