A UNE RELIGIEUSE
Il rexborte à bien conserver Jésns-Glirist dans son cœnr, à faire quelque mortiflcation corporelle, et h former peu à peu sa prieure à l'oraison mentale.
Ma chère sœur,
Je ne puis vous exprimer la joie que je ressens dans le fond de mon âme, reconnaissant le progrès de Dieu dans la vôtre. Oui, Dieu est en votre cœur, et je ne
(1) C'était la CVIII^ des imprimées.
puis douter qu'il n'y habite ; mais qu'il en soit de vous comme de l'Épouse : Dem in medio ejus non commovebitur. Dieu ne sera point ébranlé au milieu de son âme. Or, pour cela il ne faut rien faire qui lui déplaise. Possédez et jouissez avec plaisir de ce trésor. Serrez-le mille fois le jour dans votre âme et sur votre cœur, le conjurant qu'il n'en sorte jamais, et qu'il ne souffre pas que vous l'offensiez en quoi que ce puisse être.
Oh! que ce saint amour est doux! Il ne s'écartera jamais de vous, qu'il ne vous en avertisse par mille petits mouvements, auxquels vous devez être fidèle. Ne négligez pas la moindre de ses menaces, ni le moindre de ses reproches intérieurs; et tremblez souvent, voyant que s'il ne tient qu'à vous de conserver cet avantage, fort peu de chose négligée vous le peut faire perdre. Je vous conjure de m'avertir souvent de vos dispositions, afin que je remarque le progrès de la grâce de Dieu en vous. 11 vous traite comme l'enfant de la maison, et comme sa plus chère épouse, et il demande aussi de vous des devoirs, dont je vous avertirai très fidèlement, à proportion que vous me découvrirez votre état.
Vous pourrez vous servir des instruments de pénitence que vous avez; mais, comme il ne faut pas tuer d'abord ce pauvre corps, qui mériterait de l'être cent mille fois, et qu'il faut, comme dit saint Paul, qu'il serve autant à la justice comme il a fait à l'iniquité, vous suivrez en cela les règles que vous a données votre directeur. Et quand vous en userez , songez quelque temps auparavant à ce que vos péchés méritent, et combien il vous faudrait souffrir de peines pour satisfaire pleinement à la justice divine, attendant la
valeur de votre satisfaction plus de la contrition et de la pénitence intérieure que de l'extérieure.
Je vous prie de dire à notre bonne mère la prieure, qu'en priant Dieu pour elle, et pensant à la difficulté qu'elle a sur son grand âge, le discours du Fils de Dieu m'est venu en l'esprit, qui dit que les ouvriers qu'il envoya sur le soir à sa vigne gagnèrent autant que ceux qui étaient partis au point du jour. C'est là une grande consolation pour elle; car en travaillant avec zèle dans sa charge, elle peut faire beaucoup, surtout si elle agit comme elle doit pour la perfection de votre maison, la réglant dans la seule et pure vue de plaire à Dieu, et continuant à faire ainsi toutes ses actions le reste de ses jours. C'est ce que je lui désire de tout mon cœur, comme à notre bonne mère. Faiteslui lire le chapitre des aspirations et oraisons jaculatoires dePhilothée. C'est la manière dont je crois qu'elle doit prier présentement, en attendant qu'elle ait facilité à l'oraison mentale, dont vous l'entretiendrez souvent, aussi bien que des profits qu'on en retire, afin de ne la point peiner. Elle pourra se servir des méditations de Philothée; et il sera bon, dans les commencements, qu'elle ait toujours son livre devant elle, et qu'après avoir mâché et ruminé une pensée, quand elle se sera évanouie, elle reprenne le livre pour y prendre une autre pensée, et qu'elle passe ainsi les quarts d'heures ou demi-heures en l'oraison. Qu'elle fasse aussi quelque quart d'heure, ou demi-heure, l'après-diner, de lecture spirituelle en la manière que je vous l'ai proposé. C'est ce qu'il faudra lui conseiller pour le commencement.
Priez Dieu pour votre pauvre père, qui est tout à vous, et dans le zèle de vous sauver. Adieu. Croyez
moi en Jésus, Marie et Joseph tout vôtre en notre Tout Jésus.
LETTRE CCCCXXV (1).
A DES RELIGIEUSES, n les exhorte à faire qaelqnes ouvrages pour le service des autels^
Mes chères sœurs.
Ne trouvez pas mauvais si je vous renvoie vos belles dévotions; j'ai pensé qu'il serait mieux d'en user ainsi pour la charité de votre pauvre communauté. J'ai pourtant pris deux croix pour servir de patron à des filles que j'emploie pour les petits enfants. Je vous supplierais bien de me faire encore la même charité, si je ne croyais qu'il fût plus expédient que vous employassiez votre temps de travail à orner vos autels et à faire quelques ouvrages pour honorer la personne de Notre-Seigneur. C'est de quoi je vous supplie, et dont je conjure vos sœurs qui travaillent à l'aiguille. Pour moi, je vous avoue que je serais ravi si je pouvais m'occuper à quelque petit travail extérieur qui dût servir à Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui daigne venir parmi nous et se servir de nos petits ouvrages. Quelle joie à Notre-Dame, quand elle faisait les langes et les linges de son cher Fils! On regarde dans l'Église les corporaux et les autres Unges comme les langes de Jésus, et pour cela même les diacres, dans les offices célèbres et aux grandes messes, portent les corporaux dans les bourses, à la hauteur de leurs têtes, sur leurs deux mains, avec tant de révérence et de religion.
(1) C'était la LXVIfle des imprimées.
Que ce soit là désormais l'esprit de votre travail , de servir Notre-Seigaeur et son Église.
LETTRE CGCCXXVl (1).