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PROJET DU SÉMINAIRE

Le R. P. de Condren, qui était pour lors général de la congrégation de l’Oratoire, et qui n’était pas moins zélé pour le bien universel de l’Église, que pour l’accroissement de la perfection de sa compagnie, désirait depuis longtemps une communauté qui eût pour but principal de former les ecclésiastiques, et de les aider à se disposer aux saints ordres et aux fonctions sacerdotales. Cet homme éclairé voyait qu’à la vérité les

missions étaient un moyen admirable pour retirer les peuples de l’ignorance et du vice ; mais il comprenait aussi qu’il était absolument nécessaire que le bien commencé dans les missions fût ensuite soutenu par de saints pasteurs et par de bons prêtres, afin qu’il ne se dissipât point, mais qu’il fût stable et permanent, suivant les paroles de Notre-Seigneur à ses disciples : Posui vos ut eatis, et fructum afferatis , et fructus vester maneat. Je vous ai établis afin que vous alliez et que vous rapportiez du fruit et que votre fruit demeure.

Il communiqua un jour son désir et ses vues à plusieurs ecclésiastiques de grand mérite qu’il avait sous sa direction, du nombre desquels était M. Olier, et les exhorta à s’unir ensemble pour former un séminaire, selon les ouvertures que la Providence leur en présenterait : car Dieu n’avait point manifesté au P. de Condren le temps auquel cette œuvre devait être commencée ni de quelle manière elle devait être accomplie.

Cette proposition fut goûtée de tous ces bons prêtres : ils s’unirent ensemble pour ce dessein, et un d’entre eux qui était fort capable et fort pieux fut choisi pour être le supérieur; mais la Providence divine, dont les voies sont infiniment élevées au-dessus de celles des hommes, en avait choisi un autre : elle voulait mettre pour la pierre fondamentale de cet édifice une personne qui, outre la sagesse humaine, la science acquise et les talents de la nature, eût une lumière de grâce, une science céleste et des dons extraordinaires : c’était M. Olier que Dieu destinait à cette grande entreprise. Mais afin que l’homme y eût moins de part, et que l’ouvrage fût attribué à la grâce toute seule, il le tint pendant les deux années qui précédèrent immédiatement l’établissement du séminaire dans un état de

souffrance et cl’abjection si grande, que celui qui devait être, incontinent après, le chef des autres, semblait être pendant ce temps-là le rebut et la balayure du monde.

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