‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 301 sur 326 · A UNE DAME DE LA COUR · texte numérisé non relu

A UNE DAME DE LA COUR

Il lui parle d'uue cicatrice que sa sœur avait aa visage , et l'instruit du proflt spirituel qu'elle en peut tirer.

Madame,

Je ne crois pas que ce vous soit une grande croix que la blessure et la cicatrice qui parait sur le visage de votre sœur. C'est une miséricorde pour elle que vous ne sauriez assez estimer. Elle porte le signe de la croix sur la joue. C'est le caractère de son salut et de la miséricorde de Dieu sur elle, qui la punit en ce monde, pour avoir porté si souvent sur ses joues des instruments de vanité, de mensonge et de péché. Combien de rouge? combien de blanc? combien de mouches? Et qu'est-ce qu'elle ne devait point pour cela souffrir du feu de l'autre vie, et des instruments de la

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justice de Dieu sur elle? Puisque Dieu, notre tout, commence à la punir de la sorte, elle est heureuse ; c'est un signe qu'elle en est aimée. Mais il faut qu'en cette vie elle fasse usage de cette miséricorde pour la vie future. C'est à quoi vous tâcherez de la porter.

LETTRE CCCXCIV (1).

A UNE PERSONNE QU'iL DIRIGEAIT.

Il ne faut pas, dans les oeuvres de charité qui se présentent, se régler par le jugement des Uommes, mais par la cliarité de lésas- Gbrist.

Vous avez fait une grande charité à la pauvre N... Il ne faut pas beaucoup écouter les hommes, lorsque la charité nous presse, et que le Saint-Esprit nous élève et nous attire au-dessus des obligations connues aux raisons et aux sentiments communs de la prudence humaine. Jésus-Christ n'avait pas obligation de mourir pour nous, de donner jusqu'à la dernière goutte de son sang, et de se soumettre aux circonstances les plus humiliantes de la croix. Une goutte de sueur ou une larme de ses yeux eût suffi : un soupir et un gémissement de son cœur, un de ses pas, le moindre de ses ses regards, une adoration, une louange, une contrition, une liaison avec un séraphin, ou un chérubin ou un autre ange, qui, dans la beauté de son être spirituel, eût dit un mot à Dieu son Père, au lieu de prendre la chair humaine en la ressemblance du péché; la moindre de ces choses eût été suffisante, et infiniment au delà des besoins de toutes les créatures; mais sa charité a été au delà de tout ce qui peut se comprendre.

(1) C'élalt la XVP des imprimées.

Je loue Dieu et le bénis de la charité qu'il vous a donnée, qui vous a fait racheter cette pauvre âme qui s'allait perdre. Faites-en de même dans les autres occasions qui se présenteront. Si le monde blâme votre conduite, il vous doit suffire que Dieu l'approuve. Adieu.

LETTRE GGCXGV (1).

A UNE DE SES FILLES SPIRITUELLES

Que tODt nous doit porter a Jésus et nous le faire aimer.

Ma très chère fille ,

Je ne doute pas que vous n'ayez eu un sacrifice à faire à l'arrivée de votre homme, qui s'en est retourné les mains vides. Mais bénis soient les ordres du saint amour de Jésus, qui se plaît à percer le cœur de ses victimes, et à les associer ainsi à sa divine Mère et à cette hostie précieuse, dont le cœur fut si souvent pénétré du glaive de douleur par la mort de son fils. C'est lui qui est le supplément de notre religion, et en qui vous devez trouver les louanges et les remerciments nécessaires pour reconnaître les biens de Dieu, et les miséricordes que vous en recevez. Bienheureux le chrétien qui connaît ce que lui est Notre- Seigneur, et qui, de toutes choses , prend sujet de retourner à lui. Il le faut envisager comme le principe de tous les biens qui nous sont faits. Il le faut même regarder comme le bien principal que nous pouvons recevoir de la bonté de Dieu le Père : ainsi nous serons en tout et par tout établis uniquement en Notre- Seigneur Jésus-Christ. magnificence d'amour ! ai-

(1) C'était la XXXI V^ des imprimées.

mable invention de Dieu le Père pour nous faire aimer ce clier Fils! Comme la sagesse du Fils s'est épuisée dans la chair pour faire connaître, aimer et servir son Père, de même le Père n'oublie rien pour faire aimer ce divin Fils, et pour lui lier toutes les créatures par toutes les obligations et par tous les liens imaginables.

Soyez toujours en Marie pour Jésus, comme Tunique et la parfaite amante de Jésus. Ayez le cœur ouvert et dilaté comme elle, et en elle pour l'amour de Jésus son cher Fils, lequel n'a jamais été aimé si divinement que par elle ; et aussi n'a-t-il rien tant aimé, ni si parfaitement possédé qu'elle-même. Adieu. Jésus vivant en Marie soit votre Tout.

LETTRE CCCXCVI (1).

A UNE DAME Qc'lL DIRIGEAIT.

II lai propose divers motifs ebrétiens pour conserver sa santé.

Ma très chère fille ,

Je ne dois pas laisser votre lettre sans réponse. Ce n'est pas en ce jour quMl faut être muet, pendant les ferveurs d'une mère qui excite ses enfants à la charité. C'est bien peu profiter de l'exemple de cet amour consommé, que d'être languissant en sa présence. Il me semble qu'il est aisé d'être victime en ce jour. U ne faut que laisser agir ce feu qui a été apporté sur la terre pour achever le sacrifice. Ma fille, que cette divine Mère est libérale, et qu'il est doux de la servir et de tâcher de vivre de sa vie ! Elle est toujours

(1) C'était la XYIP des imprimées.

prête aie communiquer, et, pour peu que l'on veuille, on en est aussitôt rempli. Je ne souhaite pas seulement à votre âme qu'elle ressente la présence de l'Époux, mais aussi qu'elle le possède en vérité, et que vous le portiez toujours par une parfaite correspondance avec lui.

Quant aux motifs que vous pourrez prendre pour la conservation de votre santé, outre celui de l'obéissance qui vous délivre de toute propre recherche, vous devez considérer votre corps comme le temple du Saint-Esprit, qui vous est mis en garde, et qui, n'étant pas vôtre, vous oblige d'en rendre compte à son maître. Vous devez en faire de même que si vous aviez à répondre d'une chapelle qui s'en irait en ruine, et que vous seriez obligée de réparer. De plus, votre corps est membre de Jésus-Christ : ayez-en donc soin, comme si Notre-Seigneur se devait plaindre du mauvais traitement qu'il recevrait de vous. Traitez-le encore comme celui d'une tierce personne à laquelle vous feriez charité. Et enfin souvenez-vous que, comme fille de Dieu le Père, vous êtes de sa famille, et qu'il veut qu'elle se conserve et se maintienne. Elle est à lui; il l'a acquise par le sang de son Fils; il a droit sur elle, et il veut que nous la conservions, afin d'en faire usage pour son service.

Je finis avec le jour, ce qui m'ôte la liberté de vous écrire davantage, mais ne m'ôte pas celle de tenir mon cœur présent à Dieu, pour lui sacrifier le vôtre et toute votre personne, de laquelle la sainte Vierge s'est chargée ce matin bien amoureusement; car elle a reçu à bras ouverts et le prêtre et l'hostie, qui, ce me semble, lui était offerte avec beaucoup de dégagement.

LETTRE CCCXCYII (1).

A UNE DAME DE CONDITION, li la reprend d'avoir jasé trop légèrement d'an prêtre.

Madame,

Je n'ai pas donné votre lettre à M. N..., à cause qu'il m'y a paru quelque chose qui demandait plus de réserve sur le jugement d'un prêtre et d'un grand serviteur de Dieu, que les personnes de votre âge et de votre condition peuvent admirer, et non pas condamner. Il faut se moins abandonner au zèle de ses amis, et se tenir toujours en réserve dans le fond de la grâce et de l'esprit de Jésus-Christ. On doit conserver son jugement pour se condamner soi-même, et s'abstenir de juger ceux qui sont plus que nous. Il ne faut pas entrer dans le siège de Jésus-Christ, à qui seul Dieu adonné le jugement du monde. Vous savez combien de fois vous m'avez (Ail dire de quelle importance était la mort à son propre jugement et à sa propre lumière, aussi bien qu'à sa propre volonté. Vous savez que ces deux puissances doivent être anéanties en elles-mêmes, pour être vivifiées et animées par l'esprit de la foi et de la charité, afin que tout soit divin en nous, et que rien ne mette obstacle à Jésus-Christ en notre intérieur.

Je suis si aise quand je trouve dans vos lettres des occasions d'exercer la charité envers votre âme! et je crois que vous en êtes aussi contente. Aimez l'humiliation, qui vous attire la lumière et l'instruction pour les devoirs chrétiens. Je prie Notre-Seigneur que

(1) C'est la LXXXI'' des imprimées.

l'effet et l'impression de ce billet demeure éternellement en votre cœur. Adieu à jamais.

LETTRE CCCXCVm (1).

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