A UN ASPIRANT AU SACERDOCE
II lui parle de la sainteté de l'état ecclésiastique, et de l'importance de prendre du temps pour s'y bien préparer.
Monsieur,
Quelque inclination que vous ayez pour l'état ecclésiastique, prenez garde de ne vous y point engager que vous n'ayez bien consulté votre vocation, et pris un temps notable pour vous purifier. Les prêtres doivent être choisis et enlevés du milieu des hommes par la voix de Dieu, et non par le choix des personnes qui, par une insolence insupportable, s'élisent elles-mêmes et s'introduisent dans la. maison du Seigneur. Que diriez- vous d'un gueux courant les rues et tout rongé de vermine, qui s'introduirait dans la maison d'un roi , et voudrait y tenir rang parmi les gentilshommes qui, servent à sa chambre, et parmi les seigneurs qui rapprochent de plus près? Ne serait-ce pas une témérité insupportable qui mériterait que le prince et toute sa famille, non seulement chassât de sa maison, mais encore fit châtier sévèrement l'insolence de cet audacieux? Dieu veut choisir ses ministres et ses prêtres, et il les veut choisir entre mille, pour leur donner part â sa familiarité et à tous ses secrets; mais il veut qu'ils soient dansTinnocence et dans la pure charité; il veut
(1) C'était la XV* des imprimées.
qu'ils soient dignes de l'approcher, et de traiter bouche à bouche et cœur à cœur avec lui, comme un ami a accoutumé de faire avec son ami. Jam non dicam vos servos sed amicos, quia servm nescit quid facial Dominus ejûs : Je ne vous nommerai plus mes serviteurs j dit Notre-Seigneur à tous les prêtres en la personne des apôtres, mais je vous appellerai mes amis, à cause queles serviteurs ne savent pas les secrets de leurs maîtres, comme je vous les découvre maintenant que vous traitez avec moi.
Les rois ne veulent pour leurs pages et pour leurs domestiques que des enfants bien faits,' et des plus beaux qui se rencontrent dans leur cour, comme on le voit chez Daniel en la personne des trois enfants de la fournaise ; car ils furent choisis comme les plus beaux de tout le royaume pour servir le roi Balthasar. C'est ainsi que doivent être choisis dans l'Église les ministres du roi des rois . Il faut qu'ils surpassent en beauté intérieure et en sainteté les plus saints d'entre les peuples. Notre- Seigneur fait en cela, sur la terre, ce que son Père fait dans les ciéux. Car, comme les anges, qui sont les substances les plus pures et les êtres les plus parfaits qu'il ait créés, sont ceux qu'il a choisis pour être les princes de sa cour et les ministres de sa gloire, ainsi Notre-Seigneur, qui imile son Père en toutes ses actions, et surtout en la formation et rétablissement de son Église, veut choisir des sujets qui soient purs comme des anges pour approcher de ses autels, et pour être les ministres de son amour et les porteurs de sa parole : Qui facitangelos spiritus, et ministros suos flammam ignis. Aussi voyons-nous en plusieurs lieux de l'Écriture sainte que les prêtres sont appelés des anges, parce qu'en effet ils doivent être dégagés de la matière comme des anges, pour pouvoir comme eux purifier, illuminer et perfec-
tionner les autres. Car, pour être en état de purifier, il faut qu'ils soient eux-mêmes dans une fort grande pureté; pour illuminer, il faut qu'ils aient l'esprit pur et net, qu'ils l'aient intelligent, ouvert à la lumière, et capable d'étude, et qu'ils l'aient même arrêté et propre à l'oraison, pour puiser en Dieu les lumières divines, qui sont les uniques qui éclairent sûrement les esprits ; pour perfectionner et unir les âmes à Dieu, il faut qu'ils aient une grande charité, qu'ils aiment la prière, et que, dès leurs premières années, on voie en eux des marques de piété, et des inclinations pour la vertu et pour les bonnes mœurs, afin qu'étant eux-mêmes parvenus à l'union divine ils puissent ensuite y attirer et en insruire les autres.
Et aprèstout, n'est-ce pas une chose déplorable de voir des personnes du monde dans une union à Dieu très intime, et très capables d'en instruire les âmes, et de trouver des prêtres qui, bien loin d'y être parvenus, ne savent pas seulement ce que c'est? Quelle confusion, que le prêtre qui doit servir à élever toutes les saintes âmes à Dieu, et à leur communiquer la grâce et l'esprit, en soit moins rempli que le peuple! Dieu dit dans l'Écriture sainte qu'il sera sanctifié par ceux qui s'approchent de lui, et que son nom sera glorifié par leur moyen : Sanctifîcahor in eis, quiappropinquant mihi, et gîorificaborin eis. Mais comment Dieu sera-t-il sanctifié dans les âmes, et sa sainteté portée dans le cœur des peuples par les prêtres, si eux-mêmes les premiers ne sont saints et les plus proches de Dieu? Examinez donc bien ce que vous avez à faire avant que de vous engager dans un état si saint. Voyez devant Dieu ce que vous avez été, et ce qu'en cette occasion vous devez craindre d'une conduite précipitée. 11 faut que le souverain
Pasteur vous appelle ; car il connaît toutes ses brebis, et c'est lui qui les appelle toutes par leur nom : Vocat eas nominatim. Mais c'est ce qui me fait beaucoup appréhender pour vous, car il ne les appelle dans le bercail que lorsqu'il les voit sans tache et digne d'être offertes à Dieu son Père,, qui ne veut point d'hosties qui soient marquées. Il ne les appelle que lorsqu'il voit qu'elles sont grasses et en assez bon point pour être présentées sur son autel. C'est pourquoi l'Église désire en ceux qui s'en approchent l'éloignement des vices, la pratique des vertus, l'ouverture d'esprit pour les bonnes lettres, l'amour de la prière et de l'oraison, l'inclination aux choses saintes, la modestie, la douceur, en un mot une modération et une sainteté dans la conduite, qui fasse paraître un grand esprit de piété et de religion en toutes choses : ce sont là les marques générales que les saints nous donnent de la vocation à l'état ecclésiastique ; mais c'est ce qui doit tempérer votre ardeur et modérer cet empressement extraordinaire qui vous porte à recevoir au plus tôt les saints ordres. Car, en y entrant par autre part que par la porte de la vocation, vous y entreriez, ainsi que dit l'Évangile, comme im larron et un voleur, qui ne peut que tout perdre par ses scandales.
Je tremble pour vous quand je vois, dans l'Écriture sainte, que celui qui était entré au festin sans robe nuptiale en fut chassé et jeté dans les ténèbres extérieures; car il me semble que c'est la figure des châtiments que vous devez attendre si,ayant si peu travaillé à vous revêtir des vertus et de l'esprit de Notre-Seigneur, vous entrez dans un état où il ne doit y avoir que des saints. C'est sur quoi je vous conjure de faire de sérieuses réflexions, afin dé ne faire aucune démarche ni
aucune avance pour vous engager dans une profession où ni votre vie passée ni vos dispositions présentes ne font point assez paraître que Notre-Seigneur vous appelle. Nous en dirons davantage à notre première entrevue. Je suis en Jésus et Marie, tout vôtre.
LETTRE CGCGVII (1).
II le reprend de ce qu'il cbolssissalt les plus mal faits de ses enfants pour les mettre dans le clergé, ou dans le monastère, sans examiner beaucoup leur vocation et leur esprit (2).
Monsieur,
Je bénis Dieu delà résolution que vous avez prise de lui consacrer particulièrement quelques-uns de vos enfants, et j'ai bien de la joie que vous vouliez les soustraire à la malignité du siècle, pour les donner à l'Église et les dédier au service des saints autels. Mais je ne puis approuver que vous choisissiez pour cela ceux qui ont le moins d'esprit, et que vous ne vouliez donner au Fils de Dieu que le rebut du siècle.
C'est une conduite qui fait paraître bien peu de foi et de religion ; et si elle est commune dans la plupart des familles, c'est qu'on aime mieux y voir régner l'esprit du monde jque celui du Fils de Dieu. S'il y a un stupide, un étourdi, un lâche , un éventé, en un mot quelqu'un dont on n'ait pas grande espérance, on dit aussitôt : Il le faut faire moine ; il le faut faire d'Église ; il n'est bon
(1) C'est la XLVII* des imprimées.
(2) Personne n'ignore qu'au temps de M. Olier le clergé et l'état religieux comptaient beaucoup de membres tirés des grandes familles, et il n'était pas rare de voir les parents tomber à cette occasion dans l'abus criminel dont se plaint le serviteur de Dieu.
qu'à cela. Si même il y a quelque personne mal faite, quelqne boiteux, borgne, ou bossu, c'est celui qu'on offrira à Dieu ; et on ne songe pas qu'il ne veut rien d'imparfait qui approche de ses autels, qu'il rejette les présents et les victimes qui ont quelque tache ou quelque défaut, et que le sacrifice d'Abel lui fut agréable, et non pas celui de Caïn,'à cause de la différence des victimes qu'ils présentaient à Dieu. Et c'est ce qui me fait craindre qu'il ne veuille point de vos présents, qu'il ne répudie vos sacrifices, et qu'il ne vous perde, à cause de ces victimes imparfaites que vous lui présentez comme Caïn. Eh quoi ! si dans l'ancienne loi, où on n'offrait à Dieu dans le temple que des animaux et des bêtes, et où la religion n'était qu'une figure de la nôtre, il était expressément ordonné que les prêtres n'eussent aucun défaut en leur corps, que ne doit-on point faire maintenant pour bannir de sa maison tout ce qui peut y être de messéant? 11 demande assurément plus de circonspection et plus de révérence des adorateurs en vérité, qu'il n'en demandait autrefois de ceux qui ne l'adoraient qu'en figure.
Souvenez-vous en particulier de ce que vous avez fait autrefois, quand vous avez offert vos enfants au roi pour être ses pages. N'avez-vous pas choisi les plus beaux et les mieux faits de votre famille? Pourquoi donc refuserez-vous la même chose à Dieu,*qui est le Dieu de la beauté, et celui qui les conservera bien mieux que les rois de la terre? Notre Dieu veut être adoré intérieurement et extérieurement; il veut être servi et de corps et d'esprit ; il veut un culte extérieur et intérieur, une beauté spirituelle et une corporelle. Il faut donc que la beauté du corps et la bonne grâce extérieure, en ses serviteurs, soit accompagnée d'une beauté
intérieure; car tous les Pères remarquent que ces défauts extérieurs ne sont que des figures des défauts intérieurs qu'il ne peut souffrir dans ses prêtres. Ainsi ayez soin, avec labonne grâce extérieure, de leur procurer par une sainte éducation la beauté de l'âme, qui est nécessaire pour servir aux autels, afin de ne lui présenter que des enfants dignes de sa grandeur, et dont vous ne receviez point de reproche. Vous craindriez assurément le reproche du roi, si vous lui présentiez un enfant stupide et contrefait pour le servir. Or, vous avez infiniment plus à craindre, si vous offrez à Dieu des enfants qui ne soient pas sains et nets, qui soient souillés et poilus, qui se portent à l'impureté, à la vanité et à l'avarice; car ce sont ces vases souillés qui irriteront Dieu, et qui pourraient bien attirer sur vous la malédiction de Balthasar.
Veillez donc très particulièrement à leur éducation ; voyez avec quelles gens ils sont élevés; prenez garde aux sentiments qu'on leur donne et aux maximes qu'on leur inspire. Surtout ne les poussez jamais à se faire ecclésiastiques par aucun intérêt. Faites-leur connaître que ce n'est point pour leur acquérir des richesses, pour les faire entrer dans les honneurs, ou pour les mettre à leur aise, mais pour les rendre plus saints, et pour procurer par eux la gloire et le service de Dieu, que vous avez en vue cet état. Car si vous ne leur proposez point les intérêts de Dieu, mais les vôtres , mais votre avancement, mais le bien de la famille, mgiis leur plaisir, vous faites de vos enfants des victimes de vanité, vous immolez à l'honneur et aux richesses les hosties qui ne sont dues qu'à Dieu, présentant à des idoles des âmes qui lui sont consacrées : en un mot, vous faites des sacrifices aux faux dieux, au lieu d'en
faire au véritable Dieu. C'est à quoi je vous conjure de faire souvent réflexion, afin qu'en gémissant sur votre conduite passéCj vous agissiez désormais comme iin père chrétien, qui ne veut point avoir d'autres vues ni d'autres desseins que ceux de Dieu sur ses enfants.
LETTRE CCCCVIIÏ (1).
II lai conseille de ne point s'engager dans le sacerdoce, à moins qn'il n'ait dessein de renoncer à tout pour y servir uniquement rVotre-Seigneur.
Monsieur,
Je crois que vous ne devez point quitter l'état où vous êtes pour vous engager dans le sacerdoce, à moins que vous n'ayez pris un temps considérable pour vous exercer à la sainteté qu'exige cette profession, qui demande un grand dégagement du siècle, un grand zèle de la gloire de Dieu, et un désir ardent de l'honorer et de le servir incessamment dans son Église. Il me semble que c'est là le grand dessein de Dieu, dans la vocation des prêtres, d'avoir des personnes qui, dégagées de tout, vaquent uniquement et sans relâche à son culte et à sa religion. Comme il est infiniment saint et parfait en lui-même, et infiniment bon et libéral envers ses créatures, il mérite d'être honoré en sa grandeur et reconnu en toutes ses bontés : et comme son état est éternel, que ses perfections ne changent point, et que ses boutés envers les hommes ne sont jamais interrompues, il veut
(1) C'est la XLVIIP des imprimées.
aussi être glorifié incessamment, et reconnu continuellement par ceux qui se ressentent de ses grâces.
Dans le ciel il a. établi les anges pour être en révérence, en respect, en louanges continuelles vers sa grandeur, et exercer incessamment leur religion envers sa majesté divine : si bien que non seulement ils le louent et le glorifient pour les biens qu'ils reçoivent de ses bontés, mais encore ils l'honorent dans sa sainteté et dans les autres perfections absolues qui n'ont aucun rapport à la créature. Et même leur soin principal est celui d'adorer Dieu en lui-même, sans avoir égard aux grands biens qu'ils en reçoivent, qui ne sont pas considérables auprès de ce qu'il est. D'où vient qu'ils chantent incessamment : SanciuSy Sanctus, Saàclus Dominus Deus Sàbaoth : Saint, Saiht, Saint le Dieu des armées; honorant ainsi sa sainteté, qui est une perfection essentielle à Dieu et absolue, et qui ne lui donne aucun rapport aux créatures : et ils sont si assidus à ces devoirs qu'ils lui rendent et pour eux et pour les âmes dont ils t)nt quelque soin, qu'ils n'interrompent point ces divins exercices d'adoration, d'amour, de louange, de remercîments et de prières.
Or notre Dieu , qui désire avoir sur la terre une religion semblable à celle qu'il a dans les pieux, et qui veut y être honoré, et pour ses grandeurs adorables, et pour les biens qu'il fait continuellement à ses créatures, voyant que la plupart des hommes ne- voudraient pas y satisfaire, il choisit les prêtres pour tenir leur place et pour lui rendre en leur nom les devoirs d'une religion perpétuelle. C'est pourquoi ils sont aussi appelés les anges de l'Église , à cause de la religion continuelle qu'ils exercent envers Dieu, et des louanges, des adorations, du culte, des vœux et du
sacrifice qu'ils lui rendent incessamment. C'est pour cela que Dieu même se choisit de certains prêtres qui vaquent toujours à l'oraison , d'autres qui sont appliqués sans cesse à ses louanges, d'autres qui s'emploient continuellement aux autres fonctions de l'Église. Et c'est aussi pour ce même sujet qu'en l'ancienne loi, il y avait un sacrifice continuel que les prêtres devaient incessamment offrir à Dieu, et un feu qui, par leurs soins et leurs veilles ne devait jamais s'éteindre ; ce qui maïquait les soins continuels et assidus qu'il demande de ses ministres, qu'il destine dans l'Église à son culte et à son divin service.
Voilà quel est le grand dessein de Dieu dans la vocation des prêtres, et ce qui doit être aussi toute votre vue dans le désir que vous avez de vous approcher de ce divin état. Il faut que vous preniez Dieu pour votre seule occupation, et son culte pour l'unique emploi de votre vie. Il faut que vous le regardiez comme celui que vous devez incessamment servir et honorer. Il faut que vous renonciez pour cela aux occupations séculières, que vous retiriez votre cœur des richesses, de l'honneur et de la vanité ; enfin que vous ne fassiez plus état que de Dieu, le regardant comme une mer immense, et comme un abime de perfections adorables, où on ne peut trouver de fond dans les devoirs qu'on lui doit rendre. Il faut que vous considériez que votre vie étant trop courte , et votre cœur trop petit et trop faible, quand même il y en aurait cinq 1eent mille comme le vôtre, pour rendre à Dieu ce qu'il mérite, vous ne devez point partager votre esprit et vos soins, pour en donner une partie aux bagatelles de la terre, aux sottises du siècle, aux vains amusements du monde. Il faut que votre âme soit toute pénétrée de cette 'grande
maxime de l'Apôtre : Nemo militans Deo impUcat se negoiiis ssecularihus : Que personne de ceux qui se destinent au service de Dieu ne s'embarrasse dans les soins terrestres et grossiers de ce monde.
Voyez quels sont sur cela vos sentiments et sondez votre cœur. Voyez si vous voulez être appliqué uniquement à Dieu, si vous voulez le servir en tout ce que vous pourrez dans son Église, si vous voulez renoncer à tout autre intérêt qu'à celui de sa gloire , si vous voulez désormais qu'il vous soit toutes choses. Si vous n'êtes pas dans ces dispositions, vous ferez mieux de demeurer dans la condition où vous êtes , celui à qui Dieu ne suffit pas n'étant pas digne du sacerdoce.
LETTRE CCCCIX (1).
Il l'iustrait de ce qu'il doit faire pour vivre selon la foi.
Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,
Puisque vous désirez que je vous parle de la vie de la foi, selon laquelle vous voulez vivre le reste de vos jours, et que vous me priez de vous donner sur cela, quelques instructions qui puissent vous servir pour votre conduite, je vous dirai que le grand secret pour vous établir dans cette vie est de voir toutes choses selon les yeux de la foi même , suivant en tout ses divines lumières, n'estimant que ce qu'elle estime, et méprisant tout ce qu'elle méprise; en un mot, réglant vos mœurs et vos actions selon les vérités et les maxi-
(1) C'est la CCXXXVII" des imprimées.
(2) C'était probablement un des jeunes ecclésiastiques du séminaire de Saint-Sulpice.
mes qu'elle vous enseigne. Or pour cela, il faut que vous étudiiez beaucoup ce que l'Écriture sainte vous apprend de toutes choses; ce que Jésus-Christ et ses apôtres en ont dit; quelle a été la conduite de Notre- Seigneur et de ses saints, afin de pratiquer ses instructions, de suivre ses exemples, et d'entrer dans toutes ses voies intérieures et extérieures , selon les moyens et les ouvertures qu'il vous en donnera.
Pour vous faciliter cette étude sacrée, vous n'avez qu'à faire attention à ce que vous êtes par la foi; car en cela seul vous connaîtrez vos obligations principales.
Vous verrez premièrement que vous êtes enfant du Père éternel, et que par conséquent vous devez vivre selon lui, c'est-à-dire selon ses mœurs et ses sentiments, et comme un enfant qui veut être l'image vivante et l'imitateur parfait de son Père. Notre-Seigneur, comme Fils du Père éternel et comme Verbe divin, représente en lui toutes ses adorables perfections. Il les possède comme Dieu et comme étant une même essence avec son Père : il les représente comme son Verbe et comme son caractère, en sorte qu'il est la splendeur et la figure de sa substance. Et même, comme Fils incarné et vivant dans la chair, il est aussi l'image parfaite de ses perfections, étant l'imitateur accompli de son Père, soit en sa charité, en sa patience, en sa longanimité, en sa miséricorde, soit dans ses autres perfections. Or, c'est ainsi que doivent vivre tous les enfants de Dieu. Il faut qu'ils se revêtent de lui, et qu'il se rendent ses parfaits imitateurs. Estote imkalores Deij dit saint Paul, sicut filii charissimi; et amhulate in dilectioney sicut et Christus dilexit nos.
L'esprit d'enfant que vous avez reçu par la baptême
VOUS facilitera ce devoir et cette obligation ; car, étant obligé à vivre selon cet Esprit, lui-même vous donnera les capacités, les vertus, et les facilités nécessaires pour vivre de la sorte. Soyez seulement de votre part très fidèle à ses grâces et en sa vertu renoncez incessamment à votre chair, qui par sa malignité mettrait en vous un obstacle à cette vie.
Vous lui demanderez aussi le grand don de la crainte de Dieu ; je veux dire cette crainte filiale; cette crainte qui anime ses enfants et qui leur inspire un profond respect pour la majesté de leur Père; cette crainte qui leur donne une totale soumission à ses volontés, une entière dépendance de ses ordres, une prompte obéissance à ses lois, une parfaite docilité à sa voix et à ses instructions; cette crainte enfin qui les établit dans toutes les mœurs de leur Père, comme des enfants véritables et bien nés.
Vous lui demanderez encore la cordialité, la simplicité et la cbarité envers le prochain, pour vivre avec lui comme avec vos véritables frères, qui sont plus avec vous que vos frères selon la chair, puisque non seulement ils ont un même Père et une même Mère que vous, savoir Dieu et son Église, mais encore un même esprit qui les rend tous un avec vous dans les mœurs, dans les vertus, dans les inclinations, dans les sentiments et les lumières. Et comme entre les frères les biens du Père doivent être communs, vous prendrez garde qu'il n'y ait point de jalousie entre vous pour les dons de votre Père, et que vous ne désiriez point à leur préjudice de vous les approprier. Voilà à quoi la foi vous engage comme enfant de Dieu.
Secondement, la foi vous donnant dans l'Église la
qualité de membre de Jésus-Christ, elle vous oblige à vivre comme membre de ce chef adorable. Or pour cela il faut que vous viviez du même esprit que lui ; car les membres et le chef n'ont qu'une même âme. Examinez donc quel est l'esprit de Jésus, et quels ont été ses sentiments, et vous trouverez que le Saint-Esprit qui l'animait lui donnait une horreur extrême du monde et de ses maximes, et une extraordinaire aversion des richesses, des honneurs et des plaisirs de la terre. Vous remarquerez comme il le séparait de toutes choses, et l'éloignait de tout ce qui n'était point Dieu, le tenant appliqué à son Père dans une souveraine religion , et dans un état de sainteté qui ne peut souffrir la moindre souillure. Vous verrez comme il lui donnait un désir si ardent pour la croix, et pour détruire le péché par ses souffrances, que toute sa vie s'est passée dans les humiliations, dans la pauvreté, et dans les derniers mépris, voulant ainsi satisfaire à Dieu son Père, en portant sur lui toutes les peines qui étaient dues au péché.
Voilà quelles ont été les dispositions de Jésus-Christ, et ce que son divin esprit veut opérer dans tous ses membres. Voilà la manière dont la foi vous apprend que vous devez vivre. Séparation du monde, condamnation de ses maximes, horreur du péché, amour de la croix, religion envers Dieu, charité pour le prochain : voilà quelle doit être toute votre vie.
Troisièmement, la foi vous apprend que vous avez été fait temple du Saint-Esprit par le baptême : il faut donc que vous viviez comme étant possédé par ce divin Esprit, comme en étant rempli, comme étant conduit par lui en toutes choses. Car il vous a été donné pour être votre conducteur en tout, afin que, n'opérant plus par un principe de mort, qui est la chair, vous n'a-
gissiez plus que par ce nouveau principe de vie, c'està-dire par ses lumières en votre esprit, par ses mouvements en votre cœur, et par sa force en votre âme, en quoi consiste toute sa vie. C'est de quoi vous devez faire hautement profession, sans vous mettre en peine de tout ce qu'en pourrait dire le monde, auquel vous ne sauriez chercher de plaire , sans vous exposer à déplaire à Jésus-Christ. Soyons àlui uniquement et pour jamais.
LETTRE CCCCX (1).