‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 298 sur 326 · LETTRE CCCLXXXII · texte numérisé non relu

LETTRE CCCLXXXII

A UNE DE SES FILLES SPIRITUELLES

Il lui parle da pouvoir de la très sainte Vierge dans l'Église, et rexborte à y avoir recours dans ses peines.

Ma très chère fille,

Je ne vois rien à vous dire dans l'état où vous êtes, sinon que vous devez suivre l'attrait que Notre-Seigneur vous donne de vous retirer en la très sainte Vierge. Vous savez, il y a longtemps, et même par votre propre expérience, qu'elle est l'asile et le refuge des pécheurSj et vous devez être persuadée que, puisque Jésus-Christ, qui s'est établi en elle comme dans un trône de grâce et de miséricorde, vous y attire maintenant avec plus de force et plus de suavité que jamais, ce n'est que pour vous y faire trouver les secours qui vous sont nécessaires dans vos besoins présents. Allez donc à elle en toute confiance ; car il n'y a rien qu'elle ne puisse sur l'esprit de son Fils, par le principe de l'amour qu'il lui porte, duquel il ne se relâche jamais.

Si dans la nature il se trouve des amours si puissants, qu'ils réduisent des hommes à n'avoir rien à eux, et à n'être plus rien à eux, pour être tout à ce qu'ils aiment, en sorte que l'amant fait tout ce qu'il veut de la personne aimée; que sera-ce de celui de Jésus envers sa Mère, qui est si grand et si puissant, qu'on ne le peut comprendre? Car il est tellement à elle, qu'elle dispose de lui, qu'elle peut tout sur lui, qu'elle en fait tout ce qu'elle veut, qu'elle use de son pouvoir comme

(1) C'est la CCL<5 des imprimées.

d'une chose qui est à elle, et qu'elle l'applique à ce qu'elle veut ; tant Jésus aime Marie , et d'un amour qui est principe de cette grande puissance. Vous voyez quelquefois et sentez en vous ces vérités, et Notre- Seigneur même vous a fait expérimenter cet amour pour vous faire concevoir celui de Jésus- Christ envers sa Mère, que vous voudriez publier partout, afin de donner du crédit à l'amour, et afin de faire entendre le pouvoir de Marie en l'Église, et ensuite de lui acquérir de l'amour et de l'honneur parmi le monde.

Oh! que le monde perd de s'amuser comme il fait à l'impureté de l'amour de la terre, et à la vanité des choses de cette vie, au lieu de donner son cœur à Dieu, et de transporter en lui tous ses amours ! Quelles délices que celles de ce pur amour consommé dans les cieux! Il me semble voir Jésus et Marie tout consommés en un, qui ne sont qu'une même chose, et qui jouissent à plaisir de leurs innocents, purs et divins amours pour toute réternité. Je ne puis exprimer ce mutuel amour qui les transmet et les transporte l'un dans l'autre. Hélas! c'est un amour qui seul serait capable de faire un paradis. Alors le souhait du baiser, dont il est parlé dans les Cantiques, est accompli : l'épouse jouit de sa demande, elle confesse que l'Époux l'a introduite dans son cellier ; car elle regorge d'amour et des délices de l'Époux. Elle Ta tenu si bien captif, depuis qu'il s'est laissé aller à elle, et qu'il lui a permis de le trouver, qu'elle ne l'a point voulu quitter, jusqu'à ce qu'elle soit entrée avec lui dans les cieux. Elle n'est plus dans la peine de deriiander où il repose en son midi, puisqu'elle jouit de lui dans le séjour de la gloire. C'est là qu'elle est toute revêtue du Soleil, et qu'elle ne paraît plus en elle-

même, mais en Jésus-Christ, en qui elle est toute transformée au beau jour de l'éternité. Soyez fidèle à vous perdre en elle en cette vie, et vous serez avec elle perdue en Jésus-Christ, et pour le temps et pour l'éternité.

LETTRE CCCLXXXIII (1).

A UNE DE SES FILLES SPIRITUELLES

II la porte an pur amour de NOtre-Seignenr, et lai propose un exercice pour Honorer Sésns vivant en Marie.

Ma très chère fille,

Je ne vous écris ce mot que pour vous désaltérer dans la soif que vous avez d'entendre parler de Jésus et de Marie. Ne voulez-vous pas vous préparer tous les jours et vous disposer de plus en plus aux très chères visites de ce divin Époux? Il est toujours en attention sur les âmes, pour voir si elles sont en état de recevoir ses plus saintes caresses. Allons, ma fille, allons au pur amour. Ayons ce cher Jésus pour notre tout, et ignorons tout le reste. Oh ! qu'il est adorable, et qu'il mérite bien que l'on soit tout à lui ! Oh! quel désir n'a-t-il point de vivre dans nos âmes! Oh! quelle vie ne veut-il pas répandre dans nos cœurs! Avez- vous oublié cette adorable vie de Jésus en Marie? cette vie qu'il répand en elle continuellement; cette vie dont il l'anime, aimant en elle, louant en elle, et adorant en elle-même Dieu son Père, comme un digne supplément de son cœur, dans lequel il se dilate et se multiplie avec plaisir. Quelle est l'adorable et l'admirable consommation de cette âme en Jésus ! admirable consommateur, renouve-

(I) C'est la CCXXXVIIP des imprimées.

lez cette vie, et la continuez pleinement en l'Église.

Souvenez -vous de ce que je vous ai dit autrefois, que la vie de Jésus et son amour dans le reste de son Église, et même de ses apôtres et de ses plus chers disciples, n'était rien approchant de ce qu'il est dans le cœur de Marie. Il y habite en plénitude. Il y opère en l'étendue de son divin esprit. Il n'est qu'un cœur, qu'une âme, qu'une vie avec elle. Toutes les autres créatures n'approchent point de ce qu'elle est. Combien de fois ce divin Sauveur a-t-il gémi au sortir de ses entretiens avec sa Mère, lorsqu'après avoir vu ce qu'elle était, il considérait la dureté et la propriété de ses apôtres ! Quel monstre à ses yeux, après avoir remarqué l'anéantissement de Marie, de voir les recherches propres de ses disciples ! Ouvrons, ouvrons nos cœurs à Jésus- Christ, et laissons-nous à lui pour être tout pénétrés de cette admirable vie qu'il répand en cette divine créature. Entrons dans l'amour de Jésus envers Marie, et dans le respect de Marie pour Jésus, et souvenons-nous que jamais leurs amours n'ont eu de langueurs, quoiqu'ils aient été traversés et remplis d'amertumes, mais qu'ils ont toujours été croissants jusqu'à leur totale consommation dans le ciel. Vous savez bien que c'est l'union à ce divin mystère qui fait le même effet dans les âmes ; et vous voyez assez où va cette dévotion pour le repos et la tranquillité de votre cœur. Adieu.

Voici un exercice qui vous pourra servir pour honorer Jésus-Christ vivant en la très sainte Vierge, et dont vous userez selon votre attrait.

Je vous adore, ô mon divin Jésus, résidant et vivant en la très sainte Vierge.

J'adore vos grandeurs et vos perfections dont son âme est revêtue.

J'adore votre règne sur elle et l'absolu pouvoir qui régit tout son être.

J'adore votre vie, qui remplit et anime son cœur et toutes ses puissances.

3'adore l'abondance des dons, la plénitude des vertus, et la fécondité des grâces que vous mettez en elle pour toute votre Église.

Divin Jésus, régnez en elle, et par elle sur nous à jamais.

Divin Seigneur, votre puissance est adorable, votre joug et votre règne est toujours suave, mais il n'est jamais plus suave que sous ce trône d'amour.

Que volontiers nous venons aux pieds de ce saint tabernacle vous y rendre nos devoirs, et vous prier de détruire en nous ce qui s'oppose à votre règne et à votre viel

Divin Jésus, vivifiez nos cœurs; ne souffrez plus en nous d'autre vie que la vôtre; détruisez et anéantissez tout ce qui lui est contraire. Faites en nous comme en votre Mère; que vous y soyez tout seul vivant, et que tout ce qui est de mortel soit absorbé en votre vie.

Faites que les vertus de votre esprit s'établissent en nous comme en elle, et qu'en sa même vertu tout ce qui se sent de la corruption de la chair soit détruit et anéanti.

Quelle admirable communion que celle qui se fait de l'esprit, de la vie et des vertus de Jésus dans votre âme, ô ma divine Mère ! 11 me semble que vous n'êtes qu'une avec Jésus, tant il est en vous, et vous consomme en lui.

Adorable modèle de la communion des chrétiens, plût à Dieu que votre divin souvenir put remplir notre

âme de sa sainte abondance, et de la plénitude de sa vie, comme il vous vivifie, ô divine Maltresse I

Divin Jésus, vivez en nous par votre Mère, et répandez en nous la plénitude de vos dons et de vos saintes grâces, pour être un avec vous et avec votre très chère Mère.

LETTRE CCaXXXïV (1).

A UNE DAME SA FILLE SPIRITUELLE

A l'occasion de la fête de saint Alexis, il Texnorte ft ranëautissement intérieur.

[16 juillel.]

Ma très chère fille,

La fête de demain m'oblige de vous prier de préparer votre âme à recevoir votre divin amour. Vous lirez pour cela, si votre loisir vous le permet, la vie de saint Alexis que l'Église respecte, et qui mérite des devoirs et des hommages particuliers des âmes appelées à la vie cachée et inconnue de Jésus-Christ. Vous verrez en la vie de ce grand saint une expression parfaite de l'anéantissement du Verbe, qui doit être le fond de toute votre grâce et de la bénédiction que vous devez attendre à l'avenir, laquelle sera aussi grande que votre anéantissement intérieur sera parfait. Voudriez-vous laisser quelque chose de propre en vous qui ne fût pas anéanti? Voudriez-vous qu'il y eût quelque chose en vous qui ne fût pas absorbé et abîmé en Jésus-Christ?

Ma fille, en cas qu'il restât quelque chose de vivant en

(1) C'est la CLXXVP des imprimées.

VOUS qui ne lui fùtpas encore livré, faites que ce soit demain la fête de votre perte en Dieu ; et faites pour cela une protestation solennelle de vouloir vivre en abnégation totale de vous-même, par une oblation, consécration et consommation parfaite en Jésus-Christ. J'espère que Notre-Seigneur vous fera cette grâce, que vous devez aussi tâcher de vous procurer, par toutes les ouvertures et tous les moyens que le ciel vous présentera. Adieu.

LETTRE CCCLXXXV (1).

n lai propose qnelqaes considérations pour la fête des saints An^es (2).

[Vers le !«' octobre 1648.]

Monsieur,

La fête que nous faisons demain vous donnera assez de quoi vous occuper, si vous considérez les grands devoirs auxquels elle nous engage. lime semble qu'elle exige particulièrement de nous une profonde révérence et religion envers Dieu, un grand amour pour Jésus-Christ, une sainte société avec le ciel, une humble reconnaissance envers les anges, une parfaite sainteté envers nous-mêmes. Vous adorerez en foi la conduite de Dieu , qui envoie ses anges sur la terre pour des

(1) C'est la CCX» des imprimées.

(2) On Toit dans la Vie de M. Olier que la fête des saints anges gardiens fut célébrée pour la première fois à l'église de Saint- Sulpice le 1"" octobre 1647 (t. II, p. 284) -.mais M. Olier était, ce jour-là, à Grenoble, et sa lettre suppose assez clairement qu'il se trouvait à Paris lorsqu'il l'écrivit. Elle serait donc au plus tôt de 1648. En 1649, il était à Liesse, le jour de Saint-Michel.

raisons très augustes en sa sagesse, quoique nous en connaissions fort peu de chose.

Le premier sujet qui l'a porté à nous donner des anges, a été pour figurer la descente de Jésus-Christ sur la terre, et pour préparer les liommes à sa venue. Comme il conduit toujours ses œuvres avec des convenances admirables, il a voulu qu'un si grand et si auguste mystère que celui d*un Dieu en terre, qui est le chef-d'œuvre prodigieux de son amour, fût figuré par quelque chose de moindre, et que les anges descendissent du ciel pour être proches de nous , et pour vivre en société avec nous, afin de préparer nos cœurs à la descente du Verbe, qui devait venir pour habiter en nous.

Dieu avait préparé le monde à la venue du Verbe par la loi, qui y servait de disposition , quoique très •i faible, parce qu'elle ne contenait que des éléments morts et sans vertu; mais les anges sont des aides, invisibles à la vérité, mais vivants, animés et puissants pour le salut. En quoi nous avons à admirer la sagesse de Dieu en sa conduite sur son œuvre, et en sa charité envers nous, de nous donner de tels secours, et de telles aides pour connaître son Fils.

Saint Jean-Baptiste fut appelé l'Ange des Juifs qui les préparait à recevoir Jésus-Christ; mais ce que Dieu fait dans l'Église pour les chrétiens, est bien plus grand et plus consijdérable ; car il ne leur envoie pas seulement un saint Jean pour eux tous, mais il leur donne à chacun un ange qui les touche, qui les accompagne, qui les éclaire, qui les vivifie, et qui, pour le dire ainsi, les baptise, non en l'eau, mais en l'esprit, par des opérations divines , et qui en même temps les met en part de sa religion envers Dieu.

Le second sujet qui a porté Dieu à nous donner des anges est ce que nous lui sommes; car nous sommes ses enfants, les membres et les portions de son Fils, et les temples de son Esprit. Or, parce que nous sommes ses enfants, il nous donne pour gouverneurs les princes de sa cour, qui se tiennent même bien honorés de cette charge, à cause que nous avons l'honneur de lui appartenir de si près. Parce que nous sommes ses membres, il veut que ces mêmes esprits qui le servent, soient toujours auprès de nous pour nous rendre mille bons offices. Et parce que nous sommes ses temples, et que lui-même habite en nous, il veut que nous ayons des anges qui soient en religion vers lui, comme ils sont en nos églises, et que là ils soient en hommage perpétuel vers sa grandeur, soit pour eux-mêmes, soit encore pour nous, suppléant à ce que nous sommes obligés de faire, et gémissant souvent pour les irrévérences que nous commettons contre lui.

Le troisième sujet pour lequel Dieu nous a donné des anges est pour faire une étroite union entre l'Église du ciel et celle de la terre. Il a uni dans le ciel les chœurs des anges et de toutes les hiérarchies célestes ; et sur la terre , ayant composé un corps à part, qui est l'Église, il veut le lier avec le premier et l'invisible, qui est celui de ces esprits célestes.

C'est pourquoi il fait descendre en terre ce corps mystérieux des anges, qui, s'unissant à nous, et nous liant à eux, nous mettent ainsi dans leur ordre, pour ne faire qu'un corps de l'Église du ciel et de celle de la terre. C'est ce qui nous oblige de vivre en conversation et en société perpétuelle avec les anges et avec les saints. N'est-ce pas une grande grâce d'entrer ainsi en commerce, en communication et en société avec

cet admirable corps? Quelle imitation de religion, d'amour, de séparation et de dégagement de toutes choses ne devons- non s point avoir, voyant dans les anges et dans les saints tant d'application à Dieu, tant de force, tant d'amour et tant de dégagement des créatures I Mais quelle reconnaissance ne leur devons-nous point aussi pour tous les bons offices qu'ils nous rendent à toute heure I

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