‹ Lettres de M. OlierChapitre 145 sur 226 · LETTRE CXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CXIX

Il lui rend compte des dispositions intérieures oii il avait été durant son voyage.

[Mois d’octobre 16i7 (3).]

[Monsieur,]

J’ai été tout épuisé dans notre voyage de la difficulté du chemin, ayant percé un pays rempli des plus rudes montagnes et des plus affreux rochers et précipices qui soient en France. Ce n’est pas que l’esprit, dans la difficulté de ce pèlerinage, ne reçut de grandes joies, de voir ces effets admirables de la toutepuissance de Dieu et de sa divine sagesse, en la production de ces ouvrages divins. Car s’ils paraissaient hideux au sentiment des hommes, ils me paraissaient admirablement agréables et saints, dans la vue de la foi. Il me semblait, voyant ces choses, que Dieu les ayant faites de ses mains, c’étaient des reliques, qui

(1) C’est la CCXLIIe des imprimées.

(2) Cette indication est donnée par l’éditeur de 1672.

(3) M. Olier dut écrire cette lettre après avoir quilté Grenoble où il était le 1er octobre et où il demeura quelques jours. On ne sera pas surpris de la description qu’il fait des lieux parcourus. 11 avait traversé, pour se rendre à Saint-Claude et de là à Annecy, les montagnes du Jura : puis, revenant par Chambéry, les Échelles et la grande Chartreuse, il avait franchi ou côtoyé des hauteurs plus abruptes encore.

méritaient mieux d’être honorées, selon les termes de l’Écriture, qui dit : Adorez l'escabeau cle ses pieds, en parlant de la terre , que quantité d’autres choses que l’on révère et l’on estime, qui ne sont que les productions des hommes. Ce qui me faisait dire souvent les larmes aux yeux ces paroles : Montagnes et vallées bénissez le Seigneur. L’innocence de ces rochers qui ne sont point souillés par les mains profanes des pécheurs , impriment plus de respect et de vénération pour Dieu, et remplissent encore le cœur des chrétiens de plus de consolation et de joie, que tout ce qu’il y a de beau sorti de l'artifice et de l’industrie des hommes. Ces pierres me tiraient autant de larmes de douceur, que la superbe des palais et des tabernacles des pécheurs tiraient de pleurs et de larmes amères du profond de mon cœur.

Depuis ce temps-là notre tout aimable m’a fait cette miséricorde de m’attirer à lui plus fortement que jamais, quoique moins sensiblement, me faisant vivre dans une présence cordiale et continuelle de sa divine Majesté. Si bien qu’il m’a semblé que dans tous les autres lieux, où ensuite nous avons passé, j’étais toujours au même endroit, ne pouvant rien trouver d’extraordinaire , ni rien voir ou goûter de tout ce qui se présentait. Je me suis même trouvé ici sans en remarquer les approches ni la présence , ne pouvant m’arrêter ni me plaire qu’en Dieu. Cela continue jusqu’à présent, et cessera quand Dieu voudra, auquel il me semble que je suis tout au moins par désir. Et ce qui me console est qu’il me semble expérimenter en moi une certaine possession de mon Tout, qui me porte où il désire , qui me retire d’où il veut, qui dispose de moi comme il lui plait, etc.

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