‹ Lettres de M. OlierChapitre 128 sur 226 · DE LA GRANDEUR EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE LA GRANDEUR EN GÉNÉRAL

Comme Notre- Seigneur est venu au monde non pas pour détruire l’œuvre de Dieu son Père, mais pour le rétablir en sainteté, ayant trouvé les princes et les grands de la terre comme des restes de son éclat et de la majesté qu’il avait établie en Adam devant le chaos du péché, au lieu de les abolir il prétend de les sanctifier et les remplir de soi, pour paraître sous eux dans la splendeur de ses voies divines.

Souvenez-vous, Madame, que comme Dieu avait fait le premier homme, dans le paradis terrestre, pour représenter la grandeur de sa gloire en qui toute la créature faisait hommage, et tout servant à 1 homme servait en même temps à Dieu qui habitait en lui.

Notre-Seigneur venant au monde a voulu sanctifier ce saint état et réparer la ruine où il était tombé. Et comme Adam déchu de sa grandeur parle péché a été réduit dans un état de servitude et de misère extrême, le commun des hommes a hérité de cette condition et vit, comme l’on voit, d’une façon digne de pitié et de compassion. Et les grands au contraire conservent quelque chose de la splendeur divine.

Donc Dieu le Père , qui veut réparer tout état en son Fils Jésus-Christ, rétablit Adam dans sa grandeur première quand il sanctifie les grands, et qu il parait sous eux dans une majesté plus grande qu’auparavant, puisqu’il parait en celle de son Fils ressuscité qu’il tient présent au monde sous les princes et les rois, ne s’étant montré jusque-là que sous une copie légère de sa beauté dedans Adam.

Tout au contraire Dieu a voulu sanctifier l’état de sa misère et sa conduite de pénitence, quand il a fait paraître son Fils sous l’infirmité de la chair semblable à celle d’Adam pécheur, rempli de douleur et d’opprobre, déchu de la splendeur de Dieu et de la grâce de l’innocence.

Par là l’on voit que tout état est sanctifié en Jésus- Christ, soit celui de la gloire et celui de l’opprobre, celui de la puissance et de l’infirmité, et celui des grands et des petits, et celui des riches et des pauvres. Il ne iaut regarder que la vocation et s’y sanctifier, entrant dans l’esprit et la grâce que Jésus-Christ nous a acquise et laissée sur la terre.

Et bien loin que je croie que l’état des grands soit un état d abomination, je le regarde comme un état de sainteté admirable, et sur lequel Dieu a toujours des desseins éminents.

11 est vrai qu’autrefois la reine Esther en prenant un diadème sur sa tête et s’adressant à Dieu comme au cher témoin de son cœur, elle lui disait qu’elle avait en horreur et en abomination ce signe de superbe à cause des malheureux effets qu’il causait dans le siècle, servant tous les jours à faire des faux dieux qui, se mettant à la place de Dieu, reçoivent pour eux les révérences et les hommages des créatures, ne prenant rien pour celui dont ils tiennent la place.

En ce sens la condition des grands est une abomination, et c’est dans cette vue qu’Esther parlait de sa couronne, comme étant une même chose avec celle d Assuérus, roi païen, qui tenait la place d’une idole dans le temple du monde.

Ensuite de quoi l’on peut avoir aversion en général de la grandeur à cause du mésusage que l’on en fait.

Mais pour le fond de l’institution divine et surtout réparée en Jésus-Christ et sanctifiée en sa grâce de résurrection , je ne trouve rien de plus beau, de plus aimable etde plus saint; et de même que les chrétiens en la présence des grands doivent toujours contempler, par les yeux de la foi, la grandeur et la royauté de Jésus-Christ éclatant en leurs personnes , qui méritent en cette vue leurs adorations et leur amour; ainsi les grands de leur côté doivent être revêtus de sainteté, de douceur, de bonté, et de toutes les perfections de Dieu même.

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