‹ Lettres de M. OlierChapitre 104 sur 226 · A UN OU A PLUSIEURS DE SES DISCIPLES · texte numérisé non relu

A UN OU A PLUSIEURS DE SES DISCIPLES

Comment il faut honorer les saints aux jours de leurs fêtes.

[Vers le 19 janvier 1643 (3).]

Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,

Notre-Seigneur m’a donné ce matin de quoi répondre à votre lettre, et satisfaire à votre désir, en me faisant connaître la manière dont nous pouvions nous occuper sur les saints, et nous entretenir aux jours de leurs fêtes. Je voyais premièrement qu’il fallait les honorer en leur gloire, et se réjouir avec eux de l’honneur et du service qu’ils avaient rendu à Dieu durant leur vie, reconnaissant avec eux la libéralité de ce grand Seigneur et de ce souverain Maître , qui récompense ainsi ses serviteurs. Je voyais aussi qu’il fallait se réjouir avec Dieu de l’honneur qu’il recevait par ses saints, à l’occasion desquels on lui rendait tant de louanges.

(1) C’est la CLXXP des imprimées.

(2) M. Olier, parlant dans ses Mémoires de ces vues que Dieu lui avait données la veille de la fête de Saint-Sulpice, dit qu’il les a reçues pour l'entretien de la jeunesse du séminaire et de sa Compagnie.

(3) Cette date est donnée par les Mémoires.

Je reconnaissais encore qu’il fallait s’unir à leur esprit, et se lier à eux, pour rendre à Dieu les mêmes honneurs et les mêmes louanges qu’ils lui rendent dans le ciel, et qu’il fallait se faire ainsi leur aide et leur supplément, pour glorifier Dieu et le louer de toutes ses grâces et de tous ses bienfaits. C’est la joie la plus grande que reçoivent les saints, que d’avoir des associés avec eux, qui les aident à louer Dieu, et qui suppléent au désir qu’ils auraient de le magnifier par cent mille et cent mille bouches s’ils les avaient. Je remarquais même comme il fallait, pour les contenter, se lier avec eux à Notre-Seigneur, pour offrir au Père les louanges et les hommages de son Fils. Car comme ils savent qu’ils ne peuvent satisfaire à Dieu que par le culte et la religion de Jésus-Christ, aussi ne peuvent-ils se contenter que par les respects qu’ils empruntent de ce divin Sauveur pour honorer Dieu comme il mérite.

Les anges mêmes dans le Ciel en usent de la sorte : et l’Eglise nous dit que c’est par lui que tous ces esprits bienheureux adorent sa souveraine Majesté. Per quem 3îajestatem tuam laudant Ângeli, adorant Dominationes, tremunt Potestates : Les anges louent Dieu par les louanges de Jésus-Christ. Par lui les Dominations l’adorent et les Puissances le révèrent. Par lui toutes les Vertus des cieux, et tous les Séraphins chantent à Dieu ce grand cantique : Saint, Saint , Saint; ne pouvant se contenter autrement. Et voici comment cela se fait. Tous les saints étant conformes à Jésus-Christ, et ayant tous en eux son même esprit répandu dans leur cœur, qui loue et glorifie Dieu incessamment, ils louent tous en lui la majesté de Dieu, à cause qu’ils s’unissent à ses louanges, et se rendent au torrent de magnificence que l’esprit de Jésus rend en eux à cette divine Majesté. Us

sont comme les poissons qui se laissent conduire au branle et au mouvement de la mer. Car les saints étant comme abimés dans la personne de Jésus-Christ, ils se laissent aller au branle de son esprit : ils se laissent porter aux saints mouvements, dont il honore Dieu, et à ses élévations perpétuelles, qui étant infiniment parfaites et agréables au Père, le contentent en son Fils, sans lequel ils ne pourraient le satisfaire, n’y ayant que lui qui soit digne de Dieu.

Je souhaite que vous expérimentiez bien cette vérité sur la terre; et que la conviction qu’on ne peut rien qu’en Notre-Seigneur, et qu’on ne saurait rendre à Dieu ses devoirs, que dans le secours de son divin esprit, vous fasse aimer cet exercice. Je prie ce divin Seigneur de rendre notre cœur un digne temple de ses louanges, dans lequel il puisse honorer Dieu son Père comme il désire. Et puisqu’il lui veut rendre en nous ses devoirs, et qu’il désire que nous servions comme de supplément à l’abondance de sa religion, et de son amour qu’il répand en nous, ne pouvant le contenir en lui-même; liez-vous particulièrement à lui en tous les saints, afin d’entrer avec eux en société de ses hommages. Il est mort pour s’acquérir et se consacrer nos cœurs comme ses temples, dans lesquels il puisse magnifier Dieu : et tous les saints au ciel sont comme autant d’échos qui lui servent à multiplier les louanges qu’il rend à la gloire de Dieu. C’est là l’objet des peines et du travail de Jésus-Christ sur la terre, que d’acquérir des âmes, qui lui aident à glorifier son Père, n’ayant point de plus grand repos ni de plus grand soulagement, que de se répandre ainsi dans les saints, et de trouver en eux des aides à son amour, qui par ce moyen s’étend, et se multiplie à la grande gloire de Dieu.

C est ainsi que les âmes qui vivent sur la terre se doivent disposer, pour aider à Jésus-Christ et à ses saints à glorifier Dieu dans les jours de leurs fêtes. Et c’est aussi ce que fait la sainte Église, qui se joint au saint qu’elle honore, afin de se donner pour aide et supplément à sa dévotion, concourant mutuellement avec lui pour glorifier, et pour rendre à sa Majesté les devoirs et les hommages qu’il lui rendrait lui seul, s’il était multiplié dans tout autant de bouches et de cœurs qu’il y a de sujets dans l’Église qui honorent et qui glorifient Dieu avec lui. Tant plus les peuples louent Dieu en ces jours, et tant plus les saints ont de joie et de consolation d’avoir dans leur sein tant d’honneurs et de louanges à rapporter à Dieu. Le serviteur est d’autant plus glorieux, qu’il a plus de moisson à porter dans la maison de son maître : et plus il voit qu’on lui apporte de richesses, plus il se réjouit. C’est pourquoi dans ces jours on doitpour le contentement des Saints, et encore plus pour la gloire de Dieu, s’assembler pour bénir son saint nom sous leur protection, s’unissant à leurs louanges et aux devoirs que chacunrend àDieu, quisontsans nombre, à cause des devoirs de tous les autres saints, auxquels il participe par l’union qu’il a avec eux, etc.

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