A UN DE SES PRÊTRES
îl lui représente le bien qu’on peut faire clans les familles par la visite des malades.
[15 décembre 1642 (2).]
Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,
Je bénis Dieu du zèle qu’il vous donne pour son service, et de l’attrait particulier que vous avez pour travailler à lui gagner des âmes. Je crois que la meilleure voie que vous puissiez prendre dans le lieu et dans l’état où vous êtes maintenant, serait de vous rendre assidu à la visite des malades. C’est là où on assemble aisément une famille, qui, s’approchant volontiers des infirmes, et s’en approchant avec douleur et désolation, est dans une excellente disposition pour pr ofiter de ce qu’on lui dit. Il y a plus de bénédiction, selon la maxime du Sage, dans la maison des pleurs, que dans celle des ris et des festins. Aussi la préparation y est-elle plus grande pour l’instruction et l’édification que l’on y
(1) Cette lettre, qui est la CXXXV0 des imprim ées, donne le résumé de quelques considérations que M. Olier fit dans les premiers mois de son ministère et qu il put communiquer par écrit à quelqu’un de ses prêtres, en même temps qu’il les faisait entrer dans ses Mémoires.
(2) C’est la date donnée par les Mémoires.
donne. On insinue alors plus aisément qu’il ne faut pas attendre à ces heures d’infirmité pour se donner à Dieu ; qu’on y est souvent fort peu capable de faire une bonne confession; et qu’ainsi il est important de prévenir ce temps, et de prendre celui de la santé, dans lequel on a la mémoire libre, l’esprit sain, le jugement rassis; et où on n’est point inquiété ni abattu par les douleurs de la maladie, qui distraient beaucoup, et qui empêchent souvent le fruit du sacrement et de la confession, qu’on aurait ressenti dans un état de parfaite santé.
Il faut inciter ceux de la maison à prier Dieu soir et matin, et à adorer Notre-Seigneur intérieurement et extérieurement ; ce qu’il faut tâcher de gagner sur eux durant le temps de ces visites, afin que les âmes y soient habituées avant qu’on les quitte. Il faut particulièrement recommander cela au père de famille, lui remontrant combien il y est obligé. Il faut lui faire connaître que peut-être Dieu le punit de maladie en une personne de sa famille, ou en sa propre personne, à cause des péchés qui s’y commettent, qui méritent toujours d être punis d’une façon ou d’autre, et qui font que si on n arrête le cours de sa justice par la prière, on ne doit attendre que de terribles châtiments. On peut aussi représenter que la douleur que souffre le malade n est qu’un avertissement des peines mille fois plus rigoureuses qui sont à craindre en 1 autre vie, si on ne les prévient en celle-ci.
Il est encore important d’exhorter la famille à faire toutes ses œuvres pour l’amour de Dieu, à assister autant qu’il se pourra aux offices divins, à réciter quelques prières vocales , à louer Dieu devant et après le repas, à s’acquitter comme il faut des autres devoirs chrétiens.
Il faut surtout exhorter les pères et les mères à ne point donner mauvais exemple par leurs paroles, ou par leurs œuvres, à cause que les enfants ayant naturellement une grande inclination au mal, ils seraient cause par cet exemple et de leurs péchés et de leur damnation. Qu’ainsi ils doivent bien prendre garde de ne jurer point, de ne point dire de sales paroles, de ne point commettre d’impiétés, ni d’irrévérence contre la gloire de Dieu, ou contre la religion.
Cette manière de gagner les âmes a des fruits admirables, et je l’ai vu pratiquer avec une bénédiction extraordinaire. C’est un moyen qui est plus sûr et pour les prêtres, et pour les peuples, que tous les autres. Et je pense que c’était de la sorte que les Apôtres, par des exhortations familières, faisaient leurs missions dans les maisons. Il me semble aussi que ce moyen est fort propre pour vous, et qu’il a bien du rapport à votre grâce. Si vous le voulez essayer, je crois que vous ne regretterez pas dans la suite d’avoir déféré à l’avis de celui qui est tout vôtre en Jésus et Marie.