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LETTRE CXIII

M. DE RENTY (2) A LA MÈRE ÉLISARETH DE LA TRINITÉ, PRIEURE DU CARMEL DE REAUNE (3).

H lui fait connaître que M. Olier se propose de voir sa communauté en se rendant à Annecy.

2 septembre 1647.

Ma révérende Mère,

Je crois que vous aurez une grande joie (d’apprendre) que la Providence de Dieu fait aller M. l’abbé

(1) Sur l’autographe conservé au Carmel de Beaune.

(2) Le baron de Reniy, dont la piété et les bonnes œuvres furent l’édification de son siècle, était depuis quelques années en grande relation avec la prieure des Carmélites de Beaune et avec la V. sœur Marguerite du Saint-Sacrement, religieuse du même monastère. Il avait reçu par le moyen de cette sœur de grandes faveurs spirituelles, dont la principale fut que Notre-Seigneur l'attacha comme elle, d'une manière spéciale, au mystère de son enfance. M. Olier ne pouvait choisir un meilleur intermédiaire pour obtenir de voir la vénérable sœur Marguerite, dont le grand attrait était de ne parler que par obéissance aux personnes séculières.

(3) Élisabeth de Quatrebarbes, qui prit au Carmel le nom d’Élisabeth de la Trinité, naquit à Château-Gontier le 5 janvier 1598. Ses premières années furent marquées par des grâces extraordinaires. A l’âge de vingt ans elle entra chez les carmélites de Tours et fut formée à la vie religieuse par la mère Marguerite du Saint-Sacrement, fille de Mmi; Acarie. Elle n’était professe que depuis peu d’années quand on la choisit pour être sousprieure du Carmel de Lyon, mais elle ne fit qu’y passer, car en 1626 les carmélites de Beaune l’élurent prieure, et c’est là que parurent les trésors de vertus dont Dieu l’avait enrichie. On peut dire que cette maison, qui ne faisait que de naître, lui dut en grande partie ce qu’elle fut alors et ce qu’elle a été depuis, au spirituel et au temporel. « La réputation de sainteté dont elle jouissait, dit son historien, attira promptement en ce monastère un certain nombre de prétendantes appartenant aux premières maisons de Beaune. » ( Vie de la M. Élisabeth de la Trinité, p. 370).

Olier par vos quartiers, se rendant au tombeau du bienheureux évêque de Genève, François de Sales. Je l’ai supplié que ce ne fût pas sans vous voir; il m’a témoigné que c’était son dessein, et m’a prié de vous écrire et à ma sœur Marguerite. Ce que je fais plutôt pour lui obéir que pour vous recommander un saint et très grand (saint) de nos jours. Vous le remarquerez bientôt. J’espère que Notre-Seigneur fera abonder sa bénédiction sur votre entrevue; et si j’avais à vous donner conseil, ce serait de lui faire connaître entièrement ma sœur Marguerite , parce qu’il n’y a personne en qui vous puissiez prendre plus de confiance , et qui ait plus de grâce et d’expérience pour vous servir d’appui devant Dieu et devant les hommes, autant qu’il sera nécessaire. J’aurais tort de vous en dire davantage. C’est au saint Enfant Jésus et à sa grâce de tout gouverner.

Je vous supplie que la communauté demande quelques conférences à M. Olier. Il est toujours plein; vous verrez un grand vaisseau de grâce et une pure lumière.

La plus remarquable fut une jeune enfant de onze ans, Marguerite Parigot, si connue dans la France entière sous le nom de Marguerite du Saint-Sacrement. La mère Élisabeth de la Trinité, en la recevant, eut un pressentiment de ce qu elle serait un jour. Elle dit à la maîtresse des novices en la lui. présentant: « Voilà, ma mère, ce que nous avons tant demandé; vous verrez que cette petite renouvellera dans le monde la dévotion à la sainte enfance du Fils de Dieu. » Cette vue s’est parfaitement réalisée : le Carmel de Beaune a été comme un foyer d'où la dévotion envers Jésus enfant s’est répandue en tout lieu. Le séminaire de Saint- Sulpice embrassa de bonne heure les pratiques de cette dévotion que M. Olier avait puisée lui-même à Beaune. La vénérable sœur Marguerite du Saint-Sacrement mourut le 26 mai 1648, et la mère Élisabeth de la Trinité, le 1er janvier 1660. Les corps de ces deux saintes amies furent inhumés à côté l’un de l’autre, dans la chapelle de l’Enfant-Jésus.

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