‹ Lettres de M. OlierChapitre 153 sur 226 · LETTRE CXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE CXXVII

A LA MÊME

II lui montre l'obligation de passer par le feu des tribulations pour arriver au parfait aiuour : qu'elle doit exposer sa peine à îfsus- Cürist et attendre eu paix les ordres de la voloutC" de Dieu (2).

[Vers le même temps.]

Mademoiselle,

C’est la voie de Dieu de consommer l’impureté des

(1) Sur l’autographe.

(2) A mesure que la jeune marquise s’affermissait dans sa résistance, la marquise de Saint-Simon rendait sa captivité plus dure et redoublait d’efforts pour l’amener à sa volonté. De là les exhortations plus pressantes de M. Olier.

âmes par le feu de la tribulation; s’il faut passer par les flammes ardentes d’un purgatoire, pour être purifié et rendu digne des noces de l’Époux dans le ciel; pour commencer ces noces même en la terre et entrer dans l’amour et l’union intime avec ce saint Époux, il faut passer par ces voies purgatives. Combien, ma sœur, avez-vous à consommer de choses impures que vous ne connaissez pas et que l’œil seul de la sagesse immense et pénétrante de votre Époux connaît, qu’il sait lui seul purifier par les remèdes qu’il lui applique et qu’il reconnaît propres et utiles à votre mal !

O ma sœur, que l’âme humble et abandonnée à Dieu est heureuse en ses maux ! Oh ! qu’elle estime son bonheur de voir son saint Époux devenir son divin médecin pour guérir, par les voies solides, par le fer et le feu, tout ce qui est d’impur dans le fond de son âme ! Par là le Fils de Dieu, ce divin chirurgien, coupe le mal en sa racine, et il vous fait une fois mal pour vous faire jouir après d’une santé parfaite et d’un amour intime qui ne sera plus interrompu. Les longues voies des lénitifs obligent de temps en temps à rappeler les âmes à la purgation et ainsi interrompre la liaison intime et l’union parfaite qui les met en jouissance de l’Époux ; et au contraire cette voie rigoureuse purifie tout d’un coup le mal caché au fond du cœur.

Cette conduite est très rude et pénible à la chair, mais elle est assurée; elle est étrange à la sagesse humaine, mais elle est ordinaire à la foi et à la conduite de l’Évangile qui promet que l’époux viendra baptiser ses enfants dans l’eau et dans le feu. Oh bienheureux! nous dit saint Jacques, celui qui souffre la tentation, car quand il aura supporté cette épreuve, il jouira de la couronne de vie, non seulement au ciel mais dans

la terre, en vivant du pur et saint amour qui associe et qui unit l’épouse au Roi Jésus avec qui elle vit en béatitude parfaite, dans le fond de son cœur.

N’espérez point, ma sœur, entrer en l’unité intime du Dieu de sainteté sans être auparavant sanctifiée par la croix. Soyez saint, dit Dieu même, à cause que je suis saint. Ayez donc pour votre exercice intérieur l’ouverture de cœur à Jésus-Christ votre époux, qui est en vous et que vous devez souvent embrasser par ressentiment d’amour, qu’il vous témoigne en vous purifiant avec tant de soin et vous rendant digne de sa société et sa parfaite liaison. Expliquez-lui en confiance tous vos maux, expliquez-lui vos peines comme au fidèle ami de votre cœur, comme à celui de qui dépend votre conduite et entre les mains duquel vous êtes abandonnée. Après quoi, ma très chère sœur, soyez en paix; laissez à sa puissance et à son amour d’opérer les moyens et d’ouvrir les voies de votre conduite, en la manière qu’il voudra et dans les temps qu’il lui plaira. Il ne manquera pas de se manifester, ou au dedans ou au dehors, il ne manquera pas de révéler ses voies à qui il le faudra, selon la bienséance de votre conduite.

En attendant, ma sœur, soyez en purgatoire exposée aux soins de celui qui use des voies qu’il lui plaît pour vous purifier. Attendez en la manière que les âmes du purgatoire attendent l’ouverture du ciel, en sérénité d’esprit et en paix, soumises aux ordres de la justice et de la sainteté de Dieu. Attendez que le jour s’élève en votre nuit et que la paix de Dieu paraisse, qui a prescrit certains moments à son fléau et à sa persécution. 0 ma sœur, que ces dispositions plairont au souverain amour ! J’attendrai que vous me mandiez les dispositions de votre âme et les sentiments intérieurs de votre

cœur, pour y pouvoir répondre et satisfaire aux obligations que Jésus-Christ Notre-Seigneur m’impose de vous servir, qui suis en lui tout vôtre.

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