‹ Lettres de M. OlierChapitre 101 sur 226 · LETTRE LXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXVII

Il l’instrnit de la manière dont il faut converser avec les âmes élevées et qui reçoivent beaucoup de Dieu.

[Paris, 21 octobre 1642.]

Monsieur,

Vous pouvez continuer de voir la personne dont vous m’avez écrit. Bien loin de le trouver mauvais, je crois que vous ferez Lien d’avoir pour elle une entière ouverture, puisque Notre-Seigneur lui en donne une si grande pour vous. C’est une âme de grâce qui a grande part aux secrets de l’Époux, et dont je ne doute point que l’entretien ne vous soit très utile. Mais prenez bien garde que le récit de ses grâces et de ses faveurs singulières qu’elle reçoit de la miséricorde de Dieu, n’excite en vous un esprit de curiosité, de jalousie, d’envie, d’attache ou d’amusement à sa personne. Ce sont là les mauvais effets que la communication avec les âmes élevées, et qui reçoivent beaucoup de Dieu, laissent souvent dans les cœurs mal disposés. Vous savez combien sur cela vous devez craindre, et combien dans ces rencontres vous devez vous rendre fidèle aux pratiques que je vous ai données.

(1) Cette lettre, la CVIIe parmi les imprimées, se retrouve en substance dans les Mémoires de M. Olier, sous la date du 21 octobre 1642.

(2) C’est au sujet de Marie Rousseau qu’elle a été écrite, mais les règles qu’elle renferme sont générales et doivent être suivies dans les cas analogues. Pendant qu’ils étaient à Vaugirard, les relations des confrères de M. Olier et de ses disciples avec Marie Rousseau avaient été rares, elles allaient être plus fréquentes après leur établissement à Saint-Sulpice : de là vint sans doute au serviteur de Dieu la pensée de les prémunir contre les inconvénients que ces relations pouvaient avoir, quoique purement spirituelles.

îl faut dans l’entretien non seulement de cette personne, mais de toutes les autres si saintes que vous voyez souvent, élever d’abord votre esprit à Dieu pour adorer et admirer sa bonté infinie, qui se communique si libéralement hors de lui, et qui par là nous apprend bien à ne point faire les chiches de nos personnes, les avares dans nos entretiens, les retenus dans la communication des biens qui sont entre nos mains, puisqu’un Dieu est si libéral et si ouvert pour nous.

Secondement il est bon de vous réjouir de la satisfaction que Dieu prend à se communiquer, mais de vous en réjouir d’une telle manière, que vous ayez plus de consolation et plus de joie de cette satisfaction de Dieu, que de tous les biens qui vous en peuvent arriver, ou aux âmes qui reçoivent ses plus intimes communications.

Troisièmement il faut vous réjouir encore du bien de votre prochain, et du choix qu’il plaît à Dieu d’en faire pour lui communiquer ses grâces, et les verser dans son âme ; en sorte que vous ayez plus de joie de ce qu’il les reçoit, que si vous les receviez vous-même, dans 1 espérance qu’il en usera mieux que vous pour la gloire de Dieu.

Quatrièmement il faut remercier Dieu pour lui de toutes les grâces qu’il lui fait, vous en détachant le plus que vous pourrez, pour vous attacher uniquement à Dieu, et pour ne voir que lui purement en toutes choses. Autrement l’amour-propre et la superbe se mêleront tellement avec le désir de ces mêmes grâces en vous, que vous demeurerez vide de Dieu, et très souvent tout rempli d illusions. C’est de quoi j’ai cru vous devoir avertir, afin que vous ne donniez point lieu au démon de vous surprendre.

LETTRE LXXVIIÏ (1).

A SAINT VINCENT DE PAUL

Il le prie de permettre ü M. Lncas, l’un de ses missionnaires, de venir à son secours pour la controverse avec les protestants (2).

[Avant la fin de 1042 (3).]

Qui a Jésus a tout.

Je voudrais vous supplier en Notre-Seigneur de permettre à M. Lucas de venir ici aujourd’hui à cause qu’un hérétique s’y doit trouver, qui me demande des choses dont je ne suis pas bien instruit. J’espère cette grâce de vous pour l’amour de Notre-Seigneur, qui sera utile à deux fins et pour l’édification du pauvre huguenot et aussi pour mon instruction, qui suis très ignorant et incapable de la charge que je porte et dont je désirerais me rendre moins indigne en Notre-Seigneur par votre moyen. Je l’avais prié dernièrement de vous représenter que pour le peu de temps qui lui reste à demeurer en cette ville, que j’aurais grand besoin de sa conversation pour quinze jours, afin de

(1) Sur une copie de la main de M. Leschassier.

(2) M. Olier, à son entrée dans la cure de Saint-Sulpice, déploya un grand zèle contre les ministres protestants, cpiil faisaient tous leurs efforts pour infecter le faubourg Saint-Germain de leurs pernicieuses erreurs. ( Vie de M. Olier, t. II, p. 63.)

(3) Cette lettre est bien des derniers mois de 1642, car M. Lucas, qui se trouvait alors à Paris pour l’assemblée générale de sa congrégation, s’en éloigna dès la fin de cette année , et n’y revint que longtemps plus tard. Ce bon prêtre était né à Paris le 20 janvier 1600, et avait fait d excellentes éludes en Sorbonne. Il entra en 1626 dans la société naissante de saint Vincent de Paul, et prêcha un grand nombre de missions. En 1636, il accompagna M. Olier en Auvergne, et lui rendit d’importants services! Il mourut en novembre 1656, à Gênes, où il avait demandé d’être envoyé, quand il apprit que la peste ravageait cette ville. [Les Compagnons de saint Vincent de Paul , p. 135.)

m instruire en cette nature de doctrines que peu de personnes savent comme lui, au rapport du défunt père de Condren, qui l’estimait beaucoup et qui lui avait donné des ouvertures qui me seraient très utiles pour Notre-Seigneur, en qui je suis tout vôtre.

Olier.

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