A UN ECCLÉSIASTIQUE
II l'exhorte à l'Humilité, dont il ini propose l'excellence, y et il lui envoie un petit examen, qu'il lui conseille de faire sur cette sainte vertu.
Monsieur,
L'état où la providence de Dieu vous a mis me fait connaître plus clairement que jamais le besoin que vous avez de vous humilier. C'est de quoi je vous ai souvent entretenu, et ce que je ne me lasserai point de vous dire toute ma vie. Anéantissement, abaissement sincère, humilité profonde : voilà quelle doit être votre grande occupation, et ce sera la source de l'établissement parfait de la vie de Jésus- Christ en vous. L'humilité profonde donne à l'âme la vie de toutes les vertus. C'est un mystère inconnu que cette
(1) C'est la LXXXIV des imprimées.
(2) Le ton général de la lettre et de l'examen qui l'accompagne suppose que ce disciple de M. Olier, quoique chargé d'un emploi honorable et qui lui donnait autorité sur plusieurs, restait cependant soumis aux ordres de quelque supérieur qui avait droit de lui faire la correction. C'était peut-être un ecclésiastique de la communauté des prêtres de la paroisse de Saint-Sulpice.
vertu, mais un mystère résidant au fond de l'âme, qui est comme infini en la profondeur de sa vie et en la multitude de ses effets. Je la nommerais volontiers le trésor caché de l'Évangile. Je la nommerais ce petit grain de la parabole, immense en la dilatation de ses branches, de ses fruits et de son ombre. Je la nommerais encore cet homme intérieur dont parle saint Pierre : Absconditus cordis homo , qui est in conspectu Dei locuples.
Le profond saint Jean Climaque parlant de l'humilité, dit que cette vertu n'est ni la connaissance de sa misère, ni la reconnaissance du bien de Dieu, ni la joie d'une aimable correction, ni l'amour du mépris et des choses abjectes, ni l'aveu de ses fautes et la confession publique de ses péchés, ni l'irrévocable oubli des biens que l'on a faits, ni s'estimer le plus petit de tous, et le plus grand pécheur du monde, ni le sentiment d'un esprit contrit, ni l'abnégation de la propre volonté; mais que c'est plus que tout cela. En effet, l'humilité, à vrai dire, est en quelque sorte toute vertu, ou plutôt, comme je l'ai déjà remarqué, c'est celle qui donne la vie à toutes les vertus. Ce qui se doit proprement entendre de la vie intérieure de l'esprit chrétien, qui réside au fond de nous, qui est en l'âme une inclination universelle à toute la vie et à toutes les vertus chrétiennes; car cette vie et ces vertus sont toutes fondées en bassesse, ou plutôt établies, unies, consommées, identifiées, et comme une même chose en ce divin principe. D'où vient que cette vertu intérieure et vivifiante se prend aussi pour toute vertu, et se confond avec toutes les autres.
Aussi celui qui a en soi l'humilité chrétienne solidement établie, se trouve dans une fidélité admira-
ble pour toutes les vertus. Vous-même le pourrez reconnaître un jour par votre propre expérience; car si vous avez en vous ce fond d'esprit humble, vivifiant le cœur, et le remplissant de cette divine vertu qui anéantit l'âme, vous aurez en même temps une douceur inaltérable, une patience insurmontable, une chasteté inviolable, une sobriété toujours égale; en un mot, vous aurez une vertu universelle.
Ce n'est pas que, quand vous aurez reçu cette grâce, vous ne deviez encore beaucoup étudier toutes les vertus, pour en voir tous les actes dans toute leur étendue , et pour connaître les ruses , les malices et les subtilités des vices et de la chair qui les molestent et les traversent. Ce n'est pas aussi qu'avec cette grâce et ce fond de vertu cachée, vous ne deviez encore combattre pour résister à la chair, et pour vous opposer aux contradictions et aux inclinations malignes du vieil homme; mais c'est qu'ayant en vous un fond puissant pour opérer en facilité tous les actes des vertus, dont vous portez la racine et la vie; ayant un fond de force qui résiste, qui détruit, qui abat tous les efforts contraires, pour peu que vous soyez fidèle et attentif sur vous dans les rencontres, en union et en la lumière de cet esprit de vie, vous serez bientôt régnant sur vous-même, et tenant tout sous vos pieds en la vertu de Jésus-Christ.
Mais ce que je crois bien important de vous marquer, et ce qu'il faudra que vous fassiez après ce ^rand don, qui est rare à trouver, délicat à maintenir et conserver, mais très difficile à réparer, est de tenir les avenues bien bouchées aux ennemis de l'esprit et de ses vertus, et de ne point tenir les sens ouverts, qui, en admettant le poison des objets qui se présentent,
exciteraient les vices et la malice de la chair, et en laissant approcher de la personne sacrée du Saini- Esprit l'être infect, grossier et profane des créatures , feraient que ce divin hôte se retirerait, et laisserait emparer la place à la puissance ennemie.
Or, pour faciliter cet exercice, et donner lieu à cette reine des vertus de s'établir et de faire progrès dans votre âme, voici un petit examen dont j'espère que vous pourrez retirer quelque fruit, si vous voulez vous en servir de temps en temps, en la vertu de Notre-Seigneur.
Examen sur l'humilité.
1. Quand vous avez reçu de Dieu quelques grâces et quelques dons, ne vous en ètes-vous point gloririfié? Ne vous y ètes-vous point complu? Ne vous en êtes- vous point vainement estimé? Ne vous en ètesvous point servi pour vous élever au-dessus des autres?
2. Après avoir remercié Dieu de ses grâces, et l'avoir reconnu pour le principe de ses dons, avez-vous eu recours à lui pour vous les conserver ?
3. N'avez- vous point tâché de les produire au dehors et de les faire paraître sans aucune nécessité, et sans que la charité le demandât de vous?
4. N'avez- vous point pris part à la louange qu'on vous en a donnée? et n'avez-vous pas ouvert votre cœur, dilaté votre fond, et épanché toute votre âme sur cette vaine joie que vous avez ressentie en ces rencontres?
5. N'avez-vous pas été adroit â éviter qu'on ne vous corrigeât, et subtil au contraire à donner ouverture aux louanges?
6. N'avez- VOUS point été contristé des corrections qu'on vous a faites?
7. N'avez- vous point repris les autres avec empire, et remarqué ou fait remarquer avec joie leurs fautes et leurs défauts ?
8. N'avez-vous point été jaloux de leurs vertus et de leur gloire?
9. Avez-vouseu soin de cacher les imperfections de vos frères, et de découvrir les vôtres ?
10. N'avez- vous point cherché les charges et les prééminences?
11. N'avez-vous pas fui les derniers lieux, ou ne les avez- vous point recherchés par superbe, pour paraître humble parmi les vertueux?
12. N'avez-vous point appréhendé d'être mal vêtu et pauvrement accommodé, de peur d'être méprisé, et d'en rougir de honte devant le monde?
13. Avez- vous en horreur tout ce qui est de vous dans vos actions? et croyez-vous que tous les jours vous augmenterez votre fardeau par une secrète malice qui vous est inconnue ?
LETTRE CCCCXl (1).
Il rexiiorte aa par amoar et loi montre le bonlieiir des âmes qui en sont pénétrées.
Monsieur et très cher en Notre-Seigneur, Je bénis à jamais ce principe adorable d'amour qui
(1) C'est la CXL* des imprimées.
(2) La fia de la lettre surtout indique assez clairement que M. Olier y parle à quelqu'un qui a tout abandonné pour servir Dieu.
possède votre âme, et qui veut tous les jours augmenter ses opérations en vous, pour consommer votre intérieur par ses plus vives flammes. C'est à cette heure qu'il faut laisser votre cœur à la puissance de cet amour, qui veut être le maître et le possesseur absolu de tout vous-même. Ainsi il n'y a rien qu'il ne doive animer de sa présence ; et il ne souffrira plus désormais que vous donniez accès à rien qui puisse entrer dans votre âme. L'amour doit être votre lumière ; il doit seul éclairer votre esprit. Il n'y a plus de sagesse humaine, ni de raison qui doive s'y placer, ni même y aborder. Il n'y a plus de mouvement particulier, ni de sentiment d'amour-propre qui doive vous mouvoir, ni faire aucun effet en vous, capable de vous conduire et de vous faire agir. Un seul et pur amour doit remplir votre esprit, votre volonté et toutes vos puissances, qui, absorbées par l'amour, doivent être anéanties en lui. Lui seul doit être votre vie et votre tout pour jamais. Mon Dieu, que je dis peu de choses au prix de ce que je voudrais dire I Que Jésus, le consommateur des âmes, l'exprime, s'il lui plaît, à la vôtre. Il doit être lui seul en vous, perdant, abîmant, absorbant en lui tout ce qui est mortel dans votre intérieur.
Oh! que l'amour de Jésus et que lui-même est adorable dans les âmes ! Quelle douceur de l'y voir prendre plaisir de visiter ses amants, et de se rendre présent à euxl Quelle admirable société! Quelle communion inconnue que celle des saints au ciel, et des fidèles sur la terre ! Sait-on pas bien que les âmes absentes s'entrevoient en Dieu , et s'entreparlent quelquefois en sa bonté et en son amour? Combien de fois croyez-vous que l'âme de Marie s'est rendue présente à Jésus absent, et que Jésus parlait à Marie ab-
LETTRES DE M. OLIIR. 549
sente de corps, mais qui lui était divinement présente? Combien de fois Jésus vivant, traitant, parlant et conversant avec les hommes ^ était-il in visiblement visité par sa divine Mère? Qu'est-ce que Tesprit d'amour ne lui faisait pas dire? Combien ces visites divines, quoique passagères, donnaient-elles de joie et de consolation à son âme? Il n'y a point de termes qui puissent exprimer ces élans du saint et fort amour de Jésus envers Marie. C'était le soin que Dieu prenait de consoler et soulager ces deux cœurs, qu'il avait si fortement et si efficacement unis en son divin amour.
Oh! qu'heureuses sont les âmes qui sont animées et possédées du saint amour! Qu'heureusement elles jouissent de leur cher Tout, qui est toujours présent â leurs cœurs, et qui les renouvelle, quand il lui plaît, dans les manières les plus douces et les plus suaves du ciel! Que malheureuses sont celles qui n'ont point trouvé ce trésor du saint et sur-céleste amour ! Que malheureux sont les cœurs qui sont en proie au siècle et aux amusements du monde, et qui se laissent posséder et transporter aux passions qui les déchirent! Amour unique, divin Esprit, possédez à jamais en Jésus et en Marie les âmes qui abandonnent tout pour être à vous. Usez de votre toute-puissance, pour détruire et anéantir ce qui peut faire obstacle à votre ardente charité. Faites-lui consommer toutes choses, pour être l'unique chose qui les remplisse et les possède à jamais. Adieu.
LETTRE CCCCXII (1).
De la dignité et de la sainteté des prêtres, par rapport à l'état et a la vie de Sésas^Gbrist ressuscité.
Monsieur,
Je prie Notre-Seigneur de vous donner part à l'esprit de sa sainte résurrection, et de vous remplir de la grâce de ce mystère autant que le demande la sainteté de votre état. ïl faut, pour être un digne prêtre, que vous viviez continuellement comme Jésus-Christ ressuscité. Vous avez tous les jours entre vos mains, non pas des hosties grossières et charnelles, ainsi que les prêtres selon l'ordre d'Aaron, mais une hostie vivante et spirituelle ; et, comme vous devez la recevoir en vous, et vous unir à elle en son état ressuscité, il faut que vous soyez dans un état semblable en quelque façon à celui de cette hostie.
C'est pourquoi vous devez vivre aussi purement que si vous étiez déjà ressuscité. Jésus-Christ même , pour une fois qu'il a offert ce divin sacrifice en un état passible, il l'a offert depuis mille et mille fois dans l'état de sa gloire; car, selon saint Paul, il s'offre luimême pour nous incessamment à Dieu son Père; et c'est lui qui, tout abîmé qu'il est dans son sein adorable.
(1) C'est la CXLIVe des imprimées. Cette longue lettre, comme on le voit à la fin, devait servir d'occupation à celui à qui elle est écrite, pendant les huit jours de sa retraite annuelle. M. Olier donna à plusieurs de ses disciples de semblables sujets de méditation pour le temps de leur retraite. On sait en particulier qu'il en envoya par lettres à M. P. Couderc et à M. Louis Tronson.
veut encore exercer par les hommes ce même sacrifice, afin qu'il n'y ait qu'une religion, qu'une hostie, et qu'un prêtre sur la terre et dans le ciel, qui est luimême répandu en esprit dans tous les prêtres de l'Église. Et c'est ce qui doit vous faire connaître l'état prodigieux de sainteté dans lequel vous devez être pour offrir ce divin sacrifice; car il faut que vous soyez intérieurement comme un Jésus ressuscité, vivant d'une vie toute divine. Voyez quel est l'état du Fils de Dieu dans sa gloire; considérez ses mœurs; étudiez les inclinations de sa vie ressuscitée , et vous y découvrirez vos obligations; vous y connaîtrez quel est l'esprit ecclésiastique, quel est le véritable esprit des prêtres de la nouvelle loi, quel est l'esprit des saints prêtres de Jésus-Christ.
1. L'esprit de Jésus-Christ ressuscité est de vivre avec peine sur la terre, et de respirer toujours vers le ciel, souffrant avec violence le séjour de ce monde et les mœurs du siècle et des pécheurs, à cause de la sainteté de son état, qui, le rendant semblable à Dieu, fait qu'il ne trouve que dans son sein une demeure sortable à sa condition. Ainsi le prêtre ne doit vivre qu'avec peine sur la terre. Il faut qu'il souffre avec aversion cette demeure, et que regardant continuellement le ciel, où il doit accomplir son ministère en sa perfection , il porte cependant avec violence les mœurs des hommes, la malice des pécheurs et toute la malignité du monde. Cette première disposition de sainteté et d'aversion du siècle présent doit mettre un prêtre dans une séparation totale de la créature, et dans un dépouillement universel de tout ce qu'il y a sur la terre. De sorte que, si vous entrez un peu dans cet état comme vous le devez, bien loin de vous atta-
cher aux honneurs, aux plaisirs ou aux biens passagers, vous verrez que vous ne pourrez plus rien souffrir de ce monde, et que vous regarderez tout comme une corruption, comme du foin, comme de la fumée, comme du fumier et de l'ordure, au prix de ces biens éternels et divins, que vous regarderez et après lesquels vous soupirerez incessammenté
2. La deuxième disposition de Jésus-Christ ressuscité est un désir continuel de son ascension, pour aller louer Dieu et glorifier son Père dans le ciel en la compagnie des anges. Ainsi le prêtre doit être dans ce même désir d'aller au ciel; car, comme il ne doit pas être content de la petitesse de son cœur pour glorifier une si grande majesté, il faut qu'il souhaite sans cesse de l'aller louer en la compagnie et la société de Jésus-Christ, de la sainte Vierge et de tous les saints. Mais comme Notre-Seigneur ressuscité, dans l'attente de son ascension, instruit ses disciples, leur apprend à louer et à glorifier son Père, et le loue et glorifie lui-même en leur compagnie; ainsi le prêtre, en attendant l'éternité et le jour de sa gloire, doit instruire les peuples de leurs devoirs envers Dieu, et les lui doit rendre lui-même en la société de ses frères.
3. Notre-Seignear, dans le temps de sa résurrection, priait incessamment pour la sanctification du saint nom de Dieu et pour l'exaltation de sa gloire , et les prêtres doivent faire sans cesse cette même prière ; car ils sont les principaux serviteurs de Dieu, et par conséquent les plus intéressés à sa gloire. Ils sont ses premiers ministres, et partant les plus engagés à l'honneur de sa maison. C'est pourquoi ils doivent le plus procurer sa gloire et .la désirer incessamment , ayant
toujours dans le cœur et dans l'esprit cette parole : Sanctificetur nomen tuum,
k. Notre-Seigneup ressuscité était dans un désir ardent de Taugmentation de l'Église, et c'est de quoi il sollicitait continuellement son Père depuis sa sainte résurrection jusqu'à sa glorieuse ascension; car il lui démandait sans cesse l'avènement de son royaume : Admnial regnum iuum. Il le priait qu'il lui plût établir sur la terre son Église, qui est son véritable royaume, où il est reconnu roi, où il a ses sujets, où il est obéi, où il fait observer ses lois. Il lui demandait qu'il retendit par tout le monde, afin que partout il fût reconnu pour souverain; et c'est aussi de ce royaume dont, avant que de monter au ciel, il entretenait ses apôtres qui en devaient être les fondements : Et loquebatur de regno Dei. Or ce doit être là pareillement le grand désir et la prière continuelle des prêtres. Il faut qu'ils demandent à Dieu l'augmentation et la sanctification de l'Église, pour laquelle ils doivent avoir un zèle extrême, à cause du grand amour que Dieu même a pour elle. C'est sa fille qu'il chérit uniquement; c'est le miroir qui l'exprime parfaitement, et où il se voit admirablement bien représenté; c'est le beau jardin dans lequel il se récrée; c'est le trône de gloire sur lequel il est assis ; c'est le lit de délices où il repose; c'est le tabernacle saint où il demeure ; c'est enfin sa chère épouse, sur laquelle il exerce ses plus tendres amours, et à qui il confie tous ses trésors et tous ses dons; et c'est ce qui nous doit faire désirer ardemment de la voir établie par tout le monde.
5. Comme l'esprit 4e la résurrection et la sainteté de cet état consiste dans une séparation de toute la créature, et dans une application continuelle à Dieu,
il faut que les prêtres soient séparés du monde et élevés incessamment à Dieu, ayant toujours l'esprit présent pour lui rendre leurs devoirs et leurs hommages selon les diverses occasions, et en la manière que l'esprit de Dieu voudra les y appliquer. Notre- Seigneur en cet état était intérieurement et extérieurement toujours appliqué à Dieu , et il faut que les prêtres y soient aussi appliqués incessamment dans leur intérieur ; et pour leur extérieur, ils doivent se servir de toutes les rencontres de la vie pour s'y élever, puisqu'ils sont ses domestiques, qu'ils sont choisis particulièrement pour avoir l'œil toujours attentif à leur Maître, et qu'ils doivent surtout entrer dans cet esprit de la résurrection, où l'âme, dégagée et absorbée en Dieu, se trouve uniquement occupée de cette divine majesté.
C'est ce que pratique avec une admirable fidélité un saint prêtre que je connais, qui se porte à Dieu par la présence de toutes choses. Quand il aborde les saintes âmes qu'il conduit, ou qu'il confère avec elles, il s'anéantit devant la majesté de Dieu résidant en elles, et il admire ses bontés. S'il traite avec les pécheurs, il se regarde lui-même comme chargé devant Dieu de leurs péchés, comme ne faisant qu'un prêtre avec Jésus-Christ, chargé des péchés de tout le monde, et comme en devant porter la pénitence et la confusion, et en être la victime; en un mot, comme ne devant rien épargner pour fléchir le cœur de Dieu, et apaiser sa justice. S'il boit ou s'il mange, avant que de commencer cette action, il adore Dieu et sa divine providence, qui, depuis si longtemps, et en tant d'endroits, et si éloignés, le regarde dans les choses dont il use, qu'il conserve toutes pour ses usages ; il le remercie
de ses soins assidus , et il se confond de ses méconnaissances : ou, s'il n'a rien de particulier qui l'occupe^ il l'adore, et s'anéantit devant sa majesté; il le loue et le prie pour tous les hommes.
6. L'état de la résurrection est un état où Notre - Sei gneur, délivré des faiblesses et des infirmités de la chairj agit avec une force merveilleuse et une efficace admirable ; d'où vient qu'il est appelé lion dans l'Écriture sainte , et qu'il est dit , dans le Prophète, qu'il gouverne avec un sceptre de fer : Reges eos in virga ferrea, et tanquam vas figuH confringes eos : ce qui fait connaître avec quelle force il agit pour la gloire de son Père, et avec quelle fermeté il lui assujettit ses ennemis. Il faut aussi qu'un prêtre soit courageux dans sa condition; il faut qu'il agisse avec vigueur pour la cause de Dieu, et qu'en la vertu de ce divin Esprit qui r anime, il travaille fortement pour son service et pour l'établissement de sa gloire.
7. Comme Notre-Seigneur, en sa résurrection, tout consommé en la gloire de son Père, est avec lui, selon son humanité même, dans une ressemblance ad mirable, laquelle le fait paraître Fils de DieUj de fils de l'homme qu'il paraissait auparavant; ainsi le prêtre doit être semblable à Dieu par l'expression de ses vertus divines, qu'il doit avoir gravées dans son âme; car son état demande qu'il ait une entière pureté, une extrême sainteté, un ardent amour, une très grande lumière, et les autres perfections divines que l'Espri t de Jésus-Christ ressuscité veut répandre dans les prêtres, pour offrir des sacrifices dignes de ses ye ux, dignes de sa sainteté et pureté , dignes enfin de sa majesté et de sa gloire.