EXAMEN DE CONSCIENCE
Préparation.
11 faut adorer Jésus-Christ, votre juge, qui vous doit un jour venir juger selon toute la loi de l’Évangile, et qui examinera en rigueur l’emploi que vous aurez fait de cette journée. Il faut réparer en Jésus-Christ les pertes que vous avez souffertes, et rétablir par lui le vide et l’inutilité dans laquelle vous avez été pendant ce jour.
Il lui faut demander la lumière qu’il vous apportera avec lui à l’heure de votre mort, pour connaître vos péchés, et la grâce de prévenir son jugement par votre pénitence.
Commencez votre action de grâces par le remerciement des biens qu’il vous a faits, de vous avoir donné l’être et la vie animée de son Fils mort et ressuscité, pour vous aider et vous rendre capable d’honorer Dieu.
Remerciez-le en particulier de vous avoir donné ce jour pour le servir, avec tant de secours extérieurs, savoir, tout l’usage du monde présent et de ses créatures pour le glorifier en elles.
Remerciez-le encore davantage des aides intérieurs et de la grâce de son esprit, qui a été en vous incessamment pour vous montrer votre devoir, pour vous insinuer l’inclination de le faire et la force de l’accomplir fidèlement en la vertu de Jésus-Christ, votre Tout. Cela se doit faire en général.
L’examen en particulier.
Il faut examiner votre journée sur les trois points que nous avons marqués ci-devant.
Premièrement, si vous avez vécu en la présence de Dieu dans le dessein de ne rien faire, dire ou penser que pour lui plaire, n’étant pas permis aux chrétiens de vivre que pour Dieu.
Si vous avez vécu pour Dieu en Jésus-Christ; si vous avez été intérieurement retirée en lui pour être animée de son esprit, de ses dispositions et de ses moeurs en toute votre conduite, ne vous étant plus permis de vivre selon la chair, mais seulement selon l’esprit en Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Si vous avez été morte à vous-même pendant cette journée; ou Lien si vous avez vécu en dépendance de vos sens, suivant vos appétits, adhérant à vos passions et à vos désirs humains. Examinez si vous avez suivi leurs instincts ou celui de la foi et de l’Esprit de Jésus-Christ, qui vous montre intérieurement et vous meut à la vie chrétienne et à la mort de vousmême.
Vous voyant infidèle à l’Esprit, anéantissez-vous et vous confondez du mauvais usage de Jésus-Christ en vous. Priez-le qu’il vous donne des larmes pour pleurer votre vie, et qu’en lui vous trouviez la pénitence de vos péchés.
En union intérieure à Jésus-Christ, demandez miséricorde à Dieu, détestez vos offenses, et protestez fidélité en renonçant à vous entièrement pour adhérer à son saint Esprit à tout jamais, moyennant son secours.
Il faut vous abandonner à Dieu en Jésus-Christ , l’unique pénitent de l’Église, pour porter en lui la pénitence que la justice de son Père voudra vous imposer.
Il faut vous présenter avec joie au jugement de son amour et de sa miséricorde, étant bien aise de porter le châtiment de votre péché, par avance de sa punition et de son jugement de rigueur.
Recevez en général toute la pénitence qu’il vous impose dans le secret de sa justice éternelle, que vous ne voyez pas maintenant, mais que vous sentirez dans le temps qu’il a ordonné, soit en la vie présente ou dedans l’autre.
Si par avance il vous imprime le sentiment de quelque pénitence particulière, ayez la disposition de la faire et ne refusez rien ; si elle est de conséquence, communiquez-la à votre directeur auparavant que de la faire, de peur d’illusion ; si elle est légère, et croyant en simplicité qu’elle soit selon sa volonté et conforme aux règles générales de sa conduite, faites-la, mais découvrez-lui après.
EXERCICE RE L’EXTRÊME-ONCTION (i).
Comme je vous ai dit qu’il fallait regarder la nuit comme la mort, et votre lit comme un tombeau, et votre examen comme le jugement de Jésus-Christ sur vous; il est bon, devant que de vous mettre au lit, de vous sanctifier intérieurement dedans l’esprit de mort que Jésus-Christ donne à l’Église devant que les fidèles meurent, et prendre part par avanoe à la grâce de l’extrême-onction, qui est une des plus grandes de l’Église, et qui parait, par les termes et la forme du sacrement, une des plus considérables miséricordes de Dieu dessus nos âmes.
Première instruction.
Le sacrement d’extrême-onction est institué de Jésus-Christ Notre-Seigneur pour réparer dans les chrétiens le mauvais usage de leurs sens ; et comme par le baptême ils avaient été consacrés et dédiés à Dieu, pour en user saintement à sa gloire et se voir à la mort revêtus d’une pleine moisson de dépouilles et de trésors immenses, dont la pluralité des membres et la multiplicité d’exercices les devait enrichir; et que néanmoins la plupart des chrétiens se trouvent nus et misérables à l’heure de la mort, vides devant Dieu de bonnes œuvres, qui est leur grande condamnation ; Jésus-Christ descend en eux en leurs extrémités et s’applique sur eux, les couvrant de ses bonnes œuvres et de ses mérites, pour, étant pleins de lui et enrichis des
(1) La Journée chrétienne, 2e partie, contient encore ce passage presque textuellement.
trésors qu’il a acquis sur la terre par le bon usage de ses sens et de toutes ses puissances, les faire paraître devant son Père. C’est ce qui est un effet de l’extrême miséricorde de Jésus-Christ, que, nonobstant l’abus que nous avons fait de nous-mêmes, nonobstant celui que nous avons fait de son Esprit, qui a été en nous et qu’il y a mis par les mérites de sa vie et de sa mort : que toutefois nous ne laissons pas de recevoir encore cette infinie miséricorde de Dieu, que dans le dernier temps de notre vie, où nous ne pouvons plus opérer, et où il semble que nous ne pouvons plus perdre ce grand trésor de sa communication universelle, qu’ alors il veuille nous communier si pleinement à lui et à toutes ses bonnes œuvres.
Les bons sont communies de Jésus-Christ et sont mus en leurs facultés et leurs puissances par son Esprit de vie, en sorte cpi’ils ont part et communient à ses mérites et à ses œuvres, à cause qu’ils se laissent mouvoir à lui, et un jourleurs membres seront revêtus de sa même gloire comme ils avaient été remplis de sa vie divine.
Les mauvais sont toujours à la vérité temples clu Saint-Esprit, quoiqu’ils ne veuillent pas; mais le Fils de Dieu vit dedans eux sans les animer de sa vie, taisant en lui seul tout l’usage de leurs personnes pour Dieu son Père, condamnant les tentations auxquelles ils s’abandonnent, et faisant au contraire usage de leur vie en son Esprit qu’ils devraient recevoir pour être animés de lui et conduits dedans sa vertu.
Pendant le temps qu’ils blasphèment leur Dieu, pendant ce temps-là même Jésus-Christ le loue en eux; ils dérobent aux uns pendant que son Esprit en eux donne l’aumône aux autres; ils s’appliquent à la médisance et aux pensées impures, pendant que Jésus-Christ
en eux est dans l’application de sainteté à Dieu et de charité infinie vers le prochain. Bref, Jésus-Christ est alors une forme assistante, qui opère en soi et pour la Majesté de Dieu. Mais il n’est pas forme vivifiante, il n’anime pas le sujet où il est de sa divine vie. Jésus- Christ vit tout seul dedans eux, comme les Anges vivent dedans des corps morts sans leur donner leur vie. Et c’est en cela cju’est malheureuse la vie des chrétiens qui ne sont pas animés de Jésus-Christ, l’ayant en eux, lesquels, s’ils voulaient s’abandonner à lui, seraient en part et en communion de ses opérations et de ses œuvres divines; au contraire, ils sont en perpétuelle détestation à Jésus-Christ, qui condamne en eux leurs œuvres à la mort et à la damnation éternelle.
Première pratique.
Il faut donc, le soir en vous couchant, qui est le temps pour vous préparer à la mort et qui vous la présente visiblement, vous tenir présente à Jésus-Christ, le suppliant qu’il vous mette en part de tout le bon usage qu’il a fait de ses sens et de toutes ses puissances pendant sa vie, pour réparer en vous le mésusage et l’emploi inutile et vain que vous avez fait de vous-même en ce jour.
Cela vous servira de préparation pour recevoir un jour en plénitude ce que peut-être vous seriez mal disposée de recevoir dans l’extrémité de votre vie, en laquelle pour l’ordinaire l’on flatte les grands de votre condition, et l’on attend qu’ils aient quasi perdu l’usage de la raison pour recevoir une grâce si importante et si utile au salut.
Seconde instruction.
Le second dessein du sacrement de l’extrêmeonction dans les chrétiens , c’est de les mettre en part de l’usage actuel que Jésus-Christ a fait de leurs propres personnes par sa demeure en nous, qui n’a point eu d’autre raison de faire cet épanchement de lui-même en tous ces membres, que d’honorer Dieu autant qu’il le peut être, animant ses fidèles de son propre Esprit, de ses vertus et de ses intentions pour dilater ses services et sa religion vers Dieu.
Le saint baptême nous donne ce privilège, et par lui nous sommes revêtus en tout nous-mêmes de Jésus- Christ. Saint Paul le dit ainsi : Autant que vous êtes de baptisés, vous êtes intérieurement revêtus et possédés de Jésus-Christ , Quotquot baplizati eslis, Christum induistis ; qui a voulu animer vos puissances et votre fond, afin d’user des créatures à la gloire de Dieu, et ainsi faire que son Père fût honoré, servi et glorifié par ses membres comme il l’avait été en sa propre personne dans le temps de son infirmité, prétendant aussi bien animer leurs puissances de lui et de son principe de vie comme il animait son corps de chair pendant qu’il vivait sur la terre.
Seconde pratique.
Il faut demander pardon à Dieu de tout le mauvais usage que vous avez fait de vos sens, que de bon cœur vous condamnez à la mort, dont le sommeil est l’image; consentant d’un même cœur qu’ils soient un jour détruits et consommés en pourriture, n’ayant pas été
LETTRES DE M. OLILR.
animés de la vie de l’Esprit, ni dirigés par la conduite de Jésus-Christ en nous; mais au contraire ayant vécu dans la vie de la chair et par l’esprit d’impureté. Il faut que vous priiez le Père qu’il vous fasse miséricorde de vous redonner la vie de Jésus-Christ, son Fils, que vous avez perdue et négligée durant ce jour, le conjurant de revêtir votre âme de ses oeuvres divines et la remplir de la vertu et de Fonction môme dont elle aurait été imbue, si vous eussiez été fidèle à l’Esprit, ne voulant point de ses dons adorables pour voire utilité ni votre propre avantage, mais pour l’amour de Dieu qui prend plaisir de se donner à vous. Regardez donc cela comme une réparation de votre baptême, en ce jour; de même que F extrême-onction sera une réparation universelle de toute votre vie.
Ainsi, Madame, ensevelissez-vous avec Jésus-Christ dans le tombeau de votre lit, et dites ces dernières paroles, étant couchée et dans votre repos : In pace in idipsum, dormiam et requiescam. Je suis en paix avec Jésus-Christ, et je prends mon repos et la douceur de mon sommeil en lui.