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LES PEINES INTÉRIEURES DE M. OLIER

l’usage qu’il en fait et le profit qu’il EN TIRE.

Pour rendre même cet état d’humiliation plus saint et plus méritoire, il voulut qu’il le désirât comme une grâce, et lui inspira de faire deux demandes qui ne pouvaient être que l’effet d’une vertu héroïque et d’un amour très pur. La première, qu’il plût à sa divine Majesté changer en peines intérieures les traverses qu’il souffrait de la part de ceux qui lui suscitaient des procès. Et la seconde, qu’il voulût lui ôter la réputation qu’il avait, et éloigner de lui les applaudissements qui l'accompagnaient dans tous les emplois.

Cette prière si chrétienne fut exaucée aussitôt, par celui qui en était hauteur, et qui l’avait formée dans le cœur de M. Olier : car très peu de temps après Notre- Seigneur sembla lui retirer sa lumière et le dépouiller de ses dons : il lui ôta toutes ses vues de la beauté et de la bonté de Dieu qui avaient auparavant donné de si violents assauts à son cœur, qu’il était obligé de se soulager en criant : O amour! ô amour! tout cela, dis-je, s’éclipsa et ce saint prêtre n’eut à la place de ses grâces et de ses lumières que des ténèbres épaisses et des vues terribles de la justice d’un Dieu irrité.

Dans tout ce temps il ne recevait de la part de son souverain maître que des mépris et des rebuts : il ne pouvait se considérer lui-même, que comme un réprouvé, et comme le Judas de la compagnie avec laquelle il travaillait. Il ne trouvait aucune consolation parmi les hommes : et quand son directeur l’assurait que ses craintes et ses angoisses étaient des épreuves de Dieu, et des peines qui passeraient, il ne pouvait se le persuader; mais il répondait en versant des torrents de larmes : Et plût à Dieu que ce ne fussent que des peines, et qu'elles pussent durer toute une éternité ! je ne m'en soucierais nullement, pourvu que je ne fusse pas haï de Dieu.

Tous ses travaux pour le prochain lui paraissaient stériles et dignes de malédiction : l’usage même des talents naturels lui fut souvent ôté pendant ces deux années : et il est arrivé plusieurs fois, qu’au lieu de parler avec la facilité et l’éloquence qui lui étaient ordinaires il se trouvait comme interdit dans la chaire et dans la conversation , tout lui étant ôté de l’esprit et de la mémoire.

A ces souffrances, les hommes ajoutaient leurs persécutions et leurs mépris. On fit mille railleries de lui à la cour sur le refus de la coadjutorerie de Châlons; des personnes éminentes condamnèrent sa conduite, ses amis l’abandonnèrent, et les ecclésiastiques avec qui il travaillait s’imaginèrent qu’il se repentait de son refus, et que l’abattement de son visage venait du regret qu’il avait de se voir éloigné des dignités et des plaisirs d’une vie commode. Comme ils remarquèrent qu’il n’avait pas toujours la même liberté dans ses fonctions, ils l’observaient avec quelque sorte de défiance, et faisaient difficulté de l’employer. Leur peine

contre lui alla même si avant qu’un des plus considérables lui dit plus d’une fois, qu’on n’avait que faire de lui, et qu’il ne devait songer qu’à se cacher dans un trou. Enfin le démon se mettant de la partie, les tentations d’orgueil et de l’amour de soi-même l’affligèrent de telle sorte, qu’il croyait que ses malheureux vices, pour lesquels il avait auparavant une aversion extrême, fussent le principe et comme l’âme de toutes ses actions : ce qui lui causait une étrange affliction.

Voilà l’état où Notre-Seigneur réduisit son serviteur pendant ces deux années. Voici les dispositions avec lesquelles il supporta un si rude martyre.

Durant tout ce temps ce serviteur fidèle ne quitta point l’oraison ni les exercices de piété, ni les travaux de la mission. Il fut toujours parfaitement exact aux plus petites choses : il ne s’offensa jamais des mauvais traitements qu’il recevait du prochain : jamais il ne se lassa des souffrances, jamais il ne se plaignit de la conduite que Dieu gardait sur lui. Il demeura dans une soumission parfaite et il s’abandonna entièrement à ses volontés. Au plus fort de ses souffrances son cœur ne perdit point la paix, et dans le temps de ses plus grandes peines il ne donna point d’autres marques de sa douleur que ces mots qu’il disait quelquefois en soupirant : Mon Dieu, vous êtes bien changé !

Tant de fidélité, tant de courage et tant d’amour pendant une si rude épreuve ne pouvaient être que des sources de grâces extraordinaires. Aussi quoiqu’avant ces deux années la vertu de M. Olier eût paru consommée, il faut néanmoins avouer qu’elle devint incomparablement plus pure et plus sublime qu elle n’avait jamais été. Ce fut alors que Dieu l’ayant élevé à un degré éminent de grâce et de sainteté, la

Providence donna commencement à l’œuvre qu’elle lui voulait confier. La chose se passa de la sorte.

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