‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 311 sur 326 · A TN ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

A TN ECCLÉSIASTIQUE

n l'exhorte à bien porter ses peines, et à ne pas quitter Tœnvre de Dieu pour les oppositions qu'il y rencontre.

[4 octobre.]

Monsieur,

La paix de Jésus-Christ règne dans votre cœur au milieu des délaissements et des contradictions que vous souffrez. Je vois votre affliction, je compatis à votre peine , et je la porte avec autant et plus de sentiment que vous; mais je me fortifie en esprit, et me réjouis dans le fond de mon âme, voyant combien cet état vous est avantageux, et combien il sera utile à la gloire de Dieu. C'est ainsi que les œuvres du divin Maître se font. Il faut que vous portiez le joug qu'il impose à tous ceux qui ont l'honneur d'être employés par son choix à son divin service. Il est juste d'acheter par la peine de la croix la gloire de servir à ce grand maître, et l'honneur d'entrer en sa sainte maison, et il est juste aussi qu'il récompense ceux qui le servent, par l'honneur et la gloire de porter ses livrées.

C'est pourquoi je vous prie de vous estimer heureux en cet état, et d'embrasser avec amour le bonheur de \i\Te crucifié. L'esprit du baptême demande cela de nous, et Notre-Seigneur nous le montre en la personne de saint François, dont nous faisons aujour-

(1) C'est la XX« des imprimées.

(2) Cet ecclésiastique était vraisemblablement chargé d'une paroisse.

d'hui la fête. Ce saint est le modèle d'un vrai chrétien, et ce séraphin qui le crucifie, est la figure du Saint- Esprit qui nous est donné pour nous crucifier en toute notre chair, et en toutes les parties de nous-mêmes. C'est à quoi il faut que nous travaillions soigneusement, nous laissant au moins crucifier par Notre-Seigneur, ou bien par les hommes qui sont ses instruments, si nous ne voulons pas mettre la main à nous crucifier nous-mêmes; ou si nous ne sommes pas assez purs pour être crucifiés par le pur amour, comme une sainte Catherine de Gênes et quelques autres saints, qui, par la vertu de l'amour, ont porté la mort en tous leurs membres.

Pour l'accablement que vous me témoignez, je pense qu'il vous arrivera souvent dans vos peines, parce que vous n'êtes pas assez anéanti. Comme il vous reste quelque chose de vous-même, sur quoi vous vous appuyez, et que vous sentez en vous quelques forces, lorsque vous voyez ces forces accablées par le poids de votre charge, il ne se peut que vous ne ressentiez un grand sujet d'abattement. Cessez de vous appuyer en vous, et vous serez bientôt en pleine paix; car alors on ne pourra jamais vous rien ôter, ni vous affaiblir en aucune manière, parce que vous n'aurez plus rien à perdre , et que l'esprit de Dieu, qui ne peut être pressé ni accablé d'aucune chose, sera votre support et votre soutien en tout.

Adorez cependant sa divine vertu qui crible, qui écrase, qui opprime les siens comme il lui plaît, afin d'être lui seul le soutien de son œuvre. Adorezle comme l'unique agent et le principe de tout, à qui tout serviteur est inutile, quand il est hors de sa main et de sa puissance. Ayez bon courage en Notre-Sei-

gneur, et mettez en lui toute votre confiance. Comme vous ne sauriez avoir de vigueur par vous-même, ni en vous-même, priez-le qu'il vous anéantisse, afin qu'il soit toute votre force. Il vous sera toutes choses, si vous voulez être tout à lui, sans être rien en vous-même; car il est tout aux siens : Omnia et in omnibus Christus. Soyez donc soigneux, pour le laisser régner en votre âme, de vous tenir anéanti en sa présence , retirant de vous tout effort et toute propre présomption, afin que ce divin Maître succède à votre infirmité, et s'insinue en vous, au lieu de votre superbe et de votre amour-propre. Ce fond d'orgueil et d'établissement en soi est le grand obstacle à son opération dans le cœur, et c'est ce que nous lui devons demander instamment qu'il détruise en nous.

Monsieur N..., qui sait par expérience ce que c'est que de vivre au milieu de la persécution, pourra vous secourir de son conseil, et vous faire participant des voies dont il a usé pour se fortifier dans ses peines.

Je vous vois dans une grande affliction et bien abattu sous la croix; mais il en fallait venir jusque-là pour un entier et parfait sacrifice , l'honneur y étant immolé avec le reste de l'hostie. Dieu en soit béni à, jamais pour sa gloire et pour votre bien. Vous avez eu un peu de désir de vous soulager en sortant du lieu où vous étiez, pour chercher les consolations et l'abri des bonnes âmes; mais Dieu vous a fait voir qu'il sait redoubler le fardeau quand on l'évite et qu'on le fuit. Il faut aimer sa croix et adorer ses châtiments. C'est un trésor qu'on doit embrasser avec amour, et le renfermer dans son cœur, comme le plus grand joyau du monde. Je vous laisse à la sagesse, à l'amour et à la puissance de Dieu

qui VOUS conduit, pour en faire tout l'usage qu'il désire.

LETTRE GCCCXX (1).

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