‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 307 sur 326 · Notre-Seigneur, au jour de sa résurrection, est · texte numérisé non relu

Notre-Seigneur, au jour de sa résurrection, est

déclaré roi aussi bien que grand prêtre ; c'est pourquoi le Prophète dit : Qu'il a été oint d'une huile de joie par-dessus tous ses frères : Unxit te Deus, Deus tuus oleo laslitiœprœ consortihus tuis : onction qui signifie la dignité royale et la sacerdotale, qui le relèvent audessus de tous les hommes. Or, les prêtres doivent considérer qu'ils entrent en part de ces dignités éminentes par leur divin caractère et par leur sainte onction. Car premièrement, leur onction les applique et les consacre entièrement à Dieu. L'onction signifie le Saint-Esprit, qui étant résident dans une âme, l'applique totalement et la réfère entièrement à Dieu, à cause de sa qualité personnelle d'Esprit, qui pousse , porte et réfère tout à Dieu. Secondement, l'onction exprime encore en l'Écriture sainte la dignité royale ; c'est pourquoi les rois s'appelaient les christs de Dieu, les oints de Dieu. Or les prêtres sont rois par la participation qu'ils ont de la dignité de Jésus-Christ ressuscité, qui en cet état est roi, non seulement des hommes, mais encore des démons. Aussi ont-ils la puissance de chasser les démons de l'empire de Jésus-Christ, qui est l'Église. Us ont le pouvoir de donner la paix, de juger des causes de Dieu même, de remettre les crimes commis contre sa propre personne, qui est une puissance royale et divine. Dans Tancienne loi les prêtres étaient les juges, et ils avaient puissance de s'allier avec la face royale de Juda; ce qui signifiait que les prêtres seraient un jour juges et rois tout ensemble , mais juges et rois spirituels, et rois qui ne gouvernent pas avec éclat, qui ne commandent pas avec superbe, mais qui gouvernent par douceur, par humilité, et en la seule vertu de Jésus-Christ.

Voilà ce qui m'est venu en l'esprit sur le mystère de

la résurrection que nous honorons en ce temps, et sur la règle de sainteté selon laquelle vous devez vivre. Je vous le propose selon votre désir, afin que vous ayez de quoi vous occuper utilement durant les huit jours de votre retraite , et que vous voyiez, dans ce grand modèle de la vie de tous les prêtres, quelle est la perfection à laquelle ils sont appelés.

LETTRE CCCCXIII (1).

Que les prêtres, pour approcber dignement des saints autels, doivent £tre morts, ressuscites et consommés en Dieu, comme Jésus-Cnrist; et quils doivent être regardés comme des suppléments de la reli^on des peuples.

[Temps de Pâques.]

Monsieur,

Je prie Notre-Seigneur ressuscité de vous donner part à l'esprit de ce grand mystère que nous honorons en ces jours, et à cette nouvelle vie qu'il reçoit en récompense de la mort qu'il a voulu souffrir pour la gloire de son Père, et pour le salut des hommes. Le nouvel état où vous entrez demande de vous cette nouveauté de vie, et vous devez être si universellement mort à toutes choses , pour ne vivre plus qu'à Dieu en Jésus-Christ, que vous ne goûtiez plus rien de cette vie présente ; que vous n'adhériez plus aux sentiments humains; enfin que vous n'ayez plus en votre cœur que les seuls mouvements de l'Esprit, qui consomment et engloutissent toute l'impureté de votre chair, comme Dieu le Père a consommé par sa

(1) C'est la CCVIir des imprimées.

gloire, au jour de la résurrection, toute la nature de son Fils.

La grande disposition de l'âme parfaitement ressuscitée en Jésus-Christ, et intimement unie au Fils de Dieu, est de se laisser toute à l'Esprit saint de Jésus, et de s'y abandonner sans réserve, afin qu'il la consomme en lui, qu'il la possède entièrement, et qu'il la conduise et la règle en tous ses mouvements intérieurs, comme l'âme règle et conduit le corps. Et c'est là le saint et le divin état où doivent être les prêtres. Car, ayant l'honneur d'entrer dans le sanctuaire, ils ne le devraient faire qu'aux mêmes conditions que l'a fait Notre-Seigneur, qui n'y est entré qu'après sa mort, et après que sa chair, consommée par la gloire de son Père, a été rendue participante de sa nouvelle vie : Introimt semel in sancta, œterna redemptione inventaj dit saint Paul. Il est entré dans le sanctuaire après avoir souffert la mort pour la rédemption du monde. Ainsi il faut que lé prêtre, qui est introduit avec Jésus-Christ dans le sanctuaire et dans le saint des saints, soit tout consommé en Dieu par le feu divin de son Esprit. 11 faut que sa chair et ses sentiments soient morts et entièrement crucifiés. Il faut, en un mot, qu'il vive d'une vie toute nouvelle, et que, participant intérieurement à l'état de Jésus- Christ ressuscité, il ne pense plus qu'au ciel, et ne désire plus rien au monde. En sorte que, s'offrant continuellement à Dieu, comme une hostie de louange, qui n'a nul autre désir que de le louer, de l'honorer et de se sacrifier à sa gloire, il commence à faire sur la terre ce qu'il prétend continuer un jour dans le paradis.

Voilà en abrégé quelle doit être la vie des prêtres :

vie d'hommage, vie de louange, vie de sacrifice perpétuel d'eux-mêmes à Dieu. Et pour cela ils sont appelés dans l'Écriture sainte des anges, à cause qu'ils doivent comme les anges passer toute leur vie dans les louanges de Dieu : Qui facU angelos suos spirituSj et ministros suos flammam ignis; les anges et les messagers de Dieu sont des esprits, et ses ministres sont des flammes de feu ardent. En effet, lès prêtres, par la résurrection intérieure, sont tout esprit, c'est-à-dire qu'ils s'élèvent aussi librement à Dieu, et s'en occupent aussi continuellement, que s'ils n'étaient point retenus par les liens du corps, ni appesantis par le poids de la chair. Ils sont tout feu et tout amour : on dirait que ce sont des séraphins, et qu'ils ne sont qu'une pure flamme; ou que, semblables à des personnes ressuscitées, ils ont déjà rompu intérieurement tous les liens qui les empêchaient de se porter incessamment à Dieu. Une àme ainsi en liberté se sacrifie aisément comme une hostie de louange en la présence de Notre-Seigneur.

Or, c'est à quoi les prêtres sont d'autant plus obligés, qu'ils sont étabhs pour suppléer à la religion et au respect de tout le peuple, qui, insensible à son devoir, manque aux louanges de Dieu et aux hommages qu'il lui doit. C'est pourquoi il faut qu'un prêtre se regarde comme contenant en lui seul toute la religion des peuples : si bien qu'il est tout seul autant qu'un monastère entier, rendant à Dieu les devoirs que tout le peuple lui devrait rendre. Et même c'est pour cela que, dans la froideur du clergé et la langueur des peuples. Dieu s'est érigé si saintement des maisons religieuses et des couvents, où il a assemblé des âmes saintes, pour lui rendre en commun les devoirs et

les hommages que le clergé et les peuples lui déniaient, et dont il ne voulait point être privé. C'est ainsi que leur sainteté, leur ferveur et leur zèle a suppléé et supplée encore à nos langueurs. Mais c'est à nous maintenant, sur leur exemple, sur celui de Jésus-Christ ressuscité, et sur celui des anges nos patrons, de rallumer notre zèle et de ranimer notre religion envers Dieu.

C'est à nous à nous souvenir que nous sommes choisis, comme dit saint Paul, pour satisfaire aux devoirs que les peuples sont obligés de lui rendre et qu'ils ne lui rendent pas. Nous devons être pour nos églises ce que Notre-Seigneur est pour toute TÉglise entière, savoir, le supplément de leur infirmité, afin de rendre dans l'abondance de l'esprit ce qui manque à leur ferveur. Il y a dans les peuples une grande faiblesse et une extrême langueur : c'est pourquoi les anges leur sont donnés pour leur aider, parce qu'ils ont une grande vertu et un grand zèle pour les secouru*. Et pour cela aussi les prêtres, qui sont comme les anges visibles de l'Église, doivent être éminents en ces deux vertus de force et de zèle , pour suppléer aux infirmités des peuples, et aux langueurs qu'ils sentent au service de Dieu. C'est ce que doit opérer en nous l'esprit de la résurrection, et la grâce de ce mystère, laquelle vous devez demander à Dieu avec d'autant plus d'instance, que vous savez vos faiblesses et connaissez vos besoins.

J'avais plusieurs choses à vous écrire sur ceci, mais je suis pressé de finir par la nécessité des affaires de notre Maître.

LETTRE CGGCXIV (1).

Que les prêtres doivent viinre très saintement ponr être conformes à Notre-Seigneor au très saint Sacrement.

Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,

Il faut que la personne dont vous m'écrivez connaisse bien peu les obligations de son état, pour s'imaginer qu'on demande de lui une trop grande perfection. Un prêtre, pour être parfaitement prêtre, doit porter en soi tout Jésus-Christ, sanctifiant les âmes par sa présence ; et il doit être tellement rempli de grâce, qu'il soit au milieu de l'Église comme Jésus- Christ même, dont il est dit : Factus in spiritum vivificantem; afin que, comme dit saint Grégoire, tous ceux qui l'approchent se ressentent de l'esprit de sainteté qui est en lui : Vt quisquis sacerdoti jungilur, œternse vilae sapore condialur. Or, pour cela , quelle sainteté ne doit-il point avoir en son extérieur? et de quelle perfection ne doit-il point être revêtu en son intérieur ?

Les espèces du très saint Sacrement, quoique très saintes et très sacrées par l'approche quelles ont au Fils de Dieu, ne sont pas pourtant en elles-mêmes les sources de la grâce sanctifiante, mais c'est le fond de leur substance changée, transformée et transsubstantiée en Jésus-Christ, qui est le principe de la vie divine.

(1) C'est la CLXXXVII' des imprimées,

(2) Quoique, à la fin du second alinéa, M. Olier semble supposer qu'il écrit à un prêtre d'une compagnie autre que la sienne, il ressort de l'ensemble que c'est à un ecclésiastique de Saint- Sulpice qu'il s'adresse.

Ainsi en est-il des prêtres. Ce n'est pas seulement leur extérieur, quoique très saint par l'approche et l'accès qu'ils ont à Jésus -Christ^ qui doit sanctifier, mais c'est le fond de leur àme transformée en Jésus-Christ même vivant en eux, et vivifiant par eux son Église. Et c'est à quoi tous les prêtres, et surtout ceux de votre compagnie doivent bien travailler, afin de se rendre conformes à Jésus -Christ au mystère du très saint Sacrement, qu'ils font profession particulière d'honorer. Il faut qu'ils soient conformes à l'extérieur et à l'intérieur de ce mystère.

Pour l'extérieur, ils doivent être morts à tout euxmêmes, comme le sont les espèces. Ils doivent se laisser injurier, manger, fouler aux pieds, percer de coups, comme Notre-Seigneur l'a été mille fois dans le saint Sacrement par les malheureux hérétiques et par les impies, sans se plaindre et sans témoigner aucun sentiment de vie, mais demeurant comme mort au milieu de tous ces traitements. Notre-Seigneur ne fait là aucun usage de ses oreilles, de ses yeux, ni de ses mains, ni d'aucun de ses sens, y étant comme un mort : Modo mortuo. Et il faut aussi que les prêtres ne fassent aucun usage de leurs sens par eux-mêmes, mais qu'ils s'abandonnent en tout à Dieu, afin qu'il fasse tel usage qu'il voudra de tout eux-mêmes.

Pour l'intérieur, Notre-Seigneur est en ce saint sacrement tout transformé en Dieu, et tout passé en son état divin ; car il est tout pénétré de gloire. Son corps, même sous ce voile de mort et des espèces sacramentales, est revêtu d'incorruptibilité, d'immortalité, d'agilité, de subtilité. Son âme entre dans une intime participation des perfections divines; tellement que, n'ayant plus rien en tout lui-même de la corruption

de la chair et des faiblesses humaines, par la pénétration de la Divinité, et par sa conformation parfaite eh sonPère, il parait, tout caché qu'il est, dans un état sublime, et tout autre qu'il n'était pendant sa vie en tous ses autres mystères. C'est ainsi que les prêtres doivent être en leur intérieur. Il faut qu'ils soient intérieurement semblables à Dieu par la sainteté de leurs dispositions, et par la pureté de leurs mœurs : il faut dans le fond qu'ils soient tout transformés et tout divins : il faut en un mot, qu'ils soient si consommés en Dieu et en ses divines perfections, que quoiqu'il n'en paraisse rien au dehors, ils aient pourtant une perfection tout extraordinaire sous une vie commune.

Lé prêtre doit être comme le Dieu de l'Église, au travers duquel, comme au travers d'un cristal, on puisse voir éclater et reluire les perfections adorables de Dieu. On doit voir sa patience, sa douceur, sa bénignité, sa charité, sa mansuétude, sa bonté, sa stabilité et ses autres perfections. Et comme elles sont invisibles et imperceptibles aux hommes de chair, et qu'ils ont besoin de quelque chose de sensible pour connaître, adorer et aimer cette divine majesté, Dieu a voulu se rendre sensible dans les prêtres, afin de se faire voir et aimer sous eux, et de donner ainsi espérance aux hommes de le pouvoir imiter en la vie présente. C'est ce que Notre-Seigneur a commencé de faire en se faisant homme, et ce qu'il a laissé aux prêtres à continuer après lui, pour faciliter cette vie parfaite, et la rendre commune. Car les hommes avaient encore en lui cette excuse, qu'il était Dieu, et qu'ainsi il lui était aisé d'imiter Dieu son Père, et faire voir en lui toutes ses perfections. Mais il lève toute «xcuse

à l'Église lorsqu'il fait que des hommes communs, qui sont infirmes comme les autres, fassent reluire en eux toutes ses perfections, pour les rendre visibles aux hommes, et lés obliger, par leur exemple, à les pouvoir imiter. Voilà ce que doivent être les prêtres dans l'Église.

LETTRE CCCCXV (1).

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