A UNE DE SES PARENTES
Il rinstrait de la manière dont elle doit se comporter dans l'impuissance où Dieu la tient de s'appliquer a l'oraison.
Ma très chère fille.
Je ne vous envoie point de méthode d'oraison, parce qu'elle vous serait maintenant inutile. L'état où vous
(1) C'était la CXVIII* des imprimées. Bossuet en a cité quelques passages avec éloge.
(2) La fin de là lettre suppose que M. Olier l'écrivit à une de ses pa-
êtes est une impuissance manifeste, dans laquelle Dieu vous tient, afin que vous puissiez recevoir plus purement ses opérations divines. Il rend pour cela vos facultés naturelles inutiles et impuissantes à le servir, parce que, s'il vous en laissait la disposition entre les mains, elles pourraient servir d'empêchement à ses desseins, au lieu qu'étant entre les siennes, elles seront un moyen de procurer sa gloire. Car, habitant en vous intimement, et pénétrant votre être par sa substance, et vos facultés par lui-même, qui est éminemment toute faculté, et toute puissance, il les animera, les vivifiera, et les remplira de ses opérations divines ; et, comme le principal moteur et agent, il élèvera tout votre être à la vie divine, et à la contemplation de sa substance et de ses mystères.
Mais en attendant il faut que vous portiez toutes les épreuves nécessaires pour parvenir à cet état. Il faut que vous passiez par les renversements, par les ténèbres, par les confusions, par les sécheresses, par les langueurs, par les impuissances, et par toutes ces autres peines que Dieu vous fait sentir et qui servent à purger votre cœur. Ce grand laboureur fait de votre âme un champ d'agriculture. Vos agricuUura estis. Ce grand Dieu défriche votre âme, il en arrache les ron-
rentes, mais il n'est pas aisé de déterminer quelle elle était. Ce pouvait être Thérèse d'Aubray qui, comme on l'a dit, entra dans la communauté des Filles de l'intérieur, ou sa sœur Marie, qui fit profession au Carmel en 1654. L'une et l'autre le touchaient de bien près et probablement avaient été sous sa direction. Toutefois nous inclinerions à croire que c'est à sa belle-sœur. Renée de Thurin, femme de son frère le grand "audiencier, que M. Olier a écrit cette belle lettre. M. de Bretonvilliers nous apprend en effet que cette dame fut plusieurs années sous sa direction. « Il prit, dit-il, la conduite spirituelle de sa belle-soeur l'audiencière, et par ses soins elle fit de très grands progrès dans la vertu, menant une très sainte vie qui fut couronnée d'une heureuse mort. » {Mém. hist.surM. Olier.)
ces et les épines, il en ôte les plantes impures, pour y semer, après l'avoir aplanie, le bon grain de sa grâce et de ses lumières, et faire germer la semence qu'il y aura jetée. Ce sera le temps de son illumination, qu'il ne vous déniera pas, pour vous pouvoir porter après à l'union intime de son être, etàla communion de sa vie divine, de sa substance et de ses perfections. Mais présentement, dans l'état de croix et de peine où vous êtes, vous n'avez qu'à souffrir et à vous soumettre à Jésus-Christ, demeurant au pied de sa croix, et portant tous les effets de peine qu'il lui plaît vous imposer. Ayez respect pour sa justice, et amour pour sa bonté. Voyez sa grande douceur sur vous, de vous traiter avec tant de clémence après avoir mérité l'enfer. Je vous prie de souffrir ces états, d'adorer ses desseins sur vous, d'aimer ses saintes miséricordes dans leurs effets, et ses justices dans leur cause.
Je l'adore avec vous, ce grand Dieu qiii me manifeste sa bonté sur vous, et je me consacre de nouveau pour le servir, par les obligations que je lui ai de vous accepter à son divin service, et de vouloir bien daigner étendre ses soins et ses charitables bontés sur une créature qui me touche de si près, et qu'il m'a mise entre les mains. Il me semble que tous les coups de sa justice sur vous me touchent, que tous les rayons de sa clarté m' éclairent , et que tous les traits de son amour me pressent intimement le cœur. Adieu. Tout à vous en Dieu notre Tout.
LETTRE CCGLVII (1).