A UNE PERSONNE AFFLIGÉE
On découvre, par la consolation qtfil ini donne dans cette lettre, sa profonde bamilité et sa grande cbarité pour le service des âmes.
N'accusez point si fort vos péchés sur la rupture de l'affaire qui vous afflige (2), que vous ne me laissiez
(1) C'était la LII« des imprimées.
(2) Il s'agit, très probablement, de la rupture du projet relatif à l'établissement d'un séminaire à Blois. Voir la lettre CCLXXXIP, avec laquelle celle-ci a beaucoup de rapport.
/i'JO LETTRES DE M. OLIER.
la liberté de croire que mes négligences et lés infidélités en ma conduite, jointes aux crimes de ma vie, n'en, aient été la cause. Dieu veut que vous leviez les yeux vers lui pour adorer ses desseins et ses ordres, et que ses pauvres serviteurs et servantes marchent sur les pas de leur maître et de leur maltresse. Que reste-il au Fils de Dieu de tout ce qui s'est passé en sa vie, sinon ses plaies, ses douleurs et ses confusions? C'est ce qui parait maintenant de plus aimable et de plus glorieux en lui, et ce qui reluira à toute éternité sur sa personne. Nous sommes dans le temps de notre sacrifice. Plus tôt Notre-Seigneur nous aura immolé et plus tôt il nous consommera en lui-même.
Pour .ce que vous dites que vous ne trouvez point de bout à votre peine et à votre privation, je vous avoue que je n'y puis penser sans un saisissement capable de faire des effets de mort et de langueur perpétuelle, si Dieu ne soutenait ma vie. Notre-Seigneur portait toujours sa mort devant ses yeux, et, si son Père ne l'eût soutenu, il eût mille fois succombé sous sa peine et prévenu ses bourreaux par une soudaine mort. Notre vie est en Dieu, et l'union de notre cœur à Jésus-Christ anéanti doit être le soutien de nos jours.
Toutes les fois que vous aurez besoin de moi, tout inutile que je suis, et que vous trouverez votre âme trop en peine et absorbée dans la douleur et dans la croix, comme il m'en vient quelquefois des appréhensions, ce qui pourrait abréger votre vie, je vous prie de me faire le bien de me le mander. Rien ne m'empêchera de vous aller voir, ayant l'occasion de nos pèlerinages en vos quartiers. Ce m'est assez d'avoir l'honneur de vous servir en Notre-Seigneur; il n'y a
rien que je n'essuie pour cela. Le bien que j'ai reçu dans ce dernier pèlerinage a tellement passé la peine des épines qui se sont rencontrées en chemin, que je l'achèterais encore de mille croix et de mille tortures. Saint Jean, vivant pour la très sainte Vierge, ne pouvait rien trouver de pénible en la servant; tout ce qui se pouvait présenter de plus fâcheux lui était des douceurs et des joies non pareilles, et le sacrifice seul eût été capable de le contenter en ce service.
LETTRE CCCXCII (1).
A UNE DE SES FILLES SPIRITUELLES
Il la console sni* la mort de son père, en la faisant souvenir qae désormais Dieu lui sera tontes cboses.
Ma très chère fille,
Je vous dirai ce que l'apôtre saint Paul, dans son affliction, disait à ses enfants affligés : Béni soit Dieu, Père de Noire-Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos tribulations. C'est lui, comme dit ce même apôtre, qui soulage les personnes affligées et humiliées, et qui les soutient dans leurs désolations. Quel bonheur que toutes choses nous lient à Dieu dans le christianisme, et que rien n'arrive aux enfants du Père, qui ne les rende siens par un titre nouveau! Il faut que la qualité d'orpheline vous rende plus dépens dante de Dieu, plus retirée en lui, et plus séparée de tout, et qu'elle vous établisse dans une plus grande confiance en lui, et dans un abandon plus parfait que vous ne fûtes jamais. Que le sein éternel de Dieu soit
(1) C'était la XXXVII« des imprimées.
maintenant votre demeure, votre repos, votre soutien, votre conseil, votre vertu, votre lumière, votre amour, votre vie, votre tout, et qu'il commence de vous être sur la terre ce qu'il vous sera dans le ciel pour une éternité.
En perdant l'image vous recouvrerez la vérité, et ce Père divin, duquel procède toute paternité au ciel et en la terre, vous sera toutes choses, comme il est à son Fils et à sa fille aînée, je veux dire à Jésus- Christ et à Marie, desquels je vous conjure d'être inséparable, et dans l'occupation desquels vous devez vous préserver de toutes les créatures qui vous vont assiéger et attaquer. Adieu.
LETTRE CCCXCm (1).