LETTRE XCI
A MADAME ROUSSEAU
II l’exliorte à se tenir an pied de la croix avec la très sainte Vierge et à prier pour la cessation des troubles (2).
[Vers la fin de juin -1045 (3).]
Madame,
Je ne puis assez vous remercier du bien que vous me faites en m’écrivant souvent. Car étant dans les peines où je suis pendant cet orage, où le malin travaille comme il veut, selon que vous me le marquez, je ne puis que je ne sois toujours en désir de savoir l’état et le progrès des choses. Souvenez-vous d’une parole que dit autrefois Notre-Seigneur à ses diciples. Le malin a demandé à Dieu de vous cribler. Par là il les disposait à la grande tentation qu’ils souffrirent en sa mort qui était l’heure de la puissance des ténèbres, en laquelle Dieu avait lâché la bride à la malignité
(1) C’est la CLIIIe des imprimées.
(2) L’orage dont parle ici M. Olier est sûrement la persécution qu'il endura en juin 1645 etdont les détails sont rapportés dans sa Vie, t. II, p. 131.
(3) Les premiers historiens de M. Olier disent unanimement que cette bourrasque ne s’apaisa quau bout de quarante jours pendant lesquels saint Vincent de Paul, au nom de la reine, conclut avec M. de Fiesque un nouveau traité où M. Olier fil tous les sacrifices qu’on désira. C’est probablement pendant ces pourparlers que fut écrite à Marie Rousseau cette lettre où, il est vrai, on ne lit pas son nom, mais qui ne convient qu’à elle. Cette sainte veuve nous apprend elle-même dans ses Mémoires, qu’elle n intervint pas en faveur du serviteur de Dieu à la manière des autres dames qui, comme la princesse de Condé, la duchesse d’Aiguillon, etc., agirent auprès des juges, mais qu’elle se contenta de prier au pied des autels, « comprenant, dit-elle, qu’il n’y avait rien à espérer que de la grâce du très saint Sacrement et des prières de la très sainte Vierge, qui faisait agir ces dames et les autres fidèles à l’œuvre de Dieu.» (18 juin 1645.)
des dénions. Pendant tout ce temps-là tous les disciples, hormis saint Jean, quittèrent le Fils de Dieu : mais la sainte Vierge demeura inébranlable dans la foi de son Fils, et dans l’estime de sa grandeur. Tenez-vous avec elle recueillie en silence et en paix au pied de la croix de Jésus. Tenez-vous intimement unie à la force de cette divine Mère, laquelle l’Écriture sainte nous marque avoir été debout sur le Calvaire, pour exprimer la force de son cœur, et sa constance dans la tribulation de la Croix, qui était inexprimable. Si on vous dit de vous retirer, ou de vous mêler seulement de prier Dieu, regardez cela en Dieu, le remerciant de l’obligation qu’il vous signifie et vous impose si doucement. Dieu vous fait le mal d’une main, et vous donne le remède de l’autre.