‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 299 sur 326 · LETTRE CCCLXXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE CCCLXXXVI

A quelqu'un de ses disciples.

Sur la Mte de toas les Saints.

Monsieur,

Puisque vous désirez que je vous écrive quelque chose sur le mystère de ce jour, je vous dirai que vous le pouvez considérer comme la grande fête de Jésus- Christ, de Dieu le Père et de son Saint-Esprit. C'est la vue que j'en ai eue ce matin en m'offrant à Notre- Seigneur pour satisfaire à votre désir. Car il m'a semblé premièrement que la fête de tous les Saints était une des fêtes de Jésus-Christ, et des plus importantes ; en sorte qu'elle me paraissait même plus grande, en quelque manière, que celles de Pâques et de l'Ascension; car c'est ce mystère qui rend Notre-Seigneur parfait; c'est ce jour qui le met dans le point de son dernier achèvement : /» virum perfectunij in mensuram œlatîs pîeniludinis Chrisli. En cette solennité, le Fils de Dieu se fait voir accompli dans ses méinbres. Il

(i) C'est la CCXXXV» des imprimées; elle a beaucoup de rapport avec un autre écrit de M. Olier sur la fête de la Toussaint, que l'on conserve à Saint-Sulpice.

parait comme un homme parfait, en qui toutes les parties de son corps glorieux sont portées à leur perfection. Car tous ses membres paraissent en ce jour comme au saint iour de l'éternité, selon que le Père éternel les portait dans son sein, et qu'il les avait formés en ses divines idées et en ses desseins éternels. C'est ce Christ accompli en qui Dieu le Père prend toutes ses complaisances, et dont il était dit que Dieu de toute éternité prenait ses délices en lui : Deliciœ mese esse cum filiis hominum. Jésus-Christ comme chef n'est pas parfait ni accompli, s'il n'est uni à tous ses membres; et, quoiqu'il soit glorieux en sa résurrection, et même accompagné des prémices des saints en son ascension, il n'est pourtant accompli dans toute l'étendue de sa perfection , que dans toute la multitude de ses membres entiers, qui sont tous les saints ensemble. C'est pourquoi il faut beaucoup honorer et respecter tout ce corps adorable de Jésus-Christ et de ses membres, dans toute l'étendue de leur gloire, en laquelle ils paraissent aujourd'hui.

Cette fête lui est encore très glorieuse, à cause qu'elle fait voir et manifeste la vie qui est cachée en lui, et qu'elle explique ce qu'il est en son intérieur. Sa vie était renfermée auparavant en lui-même ; son intérieur n'était connu que de lui seul et de son Père, et l'étendue de son cœur et de son âme n'était point découverte ni manifestée au dehors. Mais en ce jour de tous les Saints son intérieur se manifeste, il s'explique en toute son étendue, il se découvre et se dilate en eux, et ces divins parfums qui étaient renfermés dans son sein, et dont l'odeur n'était point connue, se répandent dans toute l'Église, et se font sentir jusques devant le trône de Dieu, où ils montent en odeur de suavité.

LETTRES DE M. OLŒR. 477

C'est ce qui fait que cette solennité est une fête bien glorieuse à Jésus-Christ, dont les richesses et les trésors paraissent en tant de saints, desquels toute rexcellence et la perfection n'est rien qu'une émanation partagée de son esprit répandu en eux tous.

Secondement, cette fête me parait être aussi la fête de Dieu le Père; car elle manifeste la beauté de sa vie, qu'il a premièrement répandue en secret en son Fils au saint jour de l'éternité, et en celui de l'incarnation, et qu'il a ensuite expliquée au saint jour de la résurrection , et dilatée au jour de tous les Saints. Mortui estis, dit saint Paul, et vita vestra est abscondita cum Christo in Deo. Cum Christus apparuerît vita vestra^ tune et vos apparebitis cum ipso in gloria. , Vous êtes mortSy dit cet Apôtre parlant aux chrétiens comme nouvelles créatures, votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu, lequel vous vi^dfie intérieurement, et vous rend participants de sa vie divine dans le fond de votre âme, et dans le secret de votre cœur, comme il en a rendu participant son Fils qu'il animait de sa vie. Et comme cette divine vie , qui a été cachée en ce Fils adorable durant sa conversation sur la terre, a été révélée et manifestée au jour de sa résurrection, de même paraitra-t-elle, en sa splendeur et en sa beauté divine, dans tous les saints au jour de leur résurrection et de leur gloire. Si bien que, comme Dieu, pour faire voir la vie immense qui est cachée en lui, cette vie fontale et originelle, cette vie universelle de toutes choses, a formé un monde, et a produit tant de millions et de millions de créatures vivantes, qui font voir par la diversité de leurs vies l'immensité de cette première vie qui est en lui ; de même ce grand Tout, voulant manifester non seulement les vies communes qui sont

comprises en lui, comme sont toutes les vies des créatures grossières et animales j et même les vies naturelles le plus épurées, comme sont celles des esprits angéliques, mais encore sa vie suréminente et divine, sa vie sainte et glorieuse, il a produit ce monde nouveau, ce beau monde de l'Église triomphante, qui n'est qu'une émanation de lui-même, sortant en ses saints, se répandant en eux, et leur communiquant sa vie glorieuse et divine.

Ainsi cette fête est la fête de Dieu le Père, puisqu'elle manifeste sa vie d'amour et de lumière, sa vie suréminente et divine ; et elle lui est même très glorieuse, parce que toute l'occupation des saints est de manifester la grandeur et les louanges de son adorable majesté. Exaltalîones Dei in faucibus eorum. Tout leur être est pour cela, et c'est la seule chose qui les occupe dans leur consommation. Le Verbe a deux choses en soi qui sont à la gloire de son Père. Car non seulement il manifeste sa vie par la génération, qui' étant une émanation d'une personne vivante d'une autre personne vivante, fait que le Fils manifeste la vie du Père, mais encore il fait connaître ses excellences et ses perfections. Ainsi tous les saints qui font le Christ mystique, manifestent en eux sa vie, et font connaître par leurs louanges et leurs hommages ces mêmes perfections.

Cette fête est encore la fête du Saint-Esprit, puisque 1" c'est dans ses saints comme dans ses temples qu'il s'explique de son amour ; 2" c'est dans cette société bienheureuse réduite par lui à l'unité, qu'il fait rendre à Dieu le Père tous les devoirs des créatures; 3° en les consommant tous à la gloire de Dieu dans son feu divin, pour n'en faire qu'une victime pure et sainte, et digne de Dieu même, il fait que Dieu reçoit tout ce qu'il peut

attendre de sa créature : savoir qu'elle s'anéantisse pour lui, et qu'elle se perde en lui-même pour sa louange et pour sa gloire. C'est l'état où il faut que vous désiriez beaucoup d'entrer, et après lequel vous soupirerez durant toute cette octave.

Vous pourrez pour cela adorer avec une profonde vénération cette vie de Dieu répandue dans tous les saints; vous honorerez Jésus-Christ les animant tous et les consommant par son divin esprit pour ne faire de tous qu'une même chose en lui. Vous respecterez ce même esprit, et ses divines opérations en eux qui sont si admirables, que, comme l'essence divine ne fait qu'une seule chose des trois personnes qu'elle remplit, ainsi les saints sont tous réduits dans une sainte et mystérieuse unité par cet adorable esprit de Dieu qui les remplit et les consomme. Que d'admirables opérations de ce divin esprit en eux! Que de merveilles et de prodiges ! Oh ! la pure et la sainte religion que celle qu'il répand dans ces âmes! Il est en elles comme dans des temples de sainteté où Dieu désire d'être honoré; il y est comme en des murailles vivantes, et susceptibles des louanges divines, les remplissant de tous les honneurs et des hommages que cette adorable majesté veut recevoir en eux. C'est lui qui est en eux le chantre des louanges divines ; c'est lui qui leur met tous . leurs cantiques en la bouche; c'est par lui que tous les saints le louent et le loueront dans toute l'éternité. C'est ce qui mérite nos adorations et nos respects, et ce qui vous servira d'occupation dans le premier point de votre oraison.

Vous, y admirerez aussi et honorerez l'état des bienheureux, qui n'ont rien d'eux-mêmes, qui sont tous vides d'eux, qui sont plus en Dieu qu'en eux-mêmes,

estimant infiniment ce bonheur qui les met en participation intime de l'être divin, et qui les rend vivants de sa vie divine. Vous louerez Dieu de ce chef-d'œuvre, et d'avoir voulu faire ce grand bien à nos frères, de les rendre ainsi participants de lui.

Dans le second point il ne faut point, vous lasser de demander cet esprit régnant et possédant les saints, afin qu'il opère en vous sur la terre ce qu'il opère en eux dans le ciel. Vous lui demanderez qu'il commence d'exercer dès à présent en votre àme sa sainte et sa très pure religion envers Dieu, et qu'il soit lui-même en vous votre chantre, votreinstrument de musique et votre voix ; qu'il soit cette sainte harmonie qui charme le cœur de Dieu ; en un mot, qu'il commence en vous dès ce jour l'ouvrage des louanges de Dieu; qu'il y doit continuer toute l'éternité. Et pour cela vous le prierez de vous vider de vous-même, de vous anéantir, d'abimer votre chair, et de la rendre comme un néant, et comme un vide capable de le recevoir, afin qu'il agisse en vous , et s'y dilate en toute la plénitude qu'il désire.

Pour le troisième point, il faudra en la vertu de ce même esprit renoncer à tout vous-même, et en particulier à ce que vous voyez qui vit le plus en vous, lui demandant qu'il use en vous de sa puissance et de sa vertu pour vous anéantir, et pour vous rendre fidèle de votre part à ses lumières et à ses grâces, selon les occasions qu'il vous en donnera pendant le jour. C'est ce que vous devez attendre de sa bonté. Si vous lui êtes fidèle pour renoncer à vous, il vous le sera pour vous avertir de votre devoir, et pour vous éclairer dans le besoin. Soyez donc exact en toutes choses à renoncer à vous. C'est le grand combat de la vie, et qui doit durer jusqu'à la mort. Au jour de l'éternité, où tout sera

consommé en Jésus-Christ, il n'y aura plus de résistance, etl'esprit opérera en pleine liberté. Mais ici, où la chair vit toujours, il y a sans cesse à retrancher et à anéantir en nous.

LETTRE CCCLXXXVII (1).

A UNE DAME QU'lL DIRIGEAIT (2).

Avec quelles dispositions on doit lire sainte Gertrude. L'utilité de cette lecture, et quel a été l'esprit de cette sainte.

Ma très chère fille,

Je me sens obligé de vous écrire sur la lecture de sainte Gertrude dont vous me parlez dans votre lettre. Je suis consolé de voir que vous la continuez, nonobstant quelque petit dégoût que vous y ressentez, et dont je ne m'étonne pas ; car, pour n'en point avoir, il y faut quelque précaution. Quand vous aurez été instruite de quelques fondements et principes spirituels dont vous devez être prévenue, vous la trouverez, s'il plaît à Notre-Seigneur, plus profitable.

Il faut donc que vous sachiez que Notre-Seigneur Jésus-Christ est très riche dans les voies d'amour et de communication qu'il tient sur les âmes, et qu'elles méritent toutes d'être adorées. Il ne faut pas seulement examiner les voies extérieures qu'il tient sur chacune, mais la charité avec laquelle il se donne, et les grands trésors de grâces, les richesses secrètes et les vertus cachées qu'il communique sous ces voiles.

(1) C'est la CLIVe des imprimées.

(2) On ignore son nom, mais toute la lettre montre que c'était une âme très élevée en grâce ; l'avant-dernier alinéa la dit attirée à la vie de la pure foi.

Sainte Gerlrude, à cause de sa simplicité et de sa profonde humilité, a porté Notre-Seigneur à la traiter d'une manière singulière, sous laquelle il l'a pleinement enrichie. Mais ce n'est pas l'extérieur des voies de Jésus-Christ sur elle qui l'ont sanctifiée, c'est le fond de son amour.

Il a traité sainte Thérèse autrement que cette sainte; sainte Catherine de Gênes, autrement que sainte Thérèse; sainte Catherine de Gènes, autrement que sainte Catherine de Sienne. Et cependant il les a toutes traitées selon le fond de leurs dispositions intérieures. Honorez beaucoup dans la foi l'esprit d'enfance qui régnait en cette grande sainte, et qui a obligé Notre- Seigneur à traiter avec elle avec tant de familiarité et de simplicité. C'était une colombe tout enfantine que cette âme, de laquelle Dieu s'est voulu servir pour éclairer son ordre, qu'il désirait être appliqué à l'intérieur de son Fils, qui dans ce siècle-là n'était pas fort découvert. C'est pour cela qu'il lui a donné des instructions sensibles, pour les rendre plus intelligibles à tous.

Je ne doute pas que, comme vous avez été instruite à fond, dans la lumière de là foi, de la vie intérieure de Jésus-Christ à laquelle il faut communier pour toutes choses, ces instructions particulières ne vous paraissent, dans ses œuvres, moins étendues que ce que vous en avez appris. Mais il faut adorer le fond de Jésus-Christ, qui se communique comme il lui plaît, et qui remplit ses épouses de sa divine charité et de ses richesses spirituelles, selon son bon plaisir. Les unes il les enrichit d'argent, les autres d'or, les autres de pierreries. Mais il y en a à qui il ne semble donner que des tableaux, lorsque, sous les moindres

paroles, et sous les apparences et les signes les plus faibles, il daigne visiter ces ckères âmes.

Je vous supplie de vouloir user de la foi, aussi bien dans votre lecture que dans votre oraison, et dans le reste des actions de la journée. Adorez et admirez, en cette sainte vertu de la foi, le grand soin et le grand amour qu'a Jésus-Christ de continuer encore son divin mystère de l'Incarnation, en se rendant visible aux âmes qu'il trouve disposées à ses grâces. Honorez le parfait esprit d'enfance de cette petite vierge. Respectez en foi la grande simplicité de son âme, l'humilité de son cœur et l'abnégation totale d'elle-même. Son esprit de mort lui a mérité la vie de Jésus-Christ. Liez-vous souvent à cette âme divine, pour entrer en son esprit d'enfance et de simplicité chrétienne.

Permettez que j'ajoute ici une raison, quoique vous n'en ayez pas besoin, pour laquelle je vous ai donné cette lecture. C'est que,vous voyant attirée au dénùment intérieur et à la vie de la pure foi, je désirais vous précautionner contre la lecture de plusieurs livres spirituels qui en ont écrit depuis quelque temps, dans lesquels il y a quelque chose de solide à désirer, et qui ne doivent être lus qu'avec quelque précaution, sans quoi les âmes courent grand risqiïe de tomber dans l'oisiveté et l'inutilité, et même dans l'illusion et le découragement. Tels sont quelques livres contemplatifs, qui vont à tirer l'âme de l'occupation et de la liaison de l'humanité sainte de Jésus-Christ, pour se jeter en la Divinité sans aucune vue et sans aucun soutien (1). Or, comme je vois que la lecture

(I) M. Olier fait allusion à une doctrine que Molinos soutint un peu plus tard et qui fut condamnée par Innocent XI en 1687. La 35° proposition condamnée porte que les âmes intérieures ne doivent pas faire

de sainte Gertrude tend toujours à lier l'âme à Jésus- Christ, j'étais bien aise de vous y fortifier.

Quand je vous parle de l'union et de la liaison au Fils de Dieu, je ne veux pas contredire à la conduite de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur sainte Madeleine dont vous me parlez dans votre lettre. Il la rebuta des embrassements qu'elle voulait lui donner, et de la liaison qu'elle voulait prendre avec lui, lui disant de ne le pas toucher, à cause qu'il n'était pas eacore monté à son Père. Mais pour bien entendre ce passage, il faut savoir que Notre-Seigneur était présent à sainte Madeleine dans une forme humaine et corporelle ; et il l'avertit qu'il remettait ses unions et ses liaisons plus intimes au temps qu'il serait monté à son Père, où il serait dans son état spirituel, et parfaitement divinisé. Cette union à Jésus-Christ en son état spirituel, est l'unique voie pour entrer en Dieu, et pour avoir accès à lui. C'est lui qui doit être toute votre oraison ; c'est lui qui doit rendre tous vos devoirs à Dieu, et faire toutes vos demandes; c'est lui qui doit louer et adorer Dieu en vous, et sans lui vous ne pourriez le bien faire. Vous ne devez donc jamais cesser de vivre en liaison à Jésus-Christ en tout, comme étant l'unique voie pour parvenir et plaire à Dieu. Sans ce soutien tous les contemplatifs s'égareront toujours.

Le très indigne serviteur de Jésus, et le vôtre en lui, et en sa divine Mère.

des actes d'amour envers la sainte Vierge, les saints et l'humanilé de Kotre-Seigneur Jésus-Christ, parce que ces objets étant sensibles, l'amour que l'on a pour eux l'est aussi. (H. Denzinger, Enchirid., p. 337.)

LETTRES DE M. OLIBR. 485

LETTRE CCCLXXXVIII (1).

De sa dévotion envers saint Ambroise.

[7 décembre.]

Je dois beaucoup à saint Ambroise, que l'Église honore aujourd'hui, et dont elle solennise la vocation à l'épiscopat, au lieu du jour de sa mort et de sa translation dans le ciel. Elle semble par là nous vouloir exprimer la sanctification parfaite , et la plénitude de grâce dans laquelle ce saint a vécu, depuis qu'il a été appelé à cet état jusqu'à sa mort, s'étant comme trouvé dans une consommation d'amour achevée en ce moment, semblable en quelque manière à celle des saints au moment de leur gloire. Je pense vous avoir dit autrefois comme, dans le temps de ma vocation au saint service de l'Église, il m'avait été donné pour patron et pour protecteur avec saint Grégoire (3); et cette obligation m'a laissé tant de tendresse pour lui et tant de zèle pour son service, qu'il n'y a rien que je ne voulusse faire pour lui en rendre des témoignages.

Je vous supplie de vouloir suppléer à mes devoirs, espérant que Notre-Seigneur et sa divine Mère vous en donneront la grâce, et recevront avec plaisir ce supplément. Je ne laisserai pas de m'y joindre avec l'Enfant Jésus, qui, au temps de l'élection de cet illustre

(1) C'est la CLXXXIVe des imprimées.

(2) Ces mots : Je pense vous avoir dit autrefois comme dans le temps, etc., permettent bien de supposer que M. Olier a écrit cette lettre à un de ses disciples, et même probablement à un des plus anciens.

(3) Vie de M. Olier, t. I, p. 67-68.

prélat, déclara par la bouche de ce petit enfant, qui cria hautement : Ambroise évêque, le choix qu'il faisait en l'Église de ce grand saint, qu'il devait revêtir de sa sagesse et de la force qu'il lui avait acquise, comme au reste de ses membres, par le silence et par l'infirmité de son enfance.

Oh! s'il y avait encore quelques cœurs comme celuilà dans l'Église, que Jésus-Christ serait glorifié et honoré dans le monde! Oh! s'il plaisait à sa bonté, et à l'amour qu'il a pour Dieu son Père, de ressusciter cet esprit! Et pour vous dire simplement le désir de mon cœur, il me reste toujours un souhait très ardent d'aller au tombeau de ce saint, pour l'invoquer sur l'Église, sur le clergé et sur son pauvre serviteur, qui désire vivre et mourir pour la gloire du royaume de Dieu. Adieu.

Tout vôtre en Jésus et Marie.

LETTRE GGCLXXXIX (1).

A UNE DAME, SA FILLE SPIRITUELLE

II rexborte à lal bien découvrir toutes ses pensées et ses sentiments, toncliant un dessein qu'elle avait, afln qu'il puisse discerner ce que Dieu demande d'elle.

Ma très chère fille ,

Je me sens soulagé de vous voir fortifiée en esprit pour porter votre croix. J'en bénis Dieu de tout mon cœur, et je me trouve en repos de vous voir résolue d'exécuter votre dessein. Je vous demande toutefois cette grâce de m'écrire toujours, dans la simplicité et dans la confiance d'un véritable enfant, quelles sont

(1) C'était la XIV des imprimées..

sur cela les dispositions de votre cœur. Je vous l'ordonne dans tout le pouvoir que Notre-Seigneur me donne sur votre âme.

Vous savez bien, dans les affaires de cette conséquence, combien il faut être attentif à Dieu et à la voix de l'Époux dans le cœur. C'est à moi à discerner la voix de l'amour-propre et celle de la charité de Jésus- Christ sur vous. C'est pourquoi ne feignez point de m'exposer vos répugnances, vos difficultés et vos inclinations. Sans cela vous pourriez être trompée, et ne recevoir pas les avis et les ordres que vous avez à observer, soit pour les choses que vous devez faire, soit pour le temps où vous les devez faire. Soyez fidèle à votre Père, ma chère fille, et ne lui tenez rien caché. Ouvrez-lui toutes choses , et lui exposez tout avec sincérité. Encore une fois , ma fille , mandezmoi nettement vos sentiments sur cette affaire, et les dispositions les plus intimes et les plus foncières de votre cœur. Je gémirais si j'ignorais quelque chose de vos pensées , de vos inclinations et de vos sentiments.

Faites-moi savoir surtout si vous avez quelque vue de pouvoir subsister où vous êtes, et s'il y a quelque chose un jour à y espérer pour le service de Notrë- Seigneur. Dites-moi tout ce que vous en pensez, afin de ne rien omettre à peser devant Dieu, et de lui recommander le tout. Aidez-moi à sauver votre âme et à accomplir la sainte volonté de Jésus.

Adieu, ma fille. Tout vôtre en Jésus pour toute l'éternité et pour les moments de la vie présente. L'affaire ne sera point sue de ma part. Je sais assez la consequencedusecret.il est bonde la cacher et de n'en parler qu'à ceux que Dieu a ordonnés sur vous, où le démon ne voit goutte.

LETTRE CCCXG (1).

A UNE PERSONNE QU'iL DIRIGEAIT.

Qu'il ne faut rien précipiter dans les œuvres de Dieu ; et qu'il faut attendre en patience les ouvertures qu'il donne pour l'exécution de ses desseins.

Je vous prie de ne rien précipiter en votre affaire, mais d'honorer et d'attendre les saints ordres de Dieu. Il sera garant de votre attente et de votre patience, laquelle sera devant ses yeux une excellente prière, puisque vous n'attendez que dans sa vue et dans le dessein de connaître sa volonté ; et que de plus vous faites en cela un sacrifice de votre propre volonté, qui est impatiente de voir réussir ses propres desseins. Vous savez qu'il ne faut rien mêler de propre en cet œuvre divin, et moins à cette heure que jamais, puisqu'il y va de la décision des volontés suprêmes. Il y a longtemps que le grand Maître a commencé cet œuvre, . et qu'il a promis de l'achever en sa sainteté. L'empressement et l'inquiétude feraient voir que Dieu ne régnerait pas absolument dans le cœur; car il est un Dieu de paix, et son Royaume, comme dit saint Paul, consiste dans la joie et dans la paix. Ce grand Maître agira en nombre, poids et mesure, et il fera mieux qu'on ne peut désirer. Ce n'est pas à nous à lui donner la loi, mais à la recevoir de lui, quand même elle serait contre notre raison et contre notre volonté.

Je prie Notre-Seigneur d'accomplir ses desseins en vous, et qu'il ne vous laisse jamais faire votre propre volonté, pour sainte qu'elle paraisse, et dans quelque

(1) C'était la LXP des imprimées.

circonstance que ce soit. Notre-Seigneur, plus saint que toute la créature^ faisait cette prière à Dieu son Père : Mon Père, je vous supplie non seulement d'accomplir votre volonté sur moi et sur ma mort, mais que cela se passe en toute la manière qu'il vous plaira, pour les personnes, pour le temps, et pour toutes les circonstances que vous voudrez : Pater^ non sicul ego voloj sed sicut tu. Offrez-vous bien à Notre-Seigneur, et vous donnez à sa grâce, pour faire les choses en sa lumière et en sa charité, selon qu'il vous les dictera. Allez aussi avant, mais n'allez pas aussi plus loin qu'il vous poussera. Ce que vous ne ferez pas en un jour, vous le ferez en un autre. Il suffit si vous le faites dans le moment de Dieu et dans sa conduite. Je* laisse le tout au divin Maitre en vous, qui veut et qui doit être votre voie, votre vérité et votre vie, et principalement dans ces choses importantes de votre conduite, où vous ne voulez rien que lui et l'accomplissement de ses divines volontés.

LETTRE CCCXCI (1).

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