‹ Lettres de M. OlierChapitre 11 sur 226 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

SES OCCUPATIONS A PARIS, SON VOYAGE EN BRETAGNE, LE REFUS D’UN AUTRE ÉVÉCÏ1É.

Étant parfaitement guéri il revint à Paris et s’employa comme auparavant à faire des missions à la campagne. Il donnait le temps qu’il passait dans la ville, à l’étude, au secours des pauvres et à l’instruction de plusieurs jeunes écoliers, ayant toujours des jeunes gens auprès de lui pour les former de bonne heure au service de Dieu.

Il se sentit en ce temps-là fort pressé de faire un

voyage en Bretagne, et il s’y détermina en l’absence de son directeur, craignant de manquer aux ordres de son souverain maître. L’événement fit voir que l’esprit de Dieu l’y conduisait pour la réforme d’un monastère de religieuses, où l’esprit du monde s’était tellement établi, qu’il en avait banni toute la régularité et y avait introduit des divisions étranges (1).

Une entreprise si difficile ne pouvait réussir que par un secours extraordinaire du ciel ; il fallut que M. Olier travaillât à son ordinaire à l’obtenir par son humilité et par ses souffrances; n’ayant trouvé que des rebuts, et s’étant vu contraint de se mettre à couvert pendant la nuit dans une étable très incommode et pleine d’infection , le lendemain il prêcha avec tant de force et d’onction, qu’il ramena à leur devoir plusieurs de ces pauvres filles, et fit en sorte que quatorze religieuses, de quarante qu’elles étaient, commencèrent à pratiquer l’oraison et à vivre en communauté. Leur exemple ayant ensuite gagné les autres, le bon ordre fut entièrement rétabli dans cette maison; et ces filles vécurent depuis dans une parfaite union, donnant beaucoup d’édification à tous les peuples de ces quartiers.

Son travail fut récompensé d’une autre maladie qui l’arrêta en Bretagne jusqu’au commencement de l’année 1639 et lui donna le loisir d’affermir cette réforme : il retourna ensuite à ses exercices ordinaires et aux missions, pendant une desquelles M. le cardinal de Bicheüeu lui écrivit que le roi l’avait nommé à la coadjutorerie de l’évêché de Châlons-sur-Marne, et lui en envoya en même temps le brevet. M. Olier reçut cet

(1) Il &’agil du prieuré de la Régrippière, de l'ordre de Fontemult, à deux lieues de Clisson en Bretagne.

honneur avec beaucoup de reconnaissance , mais il ne put se persuader que Dieu le voulût dans cette haute dignité. Ceux dont il prit conseil, voyant sa grande opposition , ne crurent pas le devoir obliger à agir contre son attrait : ainsi il écrivit à M. le cardinal pour le remercier très humblement de l’honneur qu’il lui avait fait, et pour le prier de faire en sorte que le roi nommât une autre personne pour remplir cette place.

Ce refus étonna tout le monde et donna une extrême peine à ses parents, qui ne pouvaient goûter une conduite si extraordinaire et si opposée aux inclinations de la nature, mais l’Esprit-Saint, qui voulait que, sans se fixer au service d’un diocèse, il fût utile à plusieurs provinces , le fortifia contre les discours du monde et contre les reproches de sa parenté : et pour récompenser l’humble refus qu’il avait fait de la dignité épiscopale, la Providence lui donna moyen de laisser plusieurs successeurs de son sacerdoce. "Voici comme la chose s’accomplit.

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