A UN ECCLÉSIASTIQUE ATTACHÉ A UN CHOEUR
II lui parle da cbant de l'Église et lui en explique la signiacation.
Monsieur,
J'apprends avec bien de la joie l'assiduité que vous rendez maintenant aux offices divins, et l'amour que vous avez pour le chant de l'Église. C'est un emploi tout saint, tout divin, et qui ne peut être en vous qu'une source de beaucoup de bénédictions et de grâces, si vous vous y appliquez avec religion. Il me semble que c'est là proprement l'occupation des saints et l'exercice du paradis; car, que fait-on dans le ciel, que glorifier Dieu et chanter ses louanges?
Le chant, dans l'Église, est une expression des louanges que, dans le secret de notre cœur, nous rendons à Dieu en l'esprit intérieur de Jésus-Christ. Le Fils de Dieu est la véritable hostie de louange de Dieu son Père ; et l'Écriture sainte le nomme pour cela, chez le Prophète, Hostie de vocifératioUo Cependant il est muet sur nos autels, et dans le sein du Père, au moins à notre égard; car nous n'entendons rien de sa voix; et l'Église n'en est pas secourue extérieurement et d'une manière sensible. C'est de quoi même elle se plaint amoureusement dans les Cantiques, et ce qui lui fait dire : Sonet vox tua in auribus mets. Yotre Père, et les âmes mêmes favorisées de votre amour et de vos
(I) C'est la XCIIP des imprimées.
visites intérieures, entendent assez le son intérieur de votre voix dont vous parlez au milieu du silence ; mais les peuples grossiers, qui ne peuvent entendre que la voix extérieure et sensible, et qui n'ont pas ces oreilles du cœur ouvertes pour les paroles de l'esprit, et pour entendre quid spirilus dicat Ecclesiis, ils ont besoin d'une autre voix que de celle qui ne parle qu'au cœur. C'est pour cela que le Fils de Dieu anime de son esprit les prêtres, pour publier en eux les louanges de son Père; et on entend sa voix comme la voix d'une multitude, tanquam vox multitudinis , ainsi que l'Écriture sainte le remarque, parce qu'il se rend en chacun d'eux une hostie de vocifération.
Jésus-Christ, unique dans sa religion, et dans les hommages qu'il rend à Dieu dans le cœur des prêtres, se sert des anges dans le ciel pour dilater spirituellement sa religion, et il se sert sur la terre de l'organe des hommes pour la dilater corporellement, faisant ainsi en la terre et au ciel un concert perpétuel de louanges divines. Ce doit être là la consolation de ceux qui chantent le plain-chant, qui, dans ses mesures et dans ses pauses, est réglé sur la méthode et sur la règle ordinaire de Dieu. Car, comme il fait tout avec poids et mesure, et avec société et unité dans l'Église du ciel et de la terre, il fait aussi que le chant se trouve tellement réglé, que de plusieurs il ne s'en fait qu'une voix, ou plutôt qu'une seule harmonie.
Ces âmes appliquées au chant sont assurées qu'elles ont une des fonctions des plus pures, et des plus éminentes de l'Église de Dieu. Elles sont comme les anges des plus hautes hiérarchies, qui, séparés du commerce des hommes, sont appliqués à ce seul ministère de la louange ; et elles ont non seulement société avec toute
l'Église, qui ne chante et ne loue la majesté de Dieu en tous que dans un même esprit ; mais elles sont encore en société avec tous les anges du ciel, qui ne sont appliqués à Dieu qu'en Jésus-Christ ; et elles sont de plus en société avec Jésus-Christ même, à qui elles servent de supplément, pour être entendu de l'Église par leur organe : ainsi elles sont l'achèvement et la plénitude de Jésus-Christ, qui dilate et multiplie par eux les louanges de son Père; et elles font la fonction même du Verbe en l'éternité, qui est la louange universelle et parfaite de Dieu. C'est pourquoi, que tous les chantres se perdent en Jésus-Christ, et qu'ils s'y tiennent incessamment unis, pour être animés d'un profond respect, d'un vif amour et d'une parfaite religion en leurs louanges. C'est à quoi je vous exhorte par-dessus tout, pour vous pouvoir acquitter dignement de ce saint ministère.
LETTRE CCCCXXl (1).