‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 297 sur 326 · A UNE PERSONNE MALADE · texte numérisé non relu

A UNE PERSONNE MALADE

Il loi montre qu'il faut aimer la croix.

Je viens d'apprendre l'état de votre maladie, dont je bénis la majesté de Dieu, puisque c'est sa volonté, et qu'il commence à vous mettre dans l'état où il réduit ceux qu'il aime. C'est là la vraie condition des chrétiens et des pénitents. Puisque vous avez péché,

(1) C'est la CXXVII* des imprimées.

il faut que vous fassiez pénitence, et que vous souffriez. Ce sera toujours faiblement, auprès du péché qui mérite la mort, le purgatoire, et souvent même l'enfer. Il faut donc regarder toutes les autres souffrances comme des grâces, des indulgences et des miséricordes.

Gomme chrétien il faut souffrir; autrement on ne porterait pas en soi l'image de Jésus-Chris I;, ne participant pas à ses souffrances et à sa croix, qui a été en lui continuelle. N'est-ce pas une chose honteuse de voir Jésus sur une croix, et nous regorgeant d'embonpoint et de santé? En vérité pouvons-nous être nommés ses vrais membres, et ses membres vivants, ne portant point en nous sa vie? Il faut avoir l'amour de la croix, et nous réjouir quand notre corps en est participant.

Enfin, quand et comment pouvons-nous donner à, Notre-Seigneur des preuves plus certaines de notre amour, que lorsque nous souffrons amoureusement pour lui, et que notre volonté ne veut point de soulagement à son mal qu'autant qu'il lui plaira, quoique le corps y résiste et demande le contraire? Il est si aisé de dire à Dieu qu'on l'aime ; et dans l'oraison, lorsqu'on a quelque sentiment, il est si facile de lui témoigner qu'on veut souffrir pour lui; mais souvent ce ne sont que des discours en l'air, et des paroles trompeuses qui nous abusent, et qui nous donnent de vaines complaisances en nous-mêmes. La marque du véritable amour est de souffrir humblement et amoureusement : humblement , reconnaissant que nos péchés méritent cet état; amoureusement, embrassant par esprit et par affection la croix que sa bonté nous envoie. Adieu.

LETTRE CCCLXXIX (1).

 UN DES GENTILSHOMMES QU'iL DIRIGEAIT.

II lui conseille de s'hamilier pour bOBorer îésns-Giirist ressuscité , et lai donne plnslenrs avis très utiles sur ce sujet.

[Au temps pascal.]

Monsieur,

Le temps de la Résurrection où nous sommes demande que nous adorions l'état parfait de Jésus-Christ en ce mystère. Il faut pour cela nous humilier en sa présence, et nous confondre de l'état de pécheur et de corruption où nous sommes réduits. Il faut désirer de rendre hommage par cet état à celui de Jésus- Christ, nous réjouissant de ce qu'il n'a rien de nos infirmités, et de ce que maintenant il est sorti de l'abjection où il vivait en ce monde, sous la résidence de la chair de péché. Il faut soupirer incessamment après cet esprit intérieur et adorable qui l'animait en terre, et qui fondait en lui la vie intérieure des chrétiens, leur préparant un esprit nouveau, tout opposé en ses sentiments à la vie grossière et maligne de notre chair.

Outre l'oraison mentale, que vous ferez pour cela assidûment par application à Jésus-Christ, toujours humilié et anéanti en son intérieur, et que vous ferez avec une grande simplicité, confiance, ferveur, et persévérance, vous userez de temps en temps de certains traits d'amour et d'élans vers ce même esprit de Jésus- Christ, par des élévations simples et ardentes, mais fréquentes, lui demandant qu'il vienne en vous comme

(1) C'est la cm® des imprimées.

principe de la vie chrétienne, et le suppliant de remplir votre âme des mêmes sentiments dont il remplissait celle de votre divin Maître; et entre autres du sentiment qui inclinait son cœur à rhumiliation, et lui faisait si fort aimer les choses basses et méprisables. Vous le conjurerez de détruire en vous ce désir si naturel à tous les hommes qui leur fait souhaiter la grandeur, et les porte à rechercher l'estime, l'amitié, la flatterie et l'applaudissement des créatures.

Vous pourrez, en ces élévations intérieures, vous servir de ces paroles de l'Écriture sainte, que prononçait si amoureusement la reine Esther, commefigure de l'humble reine du ciel, la sainte Vierge, en l'union de laquelle vous les pourrez dire : Mon Dieu, j'ai en horreur tout signe de grandeur et toute marque de superbe. Vous serez soigneux, dans les occasions d'estime et d'applaudissement, d'être en séparation et en éloignement de ces choses, redonnant tout à Dieu comme à l'auteur de toute perfection , et qui seul mérite de l'honneur et de la louange pour son ouvrage.

Vous, pourrez vous servir fréquemment de cette prière : Veni, Spiritus humilitalis, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende : Venez, Esprit d'humilité de Jésus-Ghrit, remplissez le cœur de votre serviteur, et y allumez le feu de votre amour.

S'il s'élève en vous quelque mouvement de superbe ou de complaisance pour vous-même, vous entrerez en zèle et en horreur contre vous, et contre ce fonds malin de péché qui vit en votre chair; ce que vous ferez en union à l'esprit intérieur de Notre-Seigneur, invoquant l'esprit d'humiliation du Fils de Dieu, et le priant de s'établir en vous, et d'y former des sentiments parfaits d'anéantissement. Vous pouvez même,

à cette intention, vous exercer pendant la journée à quelques mortifications extérieures de vos sens, et à quelque sacrifice intérieur et extérieur de vous-même.

Si, outre les désirs de superbe, vous vous trouvez quelquefois assiégé ou environné de pensées de vanité, il faudra vous unir encore intimement à Jésus-Christ en vous; car il faut se servir de toutes choses pour s'élever et s'unir à lui ; et comme il est la vraie lumière qui chasse le mensonge et son obscurité, il fera dissiper et évanouir tous ces fantômes. Que si, après l'union intime de votre âme avec Jésus-Christ, il reste encore quelque chose d'importun qui voltige autour de vous, méprisez tout cela. Car la peine que cela vous donne marque assez la condamnation et l'aversion de votre cœur, et les choses extérieures ne nuiront jamais à un esprit et à une volonté unis à Jésus-Christ en son intérieur.

L'àme, établie et renouvelée en Jésus-Christ, trouve en lui un fort qui lui doit faire mépriser toutes les attaques extérieures de l'ennemi, qui souvent ne nous approche, par la permission de Dieu, qu'afin que nous entrions soudain en notre forteresse, et que nous retournions à notre refuge, duquel, par négligence ou divagation inutile, nous nous étions éloignés.

Que l'âme fidèle se souvienne que plus elle est aimée de Jésus-Christ son Époux, plus il se sert d'inventions pour la tenir proche de lui , tantôt par tentations, tantôt par la croix, tantôt par la solitude, et tantôt par ses seuls attraits et par des sollicitations intérieures, qui suffisent souvent pour l'attirer à lui, et pour la mettre en état, qu'étant libre et dégagée de toutes choses et d'elle-même, il puisse la posséder pleinement.

Ne VOUS contentez pas aussi d'attirer à vous une fois ou deux seulement l'Esprit saint de Jésus-Christ; car il faut non seulement qu'il s'établisse en vous et qu'il y vive, mais qu'il y croisse, qu'il s'y fortifie, et qu'il consomme votre cœur dans les sentiments parfaits de sa vie humble et anéantie. C'est pourquoi, après que, par vos prières et par la contrition de votre cœur, il se sera établi dans votre âme, vous lui donnerez lieu d'y faire progrès : 1° par la mortification, 2" par l'action, 3" par la récollection en Jésus-Christ.

Ne perdez jamais les sentiments d'humiliation que vous aurez une fois puisés dans l'Esprit de Notre-Seigneur, qui, étant la source de votre vie, doit après abreuver, nourrir et vivifier toutes les œuvres, soit extérieures, soit intérieures de votre journée. C'est pourquoi, sans sortir de cet état d'anéantissement, exercez-vous souvent par des actes fréquents à de bas sentiments de vous-même, vous réjouissant devant Dieu de ce que votre vileté et votre abjection adore sa grandeur, sa majesté et sa magnificence. Il faut aussi vous exercer aux œuvres extérieures de bassesse et d'humiliation, autant que la prudence chrétienne le peut permettre, embrassant surtout avec plaisir celles que la providence divine vous présente en votre condition, et étant soigneux de les remplir toutes de l'esprit intérieur d'humiliation et d'anéantissement, qui vous tienne beaucoup au-dessous des actions les plus basses et les plus abjectes que vous pourriez pratiquer, sans interrompre jamais ces exercices, jusqu'à ce que vous ayez acquis une telle facilité, promptitude, joie et fidélité dans les rencontres qui se présenteront, que vous ne soyez jamais surpris pour quelque occasion que ce puisse être.

Comme VOUS devez porter partout le sentiment de votre propre abjection, soit dans les œuvres qui regardent Dieu, soit dans celles qui concernent le prochain, ou qui vous regardent vous-même, ne paraissez jamais devant Dieu que couvert de confusion, et anéanti en sa présence, comme un pauvre pécheur, rougissant d'être obligé de paraître devant lui en cet état. Si vous approchez des sacrements et que vous vous exerciez en quelque œuvre de piété, que ce soit toujours en cette disposition. Et si les sentiments de la grâce de Dieu semblent effacer quelquefois la honte et lever la confusion de votre âme, ne laissez pas de conserver toujours en vous cette même disposition d'anéantissement ; car quoiqu'elle paraisse cesser pour quelque temps, il faut qu'au premier retour à Dieu, et dans vos premiers exercices, après que ces sentiments familiers de grâce seront passés, vous la rappeliez aussitôt, la faisant comme sortir du fond intérieur où l'Esprit-Saint vous tenait recueilli.

Que si vous traitez avec le prochain, vivez aussi avec lui dans un esprit anéanti, adorant Dieu et ses divines perfections; ne souffrant jamais aucune pensée ni de mépris pour lui, ni d'estime pour vous; et prenant bien garde de ne dire jamais aucune parole pour paraître ou pour vous en faire estimer; car c'est ce que l'Esprit humilié de Jésus-Christ en nous ne souffre point; au contraire il opère en notre âme un oubli et une confusion de nous-mêmes, et une vue et estime de la perfection de nos frères en qui Dieu établit sa résidence. Et c'est là l'artifice amoureux de l'esprit d'humilité, d'ouvrir les yeux sur les perfections des autres pour y adorer Dieu qui les y met , et de ne voir en nous que nos défauts et nos imperfections, pour nous

tenir toujours, anéantis en leur présence. Ce n'est pas que l'esprit de religion et de gratitude envers Dieu ne nous ouvre bien aussi quelquefois les yeux sur les biens et les grâces qu'il met en nous, pour l'en remercier et l'en bénir en notre intérieur; mais pour l'humilité, elle nous les cache autant qu'elle peut, pour nous obliger à ne nous voir que comme dénués de tout, et indignes de toute grâce.

Ainsi, à l'égard de vous-même, il faut vous tenir toujours pour la chose la plus abjecte et la plus vile qui soit au monde. Car qu'y a-t-il de plus bas et de plus vil que le néant et le péché qui sont en nous? Par le néant ne sommes-nous pas dignes de tout mépris, de tout délaissement, et d'un entier oubli? Et par le péché dont nous sommes tous remplis, et dont toute la nature est abreuvée, ne sommes-nous pas dignes des injures les plus honteuses, des accusations les plus infâmes, des calomnies les plus noires, des contradictionsj des persécutions, des supplices, des agonies et des morts les plus sanglantes de la terre? En un mot tout ce que l'on peut faire, dire ou pensera notre désavantage, est au-dessous de ce que nous méritons, puisque nous ne pouvons, par nous-mêmes, mériter que l'enfer.

Enfin, pour quelque grâce que vous receviez de Dieu, n'oubliez jamais ce que vous êtes par vous-même. La vue de la foi vous doit rendre votre misère si familière, et vous devez être tellement instruit du fond de crime et de péché qui est en vous, que vous ne vous étonniez jamais de vos chutes, mais que vous ne vous estimiez aussi jamais pour les dons de Dieu, ayant toujours en vous un discernement habituel, par lequel vous voyiez distinctement les dons de Dieu en vous naissants de lui incessamment, et vos propres inisères

naissantes de votre fond et de l'abîme de votre impureté. En vue de quoi il faut que vous disiez souvent avec le Prophète : A vous seul, ô mon Dieu, honneur et gloire pour tous vos biens : et à moi confusion et mépris pour mes misères.

LETTRE CGCLXXX(l).

n loi propose nn sujet d'oraison sur la parabole de réconome qui avait dissipé le bien de son Maître.

[VHP dimanche après la Pentecôte. ]

Monsieur,

La parabole de cet économe qui fut accusé d'avoir dissipé le bien de son maître, et que l'Église nous donne à méditer dans l'Évangile, vous pourra servir demain de sujet d'oraison. Vous vous considérerez vous-même comme cet économe, et vous ferez réflexion sur le mauvais usage que vous avez fait des biens de Dieu; ce qui vous doit faire craindre ses jugements, et vous obliger à régler tellement votre conduite, que vous ne vous serviez désormais de tout ce que vous avez que pour sa gloire.

Vous adorerez pour cela, dans le premier point de votre oraison, Notre-Seigneur vivant sur la terre pour le service dé son Père, et usant de tout lui-même pour sa gloire. Il use de tous ses sens extérieurs et intérieurs

(1) C'est la CCXXIXe des imprimées.

(2) L'avant-dernier paragraphe semble indiquer que M. Olier s'adresse à quelqu'un des jeunes ecclésiastiques du séminaire qui, suivant les cours de Sorbonne, s'exerçaient dans les argumentations et les disputes des thèses.

pour lui ; il use de toutes les puissances de son âme et de toutes ses facultés pour sa gloire; il use de son esprit, de son temps, de ses biens corporels et spirituels, en un mot de tout ce que Dieu lui a donné pour Dieu même. C'est là la vie parfaite d'une créature vivante pour son Dieu, vie qui nous sert de reproche et de confusion, n'ayant presque jamais agi pour Dieu en toute notre vie, et n'ayant usé de nousmêmes que pour notre plaisir et pour nos propres intérêts.

Ensuite de cette vue, vous vous confondrez en sa présence de ce que, n'ayant dû agir que pour lui seul, vous n'avez presque fait autre chose, depuis le commencement de votre vie jusqu'à cette heure, que d'agir pour vous. Vous gémirez devant lui et lui demanderez pardon d'un si malheureux emploi de votre vie, et du mauvais usage que vous avez fait de tous ses biens. Vous demeurerez à ses pieds comme un pauvre criminel qui attend son jugement, et qai reconnaît mériter le supplice et la condamnation éternelle. Vous vous exposerez à porter tous les tourments et toutes les rigueurs qu'il plaira à sa divine justice exercer sur vous dans le temps et dans l'éternité.

Dans le second point de votre oraison, vous demanderez à Jésus-Christ Notre-Seigneur ce divin Esprit qui habitait en lui, et qui lui faisait faire usage de tout lui-même, de toutes ses puissances, et de tout son être pour Dièii son Père, espérant que ce même Esprit, par sa vertu divine, fera un entier usage de vous-même pour sa gloire. C'est à lui à opérer en nous le renoncement à nous-mêmes ; en sorte qu'en adhérant à lui, nous pouvons rebuter et réprimer tous les mouvements de la chair, qui veut agir pour elle et pour sa

p ropre complaisance. Il faut donc avoir recours à lui avec confusion de notre être maudit et malin, qui est tout confit en propres désirs, en appropriation à soi et en éloignement de Dieu.

Oh ! que nous sommes misérables d'être ainsi ensevelis dans un corps de péché qui ne recherche que soimême, qui est ennemi de Dieu, et qui ne vit que pour sa,^ propre complaisance I Oh ! que nous devons appréhender tous nos mouvements propres et nos désirs! Oh I que nous devons soupirer et gémir pour la liberté de ce corps de mort, et pour être délivrés de cette servitude de péché!

Dans le troisième point, vous ferez de fortes résolutions de renoncer à la chair en tout ce qu'elle demandera; résolutions qui doivent être si universelles, que, quand elle demanderait une chose juste, parce qu'elle ne saurait rien demander justement, n'étant rien dû. à une chair si maudite, si criminelle , et si ennemie de Dieu, vous ne devriez point l'écouter en quoi que ce pût être, vous contentant seulement de vous servir de ce qu'elle vous pourrait dire, comme d'un avertissement sensible pour consulter la foi et la lumière intérieure, afin de voir si sa demande est raisonnable , vous donnant pour cela à l'esprit de -Dieu, qui vous fera accomplir en sa vertu, et exécuter en ses intentions ce qui sera de sa volonté.

Vous examinerez aussi en particulier quels sont les appétits de votre chair que vous suivez le plus ordinairement, et qui vous empêchent de faire un bon usage de toutes choses pour Dieu. Si c'est la complaisance en vos entretiens, l'ardeur à contester, le désir de paraître et de vaincre, l'avidité dans le manger, la trop grande application à satisfaire votre goût, ou

la trop grande réflexion sur les plaisirs des sens^ comme sont les objets agréables à voir, à toucher, à ouïr, à flairer; si c'est l'attache à votre propre jugement, et à votre propre volonté, etc.

Enfin, vous tâcherez en toute rencontre d'adhérer au divin esprit du Fils de Dieu, afin qu'il vous sépare en sa vertu de tous vos propres mouvements, et que vous tenant dégagé de la chair en toutes choses, il vous fasse vivre uniquement pour sa gloire.

LETTRE CCCLXXXI (1).

 VNE DâME, sa fille SPIRITUELLE.

Snr la Nativité de la sainte Vierge, et snr le profit qu'on tire des croix.

[8 septembre.]

Ma très chère fille,

Je ne puis assez honorer et bénir la charité de Jésus en ce jour de la Nativité de la très sainte Vierge; et je ne saurais douter que les effets de grâce que vous portez, et dont votre lettre est remplie, ne soient les productions de l'esprit de cette très sainte Mère, dont les premières opérations ont regardé Jésus- Christ, étant née pour lui, et ne prenant accroissement de vie que pour lui seul.

J'avais bien cru qu'en ce saint jour, vous éprouveriez un renouvellement de grâce et de vie divine au fond de votre âme, et que votre cœur serait un des lieux qu'elle choisirait pour naître spirituellement, et pour vous faire sentir les mouvements principaux de

(1) C'est la XCVP des imprimées.

LETTBES DE M. OLIER. 465

sa vie. vie admirable, mais vie cachée et inconnue aux anges et aux homuies 1 bonheur incompréhensible que celui que nous donne la participation de cette vie ! félicité inconcevable aux sens, qui surpasse infiniment toute intelligence, et que l'homme animal ne comprendra jamais, et ne pourra jamais goûter en vivant à soi-même! Oh! qu'on quitte peu, et qu'on meurt à peu de choses, quand on trouve ce bien et cette vie divine, pour cette petite perte, et pour cette mort universelle atout ce monde! Mon Dieu! ma fille, que l'on dit peu, et que l'on est impuissant pour exprimer les richesses immenses de ce royaume de charité ! Le silence et la paix en sont les gardes, et celui qui possède ces trésors peut bien attendre en repos le bonheur éternel, qui seul surpasse cet état.

Il faut cependant être à Jésus-Christ crucifié, et demeurer en attente des exercices et des travaux qu'il prépare aux épouses et aux servantes qu'il a nourries, fortifiées et destinées aux peines de la croix. C'est là où il veut voir la fidélité de ses amantes, et recevoir le réciproque de l'amour qu'il leur a porté sur le Calvaire. C'est là où triomphe le pur amour. C'est là où il vit et où il règne dans sa vérité, et où rien d'impur ne peut avoir de part. C'est là où le vil est séparé du précieux, où Dieu raffine ses âmes comme l'or dans la fournaise, et où l'esprit est rendu digne de l'intime unité avec son Dieu. Car comme Dieu est saint en soimême, il ne peut rien souffrir en nous de grossier et d'impur. Il veut que tout y soit saint, parfaitement pur, et dénué de tout pour être tout à lui. Dieu nous délivre de tout ce qui n'est point lui-même. Ainsi soit-il.

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