A UN PRÊTRE NOUVELLEMENT ORDONNÉ
II lai parle de robligation qu'ont les prêtres d'aimer et d'bonorer particulièrement la très sainte Vierge.
Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,
Je ne puis qu'approuver tous les devoirs envers la sainte Vierge dont vous me parlez dans votre lettre, et dont vous vous servez tous les jours depuis quelque
(1) C'est la CCIe des imprimées.
(2) La dernière phrase suppose que ce jeune prêtre vivait dans le monde. C'était probablement au séminaire de Saint-Sulpice et sous la direction de M. Olier qu'il avait puisé la tendre dévotion envers Marie que cette lettre suppose en lui.
temps. Vous ne sauriez croire combien elle ag^rée tous ces petits hommages, et combien ces justes reconnaissances sont agréables à son cher Fils. L'état du sacerdoce où vous êtes maintenant, vous oblige à avoir un amour tout particulier pour cette divine princesse. Et il me semble que tous les prêtres et tous les clercs ont des raisons bien pressantes pour les engager à cette dévotion.
La première estl'amour que lui porte Notre-Seigneur ; car, si l'esprit de Jésus vit en eux, comme il ne peut y être oisif et inutile, et qu'il remplit de ses inclinations lésâmes où il habite, il doit vivifier et animer d'abord leur cœur de sentiments d'amour envers la sainte Vierge, parce que c'est l'amour le plus pressant et le plus fort "qui l'anime lui-même, après celui qu'il porte à Dieu son Père.
La seconde est l'amour excessif qu'elle porte à Jésus- Christ; car comme elle est toute pour lui; qu'elle n'a d'être, de vie, ni de mouvement que pour lui ; qu'elle ne respire, ne voit, ne parle, et n'opère intérieurement et extérieurement que pour lui , le prêtre doit être ravi de se pouvoir lier à l'intérieur de la très sainte Vierge, parce que d'abord qu'une âme y est bien unie, elle se sent portée par son amour à Jésus-Christ, et elle entre en même temps dans ces voies saintes et ardentes du pur amour envers Jésus, qui est tout le trésor du prêtre.
La troisième est le charme qu'elle a en soi selon le sentiment des saints Pères, et selon l'expérience de l'Église, pour attirer puissamment les âmes à Jésus- Christ. C'est pourquoi ils l'appellent l'appât de la Divinité : Esca spiritalis hami, qui est Divinilas. Dieu, qui veut tirer les âmes à son Fils, se sert de la doucjBur et de la suavité de la sainte Vierge, comme d'un appât
au bout d'une ligne, pour y prendre les hommes. De sorte qu'en cette divine créature, les prêtres trouveront le charme et la suavité qui leur est nécessaire pour attirer les âmes à Jésus-Christ, selon leur devoir et leur obligation, et pour cela ils doivent se tenir intimement unis à elle et se perdre en elle.
La quatrième est la qualité de Mère de Jésus-Christ, car comme Mère elle a la fécondité pour le produire danslesâmes. C'estpourquoi les prêtres, qui sont obligés de le former dans les cœurs, doivent vivre incessamment en elle, afin qu'étant rendus participants de cette divine vertu de Dieu le Père qui la rend féconde, ils puissent s'acquitter dignement d'un si saint ministère. Vous savez en particulier les grâces que vous en avez reçues, et combien vous y trouvez de secours dans vos besoins. Ainsi continuez à la servir comme vous avez faitjusqu'à présent, et, quoi que le monde en dise, n'interrompez point vos petits exercices et vos ^devoirs accoutumés ; car Notre-Seigneur, qui se plaît dans l'amour de sa Mère et dans les services qu'on lui rend, justifiera avec le temps votre conduite. Adieu.
LETTRE CCCCXVII (1).