‹ Lettres de M. OlierChapitre 14 sur 226 · COMMENCEMENT DU SÉMINAIRE A VAU GIRARD · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DU SÉMINAIRE A VAU GIRARD

Cette compagnie d’ecclésiastiques avec lesquels le R. P. de Condren avait uni M. Qlier pour le dessein que nous avons dit, après avoir continue les missions pendant quelque temps, s’arrêta à Chartres, ils essayèrent d’y établir un séminaire ; mais y ayant demeuré huit mois sans que personne se joignit à eux, n1 que l’entreprise eût aucun succès, ils crurent que l’heure de cet établissement n’était pas encore venue, et que Dieu réservait cette œuvre à un autre temps; ainsi ils jugèrent qu’ils devaient recommencer les missions.

Mais dans ce temps-là même qu’ils se disposaient à reprendre leurs premiers emplois , et que plusieurs d’entre eux étaient écartés en différentes provinces pour diverses affaires , la Providence ordonna qu un de ces bons ecclésiastiques (1) vint à Paris et que, dans un entretien qu’il eut avec une personne de piété (2), il lui fit le récit du dessein qu’ils avaient eu , et de ce qu’ils avaient inutilement commencé à Chartres.

Cette personne goûtant fort cette œuvre, fut fort affligée de ce qu’elle n’avait pas réussi : et représentant à ce bon prêtre qu’il ne fallait pas abandonner une entreprise qui pouvait être si utile à la gloire de

(1) M. Charles Picoté, du diocèse d’Orléans.

(2) Mme de Villeneuve, fondatrice de l’institut des Filles de la Cioix.

Dieu et au bien de l’Église, elle ajouta que venant demeurer à Vaugirard proche de Paris, ils pourraient assister aux offices de cette paroisse, et s’occuper dans la maison à instruire les ecclésiastiques qui s’adresseraient à eux. Elle s’offrit même de fournir pendant quelque temps ce qui serait nécessaire pour l’entretien des ecclésiastiques, et enfin elle fît de si grandes instances pour cela, qu’elle obligea ce bon prêtre d’en écrire à ceux de sa compagnie.

Plusieurs d’entre eux ne voulurent point écouter cette proposition. M. Olier s’y opposa lui-même assez longtemps, et on ne put gagner sur lui autre chose, sinon qu’il recommanderait cette affaire à Notre-Seigneur.

Il se retira au commencement du mois de décembre de l’année 1641, à une maison de campagne proche de Paris pour y faire les exercices spirituels et demander la lumière du ciel sur la proposition qu’on lui faisait. Ses prières furent efficaces, car il se trouva sur la fin de sa retraite si encouragé à travailler à cette œuvre, et tellement assuré de la protection et du secours de Dieu qu’il anima plusieurs de ces bons ecclésiastiques à entreprendre l’établissement d’un séminaire. Il fit dans ce même mois une seconde retraite, où Dieu le confirma encore dans ce dessein et le remplit de l’esprit qu’il devait inspirer à la communauté qu’il allait former; et comme il priait pour tous ceux qui avaient commencé le séminaire à Chartres, Notre-Seigneur lui fit connaître qu’il y en avait parmi eux qui n’étaient pas appelés à cet emploi , et dont la Providence voulait se servir ailleurs.

^ Ceux donc qui n’étaient pas appelés à cette œuvre s étant retirés d eux-mêmes, et M. Olier ayant été assuré

par des personnes très éclairées et par de grands serviteurs de Dieu , que c’était sa volonté qu’il établit un séminaire, il vint à Vaugirard et y loua une maison au commencement de l’année 1642.

Dieu donna aussitôt une telle bénédiction à cette entreprise, que, quoique notre saint prêtre fût logé avec les ecclésiastiques qui l’avaient suivi, dans une des plus pauvres maisons de ce village, quoiqu’ils habitassent un logis si petit qu’il fallut pratiquer des chambres dans un vieux colombier, quoiqu’ils manquassent de plusieurs commodités, étant réduits à vivre de ce qu’une personne de piété leur donnait par aumône, tous leurs revenus ayant été consumés aux frais des missions et du séminaire de Chartres, néanmoins dès les premiers mois plusieurs personnes considérables par leur naissance et par leur piété vinrent se ranger auprès cl’eux pour se former aux vertus et aux fonctions ecclésiastiques.

Ils étaient tous sous la conduite de M. Olier dont ils écoutaient les instructions avec une docilité non pareille; car alors ses premières lumières lui furent rendues., et Dieu lui en communiqua de plus pures, de plus étendues et de plus efficaces qu’il n’avait fait auparavant. Ils recevaient avec une sainte avidité la nourriture céleste qu’il donnait à leurs âmes, et ils ne laissaient perdre aucune des paroles de vie qui sortaient de sa bouche.

Mais ceux qui avaient été en sa compagnie les deux années précédentes ne pouvaient l’entendre qu’avec admiration. Us avaient été témoins de l’état où il avait été réduit, lorsque les paroles lui étaient ôtées dans le temps qu’il voulait exhorter les peuples, ou converser avec le prochain , et alors ils l’entendaient

parler de Dieu avec tant de force , expliquer les mystères d’une manière si sublime, et résoudre avec tant de clarté les difficultés qu’on lui proposait, qu’ils étaient dans un étonnement continuel d’un changement si extraordinaire. 13s étaient obligés d’avouer que Dieu parlait par son serviteur, et que celui qui lui avait fermé la bouche, la lui ouvrait pour publier les merveilles de sa loi.

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