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DISPOSITIONS CHRÉTIENNES

Du lever (1).

De même que le jour du chrétien est un abrégé de sa vie, ainsi la nuit lui est destinée pour une image de sa mort. Pour cela Notre-Seigneur disait en l’Évangile, en parlant de la mort : La nuit vient, en laquelle personne ne peut travailler.

Il faut que vous regardiez votre lit comme un tombeau où vous allez mettre votre corps en dépôt en attendant la résurrection du matin; et comme la mort des chrétiens ne peut être en attente de la résurrection qu’en la mort de Jésus-Christ, il faut regarder votre lit dans la foi comme le tombeau du Fils de Dieu, dans lequel vous allez vous reposer pour vous lever le lendemain dans un esprit de joie avec le Fils de Dieu res-

(1) Journée chrétienne, 2e partie.

suscité, qui disait d’un grand cœur en se levant de son tombeau : Ego dormivi et soporatus sum, et exsurrexi. J’ai dormi et me suis reposé de mon travail en mon sommeil; et puis je me suis levé en ma résurrection pour honorer mon Père et le glorifier en tout moi-même. Cor meum et caro mea exultaverunt in Deum vivum. Ma chair désolée sur la terre en ma première vie est entrée par ma résurrection en la joie de mon cœur et de mon intérieur divin pour honorer et louer Dieu en tout moi-même. Omnia ossa mea dicent : Domine, quis similis tibi ? Mes os, qui étaient insensibles et muets en mon tombeau, étant devenus tout esprit par l’opération d’une vie nouvelle, seront en louange pour Dieu aussi bien que mon âme animée du Saint-Esprit. Et ce doit être votre disposition en vous réveillant le matin, à savoir, d’une nouvelle joie pourla nouvelle vie que Dieu vous a donnée en ce jour, en vous retirant du tombeau du sommeil afin de l’honorer, le servir et le glorifier par tout vous-même, ne voulant pas qu’il y ait rien en vous qui ne le serve et ne travaille à sa louange, pour obéir à ses desseins et user même de la grâce de son Fils qui vous a mérité cette journée, avec la vertu de la passer saintement à la gloire de Dieu.

Dites donc, en vous levant le matin, ces mêmes paroles du Fils de Dieu réveillé de la mort : Ego dormivi, et somnum cepi; et exsurrexi. J’ai dormi et j’ai pris mon sommeil dans le lit de mon sépulcre; puis je me suis réveillé.

Vous pouvez encore dire ces paroles du Fils de Dieu : Cor meum et caro mea exultaverunt in Deum vivum. Mon esprit et ma chair sont en joie d’avoir encore ce jour pour vous servir et honorer. Omnia ossa mea dicent : Do-

mine, quis similis tibiP Je me donne, ô mon Dieu, à votre Esprit, pour vous servir par lui en tout moi-même.

Si vous voulez, vous pouvez encore dire ces autres paroles de Jésus-Christ ressuscitant : B eus meus, ad te de luce vigilo. Sitivit in te anima mea. Je veux penser à vous et me donner à vous dès le premier moment de cette nouvelle vie. Hélas! que j’ai eu soif de vous, mon Père, dans le temps de mes sécheresses et des langueurs de ma vie mourante ! Combien plus ma chair avait-elle de droit de soupirer après vous! C’est en cette manière qu’il vous faut désirer le beau jour de l’éternité, représenté par le nouveau jour que Dieu vous donne .

Et pour entrer en une ressemblance fidèle à Jésus- Christ en sa résurrection, qui se réveilla par obéissance à la voix de son Père, ayez, Madame, une personne qui vouséveille soigneusement, à un temps arrêté, après tant d’heures de repos, en laquelle vous écoutiez la parole de Dieu qui vous réveille , qui sera une obéissance anticipée à celle que vous rendrez avec tous les hommes à la résurrection générale, qui, au premier signe de la voix de l’archange, expression du Verbe en qui le Père doit parler en ce jour-là à toutes créatures, se lèveront de leurs tombeaux; de quoi nous avons tous les jours des modèles dans les communautés bien réglées en l’Eglise, où l’on voit, au premier coup de cloche, centetdeux cents personnes tout d’un temps se lever de leurs lits , qui est pour vous un exemple de fidélité chrétienne que la Providence divine vous a rendu très familier, vivant si ordinairement avec ces saintes religieuses (1) qui vous sont autant de secours spirituels

(1) M. Olier parle des carmélites du premier couvent de Paris, chez qui madame la princesse se retira quelque temps après la mort de son frère, pour s’y consoler et s’y fortifier auprès de la vénérable mère Madeleine

que Dieu vous donne pour votre instruction , en qui vous pouvez voir tous les jours les images vivantes de votre résurrection spirituelle et de votre lever chrétien et plein de religion à Dieu le Père.

Offrande du lever.

D’abord donc que vous serezéveillée et levée en votre séant, après ces sentiments de joie que nous avons exprimés ci-dessus , consacrez votre lever à la résurrection de Jésus-Christ, et vous donnez à lui pour entrer intérieurement en toutes les dispositions de sa vie nouvelle.

Vous devez vivre en la conduite de cet Esprit de vie, qui vous montre par la foi les choses éternelles, et vous en imprime l’amour, avec le mépris des choses temporelles et le dégoût d’en user et d y prendre votre complaisance.

Il faut en vous levant encore vous abandonner à l’esprit de Jésus-Christ, qui est en vous comme chrétienne, afin qu’il vous anime et vous dirige en tout pendant cette journée, en renonçant en même temps à tous les mouvements de la vie de la chair, à laquelle vous devez faire profession d’être morte.

Croissez tous les jours, Madame, en dégoût de la vie présente, dont la vie de l’esprit de résurrection a un très grand éloignement et un entier mépris. A mesure que l’esprit de Dieu vivra en vous, celui du monde et de la chair y doit mourir, selon les obligations de votre baptême , dans lequel vous devez vous renou-

de Saint-Joseph. Depuis elle s’y fit disposer un appartement où elle venait souvent et passait des temps considérables. (Picot, Essai hist. sur Vinfl., etc., t. I, p. 377, note.)

veler tous les jours, en vous couchant et en vous levant, travaillant à vous ensevelir en la mort de vous-même dans le tombeau de Jésus-Christ, en vous mettant au lit; et, au contraire, vous renouvelant en la vie de Jésus- Christ ressuscité, en vous levant. Les paroles de saint Paul sont les instructions de cette pratique en nous disant : Vous êtes ensevelis avec Jésus-Christ, en la mort, afin que, comme il est ressuscité, vous marchiez en la nouveauté de sa vie. Vous demeurerez donc en cet esprit du Fils de Dieu en vous, tout ce saint jour, pour n’agir qu en sa lumière et en sa vie, renonçant incessamment à tout principe de chair, renonçant à toute raison humaine et à toute satisfaction des sens, ne voulant pour conduite que la foi et 1 amour , qui est la participation de cette nouvelle vie , dans l’attente assurée d’une vie future consommée en la gloire d’un jour éternel.

En mettant vos premiers habits.

Quand serai-je, ô mon Dieu, revêtue de vous-même, et que votre splendeur sera tout mon habit!

Que je dois être honteuse de me voir dépouillée de cet habit de gloire dont j’étais revêtue par l’innocence en Adam! Queces haillons, mon Dieu, me puissent servir de pénitence et de confusion, succédant à l’éclat et à la splendeur que j’ai perdue par mon péché!

Je ne suis que malignité en tout moi-même et que pèche. Il faut que je me cache et à moi , et à toute la créature ; et je voudrais, ô mon Tout, que je fusse tellement cachee à vos yeux par votre Fils, que je ne paraisse plus en rien de tout moi-même.

Après être vêtue suffisamment. — Pour commencer l’exercice du matin.

Premier point.

Vous adorerez Jésus- Christ ressuscité établi par son Père en toute la beauté de ses grandeurs divines.

Adorez sa qualité de Fils de Dieu en toute la splendeur de son état, comme aussi sa qualité de roi, de prêtre, et d’hostie consommée parfaitement en son amour et ses louanges.

Adorez ses grandeurs établies en lui en la sainteté de ses voies divines, dont Dieu a revêtu votre âme par le baptême, établissant en elle les mêmes qualités en semence qui sont en achèvement et consommation en lui; prétendant que vous alliez croissant de jour en jour jusqu’à l’établissement de l’homme parfait en vous, qui est le Fils de Dieu, qui paraîtra en toute l’étendue de ses perfections divines cachées sous notre chair, attendant la révélation universelle dans laquelle il manifestera la gloire de sa résurrection et de sa vie divine qui était cachée en ses membres.

Souvenez- vous donc que ce jour vous est donné pour croître et vous perfectionner en la vie ressuscitée de Jésus-Christ, qui sera en même temps l’établissement de sa mort en vous-même. Saint Paul nous apprend cette pratique : Vous êtes morts en votre extérieur, mais votre vie divine est cachée dans votre fonds intérieur par Jésus-Christ qui vous donne la vie de Dieu son Père, dont il a été revêtu extérieurement en sa chair au jour de la résurrection ; et quand vos corps seront ressuscités comme le sien, cette vie cachée en vous, comme elle était enlui,sefera voir en toute la splendeur de son

éclat divin. Morlui eslis, et vita vestra abscondita est cum Christo in Deo. Cum Christus appartient vita vestra, tune et vos apparebitis cum ipso in gloriâ.

Secoiîd point.

Priez beaucoup Dieu ensuite qu’il veuille réparer en vous cette vie que vous avez si souvent détruite par le péché.

Ayez horreur et confusion de votre péché qui l’a éteinte en vous, bien qu’elle fût plus auguste et plus sainte mille fois que la vie du corps de Jésus-Christ que les Juifs lui ont ôtée en le crucifiant. Ayez plus de regret de l’avoir privé de sa vie sainte en vous que si vous l’aviez crucifié dans sa chair et mis à mort dans la croix. Il a perdu cette vie de chair pour établir en vous la vie de son esprit , qui vous fait voir l’estime qu’il fait de sa vie spirituelle et divine dans vous par-dessus celle de son corps.

Troisième point.

Désirez que cette vie se renouvelle en vous par la sainte pénitence et ce baptême laborieux qui est laissé en l’Église pour renouveler en vous l’esprit de Dieu éteint par le péché.

Dites encore à Dieu : Je m’offre à vous, Père éternel, en votre Fils, afin d’agir en lui seul tout ce jour et toute ma vie pour votre gloire.

Je renonce à tout moi-même, à cette vieille créature condamnée à la mort en elle et en ses œuvres.

Je condamne dès à présent toutes recherches propres pendant cette journée.

Je déteste par exprès toute occupation intérieure de

moi-même, ne voulant point souffrir la vue et l’amour d’une idole qui me remplisse à votre place.

Je déteste encore toutes les paroles que je pourrais prononcer pour mon propre avantage

Je renonce encore à toute complaisance que je pourrais prendre en mes œuvres.

Je m’abandonne en votre esprit pour opérer en la pureté de ses voies, ne voulant adhérer qu’à sa seule lumière, à ses mouvements et à sa vertu divine.

Je désire encore, ô mon Dieu, en votre même Esprit, qui remplit tous les Saints du Ciel et les justes du monde, vous louer, vous aimer et vous servir en eux, pour étendre par eux le service, l’amour et la louange que je vous dois, et prendre part par ce moyen à cet esprit pour votre gloire.

Je ne puis me présenter à vous, ô mon Dieu, dans mon impureté, et si je ne rencontre en votre Église des suppléments de ma bassesse, je n’ose me tenir devant vous.

Enfin, mon Dieu, je suis en vous en votre Fils Jésus-Christ, et je désire tellement etre animée de lui et transformée en lui pour opérer par lui à votre honneur, que je ne veux plus rien faire, ni penser, ni parler qu’en sa seule vertu et dépendance ; en lui je trouverai de quoi me contenter, et satisfaire au devoir de ma religion .

Oraison à la très sainte Trinité .

Je vous adore, Père éternel, et je vous loue en votre Verbe qui est votre louange. Je vous aime, PèreetFils, en votre Esprit, qui est tout votre amour.

Père éternel, ma foi proteste en son obscurité votre lumière inaccessible.

Verbe divin, mon espérance proteste l’immensité de votre miséricorde.

Esprit divin, ma charité vous reconnaît comme la source inépuisable du pur amour.

Père éternel, soyez le nôtre en votre Fils.

Fils du Père, réconciliez-nous à lui en votre Esprit, pour être ses vrais enfants d’adoption, et rendre en cette qualité hommage perpétuel à votre filiation éternelle.

Fils de Dieu, notre Tout, que nous soyons vos membres vivant en votre direction ; que nous soyons vos frères, glorieux de posséder éternellement un même Père avec vous.

Esprit divin, soyez notre âme, notre vie, notre joie. Soyez le sanctificateur du temple qui ne veut jamais cesser d’adorer, de louer d’aimer et de servir, et de sacrifier à la gloire du Père par son Fils Jésus-Christ en votre propre vertu, ô divin Esprit.

Oraison à Noire- Seigneur Jésus-Christ, au très saint Sacrement de l’autel.

Divin Jésus, Sauveur des hommes, le Roi des anges et le Seigneur du monde, et par-dessus cela Fils unique de Dieu, qui êtes le choisi d’entre mille et de toutes les créatures pour être élevé à la dignité de son Fils, je m’estime infiniment heureux d’avoir reçu mon être pour contempler en vous cette grandeur et pour en remercier votre Père en toute éternité.

Seigneur Jésus, qui vous multipliez partout afin de multiplier vos louanges et vos remerciements vers lui,

que je puisse être en vous multiplié partout et è!re présent en esprit à tout le monde, pour adorer et glorifier ses richesses et son amour en vous, et qu’après le royaume de la foi, je puisse être présent en tous vos anges et vos saints, qui sont vos véritables tabernacles et vos temples vivants, pour y être une hostie de louange et de remerciement à votre Père, et consommée pour jamais en votre saint amour.

En prenant le reste de vos habits.

En vous coiffant.

Demandez à Notre-Sejgneur qu’il établisse en vous la plénitude de la foi, et qu’il revête votre esprit de sa sainte lumière. Demandez-lui l’humilité d’esprit et la docilité à sa sainte parole. Demandez-lui soumission pour ceux qui vous parlent en son nom, soit en particulier ou en public dans cette église.

Prenant votre robe.

Demandez d’être intérieurement revêtue de la divine charité et de tous les dons de l’Esprit, et surtout des vertus chrétiennes qui doivent être le vêtement inférieur de l’épouse de Jésus-Christ, dont le Prophète dit que toute la diversité des vertus doit revêtir son âme. Omnis gloria Filiæ Regis ah intus; circumamicla varietatibus.

Pour ce sujet apprenez cette sainte prière, que je vous marque, par cœur afin de la dire en ce temps et bien souvent pendant le jour.

Venez, ô mon Seigneur Jésus, en moi dans la plénitude de votre vertu, en la perfection de vos voies, en T. 1. 22

LETTRES DE M. OLJER.

la communion de vos divins mystères, en la sainteté de votre Esprit; et dominez en moi sur toutes les puissances ennemies, le monde, le diable et la chair, en la vertu de votre Esprit et pour la gloire de votre Père.

En prenant votre chaussure.

Votre chaussure vous doit servir de symbole pour vous faire demander à Dieu d’ètre animée du désir des choses éternelles, avec le véritable zèle de mépriser et de fouler aux pieds les vanités du siècle, dont vous devez craindre l’amour et le fuir, comme vous vous défendez par vos souliers de l’ordure la plus puante et la boue la plus infecte de la terre.

En sortant de la maison et en allant à l’église.

Mon Dieu, et mon Seigneur Jésus, que je sorte de moi-même pour entrer en vous : que je sorte de la demeure terrestre de ma chair où je gémis, et qui fait si souvent que je vous offense.

Que je sorte de mon péché, et de mes vices pour entrer en votre grâce et en vos vertus, afin de me rendre digne d’entrer dans votre Église. Je sais, ô mon Jésus, qu’il faut être tout changé en vous pour entrer dans le paradis, qui est votre demeure, et qui est fait pour vous. Faites donc, ô mon Seigneur, que je sois toute convertie en vous, afin que je sois admise dans l’église qui en est la figure.

Que vous seul, ô mon Seigneur, y habitiez avec vos membres, dans lesquels vous vivez comme sous des voiles et des figures animées. Cette sainte demeure est faite pour un saint corps comme le vôtre.

Détruisez donc en moi, dans le fond de mon âme, tout ce qui est de ce corps de péché : séparez-moi d’Adam, et me retranchez s’il vous plaît de ce malheureux corps : détruisez en moi ma superbe, ma colère, mon amour-propre, et mon impatience, et formez-y votre douceur, votre humilité, votre patience, et votre charité : en un mot revêtez-moi de vous, et me convertissez toute en vous.

Je renonce à tout ce que je suis par moi-même, et ne veux plus rien être que par vous et par votre Saint- Esprit. Je ne veux rien que ses effets et ses opérations. Je renonce à toute autre chose.

En approchant de l’église.

Mon Dieu, si on me traitait comme je mérite, j’aurais bien sujet d’appréhender qu’on ne me dît ce que l’on disait autrefois à mes semblables qui voulaient entrer dans l’église : Hors d’ici, profanes. Ce lieu n’est que pour les saints : ce paradis n’est pas pour les enfants d’Adam, ni pour les membres du diable.

Mon Dieu, ne faut-il pas passer par les peines du purgatoire pour entrer dans le ciel? Pourquoi faut-il que j’entre dans l’église, vraie image du paradis, sans faire pénitence?

En entrant dans l’église.

Mon Dieu, je rougis de me voir en ce lieu. Hélas! mon Dieu, ne me chasserez-vous point de la salle de votre festin, moi qui n’ai pas la robe nuptiale?

Ne sera-ce point, 6 mon Dieu, à ma condamnation que j’entre ainsi en votre église avec tant d’effronterie? Vous auriez bien sujet de me garrotter, et de me faire

jeter pieds et poings liés dans les ténèbres extérieures et dans les cachots de l’enfer.

Enprenant de Veau bénite.

Mon Seigneur Jésus-Christ, lavez-moi de vos larmes, dont cette eau m’est une figure.

Je vous offre, ô mon Dieu, la sainte contrition de votre Fils, vaste comme la mer, répandue d'ans toute l’Église. Je vous offre la pénitence, et les mérites de tous les saints que ces eaux représentent, afin que par votre bonté, vous répandiez en moi une vraie contrition de mes offenses.

Couvrez-moi tout de vous, ô mon Seigneur Jésus, afin que votre Père me souffre en sa présence.

En vous donc, ô Jésus, je déteste et renonce à mes péchés. Je me vois très indigne d’être soufferte devant vous, et d’assister aux divins mystères qui se vont passer à l’autel pendant le très saint sacrifice de la messe.

Pour votre exercice durant ce divin sacrifice, vous pourrez vous servir des pratiques que vous avez, aussi bien que pour toutes vos autres actions; sur lesquelles je ne crois pas vous devoir donner d’autre avis, que de vous rendre bien fidèle aux instructions que vous avez déjà reçues.

De l'examen de conscience en général.

Pour faire son examen de conscience chrétiennement il faut avoir devant les yeux, comme la règle de ses obligations, trois paroles de saint Paul qui sont l’abrégé de la vie des chrétiens et de leur conduite en leurs actions, leurs paroles et leurs pensées.

Il parle en ces termes : Regardez-vous comme des

morts vivant à Dieu en Jésus-Christ. Il faut donc examiner trois choses dans le secours de la lumière intérieure et divine : si l’on a vécu en Dieu pendant toute la journée et si l’on a été en sa présence pour faire toutes choses à dessein de l’honorer et de lui plaire. Cette présence de Dieu à laquelle nous oblige saint Paul, quand il nous dit que nous soyons vivant à Dieu, n’est pas une présence de figure et d’imagination forcée, ou d’esprit appliqué avec violence.

La présence qu’il nous demande est une présence de foi, qui est en tout chrétien revêtu du baptême et qui reçoit par grâce particulière cette présence de Dieu infuse sans sentiment, par le seul bénéfice de l’Esprit, qui nous tient notre fin présente devant les yeux, afin d’agir pour elle incessamment.

C’est là le premier point de notre examen, à savoir la présence de Dieu; examinant si nous avons fait toutes choses en la vue de Dieu et pour Dieu, qui est la fin universelle de toute la créature et surtout des chrétiens, infidèles doublement à Dieu s’ds ne le voient pas en tout ce qu’ils opèrent, et à raison de ce qu’ils ont en eux le Saint-Esprit, qui leur tient un miroir caché dans l’âme pour leur montrer Dieu présent en eux, qu’ils voient incessamment s’ils n’en détournent les yeux par malice et par application d’amour à eux-mêmes ou aux créatures.

Le deuxième point de l’examen de conscience pour les chrétiens est de voir s’ils ont vécu en Jésus-Christ à Dieu, c’est-à-dire si les œuvres qu’ils ont faites même pour Dieu, ils les ont faites en dispositions chrétiennes et si l’esprit de Jésus-Christ les a remplis et animés de ses vertus et de sa grâce.

Et c’est en cela que précisément consiste le nom

chrétien et tout le christianisme, à savoir d’opérer en Jésus-Christ, qui est en tout principe d’agir à la gloire de Dieu, qui ne peut être honoré que par lui et en qui seul il prend sa sainte complaisance.

Le corps des chrétiens n’a qu’un seul principe de vie qui est l’esprit de Jésus-Christ. Pour cela même ils sont nommés chrétiens à cause de l’esprit d’onction qui les anime, qui les embaume et qui les remplit intérieurement; et s’ils n’opèrent en ce principe ils s’éloignent de la vérité du christianisme , où il n’y a que l’esprit du chef en tous les membres, l’esprit même de Dieu en Jésus-Christ étendu dans ses membres, qui les remplit de soi premièrement, et, de plus, de Jésus- Christ par le baptême, comme dit saint Paul : Autant que vous êtes de baptisés, vous avez été revêtus en votre âme de Jésus-Christ, qui anime l’intérieur de votre esprit de ses dispositions, de ses vertus et de ses mœurs; et tous ceux qui opèrent en ce principe caché de Jésus-Christ et en ces dispositions intérieures, ceux-là sont véritablement chrétiens; où au contraire, qui n’est pas opérant en ce principe intérieur, n’est pas chrétien et répondra au jour du jugement de ce qu’il aura fait hors de l’esprit de Jésus-Christ. Car comme il descend dans le corps de l’Église pour l’animer de lui-même et opérer par elle, et la vivifier d’une vie qui seule plait à Dieu; de là vient que celui qui aura voulu opérer en soi-même, en sa volonté, en son esprit et en son propre amour, sera réprouvé comme un membre d’Adam, comme ayant opéré en chair et non pas en esprit.

Le troisième point de l’examen de conscience est de voir si on a été mort en soi-même, ou si les passions ont vécu et régné dedans nous; si nous avons été

touchés vivement des choses de ce monde auquel nous sommes morts, et si ensuite, attirés et touchés des choses de la terre, nous avons opéré pour elles et recherché notre satisfaction en elles.

Le mot de mort dedans saint Paul, qui nous explique le baptême et le principe de notre vie cachée en la mort de Jésus-Christ, nous apprend que le reste de notre vie cachée en sa suite est dépendante de ce premier principe, et qu’étant une fois morts à ce monde et à nous-mêmes , nous ne devons plus vivre à rien de cela; et si nous avons eu le bonheur d’avoir reçu le coup bienheureux de cette mort, nous devons bien prendre garde d’y revivre par notre malice et par notre amour-propre. Et c’est le reproche que lait incessamment saint Paul aux chrétiens : Quoi donc, ayant reçu ce divin bienfait de Dieu, qui vous a fait mourir à vous par l’application de la mort de son Fils, mort pour vous faire jouir de ce grand privilège de séparation parfaite de vous et de tout ce monde, comment est-ce que vous regardez encore le siècle et que vous discernez les choses qui vous y plaisent? Comment est-ce que vous vivez encore dans vos passions auxquelles vous devez être morts?

Donc le troisième point de votre examen sera de voir si vous avez eu en vous quelque sentiment de passion dans lequel vous auriez vécu, parlant ou opérant en dépendance de cette même passion, sans 1 avoir réprimée et mortifiée avec soin.

Il y a deux sortes de morts en nous : l’une est la sainte mort de notre âme au péché en la grâce de Jésus-Christ, et l’autre est la mort de la chair, en ses désirs malins et déréglés, comme ses désirs d’avarice, de superbe, d’impureté, de paresse, de vanité, d’oisiveté et autres.

Pour la mort intérieure de l’âme, elle est mise dans nous par l’impression intérieure du baptême qui ensevelit notre âme en la mort de Jésus-Christ, et si nous sommes iidèles à nous tenir en cette sépulture de l’esprit, jamais notre âme ne sera vivante à rien.

Mais la chair, pendant ce temps-là, ne laisse pas d’être vivante aux choses de la terre, et sa vie se sent réveillée parles objets du monde qui, étant doux et agréables en leur vue et en leur espérance, l’attirent doucement et la mettent dans le désir des choses du monde et dans la recherche de ses joies.

Alors l’âme s’unit parfois à ces mouvements, et en même temps elle commence clans la chair à vivre au siècle et aux choses du monde, et sortant de la mort intérieure par l’adhérence à la vie de la chair, elle commence à perdre sa paix et son repos divin qu’elle possédait auparavant; elle revit misérablement aux objets auxquels elle était auparavant morte; ce qui la met dans une peine, un chagrin, une guerre intérieure qui bannit cette paix et cette joie où elle vivait à l’abri du tombeau et de la sépulture de Jésus-Christ, qui lui servait comme rempart contre toutes les choses du monde.

La pénitence nous sert maintenant pour réparer celte grande perte, et nous sert petit à petit quand nous sommes fidèles à nous ensevelir de nouveau.

Il faut donc etre très soigneuse à étouffer ces mouvements delà vieille créature et travailler par la succession de la pénitence à rentrer dans le rempart de la sépulture de Jésus-Christ, où nous avions été mis tout d’un coup par le saint sacrement de baptême.

11 faut donc, Madame, être fidèle et assidue à vous mortifier ; et quand vous aurez adhéré et consenti au moindre mouvement de la chair, comme seront

de promptitude, de colère, de ressentiment, d’impatience et autres choses , souvenez-vous que c’est une matière d’examen; etquoique le Saint-Esprit ne manque point sur l’heure de vous reprendre intérieurement et vous couvrir de confusion d’avoir vécu et obéi à votre chair, que vous deviez tenir morte et assujettie à lui, vous devez outre cela, dans le temps particulier destiné à votre examen, regarder ces fautes et en faire la pénitence, portant la douleur de la confusion et de la honte que ce divin Esprit reçoit en vous de se voir surmonté par la bassesse d’une chair si vile, basse et infâme, et qui se doit tenir trop heureuse d’être sacrifiée à tout moment dessous les pieds de Jésus-Christ.

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