‹ Lettres de M. OlierChapitre 127 sur 226 · A LA PRINCESSE DOUAIRIÈRE DE CONDÉ · texte numérisé non relu

A LA PRINCESSE DOUAIRIÈRE DE CONDÉ

Il lui envoie une ample instruction sur l’usage qu’elle doit faire de la grandeur et la manière dont elle doit vivre dans sa condition.

[Premiers mois de 1647 (3).]

Madame,

Rien n’a de vie soit dans le monde de la nature, ou celui de la grâce, qui est la sainte Église, sans le fonds

(1) Sur une très ancienne copie dont la CCc des imprimées reproduisait seulement une partie et encore décolorée par le retranchement des traits plus personnels qui s'y rencontraient.

(2 et 3) Charlotte-Marguerite de Montmorency, sœur de l'infortuné duc dece nomqui fut décapité à Toulouse en 1632, naquiten 1593 et futmariée, le 3 mars 1609, à Henri de Bourbon, prince de Condé. Elle se montra constamment l’une des paroissiennes de Saint-Sulpice les plus assidues à toutes les pratiques de la religion et les plus dévouées à M. Olier, dont elle

de l’esprit. Et d’autant plus que les choses sont élevées en l’un et l’autre monde, autant plus leur vie est parfaite et leur esprit est éminent. De là vient, Madame, que votre obligation est plus grande de vous instruire de la pureté de vos voies et de la sainteté de votre esprit, lequel est d’autant moins connu qu’il se trouve peu de personnes de notre état qui travaillent à en donner la lumière, et moins encore, dans le vôtre, qui étudient leur vocation en Dieu et qui pensent à entrer dans l’esprit et la grâce de cette condition.

Je ne puis pas, Madame, vous celer ce que j’en vois, ni vous cacher les dispositions intérieures et la conduite de sainteté que Dieu demande de votre âme. Car, outre mes obligations générales, vous étant donné de Dieu en la manière que je suis, je dois vous en montrer les ouvertures et vous exposer les moyens faciles pour y entrer.

11 y a bien longtemps que Dieu vous a préparée à ce qu’il vous demande maintenant; et plus j’étudie ses voies sur vous, plus j’aperçois de grâces singulières qui marquent le dessein de vous sanctifier.

prit la défense en toute occasion. Celui-ci, de son côté, ne négligea rien pour la faire avancer dans les vertus et la rendre digne, par sa piété, du haut rang qu’elle occupait à la cour et dans le monde. Le prince de Condé étant mort, le 26 décembre 1646, il s’empressa de répondre au désir qu’elle lui exprima d’avoir quelques pratiques chrétiennes et intérieures pour sanctifier désormais plus parfaitement toutes ses actions. A cet effet il fit pour elle seule, et avec de très minutieux détails, ce qu’il devait faire un peu plus tard, pour tout son troupeau, en publiant la Journée chrétienne. Non content de lui tracer les règles qu’elle devait suivre pour vivre en princesse chrétienne, il lui indique des vues et des intentions très élevées dont elle pourrait s’occuper.

— Celte date approximative est donnée par la lettre elle-même, où l’on voit que la princesse se disposait à reparaître dans le monde, après en avoir été séparée quelque temps par son grand deuil de quarante jours et par une petite maladie qu’elle avait faite.

C’est pour cela, Madame, qu’il a pris tant de soin de mettre en vous, pour le fondement de son œuvre, des qualitéssi sortables à votre condition, joignant aussi les dispositions intérieures en votre âme si propres à la vertu et à la grâce ; par-dessus cela, les protections extraordinaires dont il a conservé votre personne à la face de tout le monde, faisant voir sensiblement par ces marques qu’il vous désire comme un flambeau de piété dans votre condition, et montrer en votre personne quelle est la vocation et l’esprit d’une princesse chrétienne (l).

C’est même dans cette vue que cette bonté divine et sagesse admirable, qui conduit son ouvrage avec tant de douceur et de suavité, vous avait autrefois appelée pour voir dans un pays étranger le modèle de la sainteté qu’il désirait montrer par vous en ce royaume.

Dans cette retraite il vous faisait étudier une leçon ad-

mirable dans la conduite d’une femme sanctifiant la qualité d’archiduchesse, qu’il fait revivre en votre personne, dans le dessein de sanctifier la grandeur de princesse qu’il a mise dedans vous. C’est de quoi vous doit avertir celui qui est en Jésus-Christ

Votre...

(1) Ce passage et le suivant sont une allusion à l’exil auquel se condamna volontairement la princesse , pour échapper aux poursuites de Henri IV. L’archiduchesse des Pays-Bas, Isabelle-Claire- Eugénie, infante d'Espagne, la reçut à Bruxelles et lui donna les plus beaux exemples de vertu. ( Vie de M. Olier, t. II, p. 125-126.)

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